Le décret n° 2004-1186, brandi par Ousmane Sonko comme un permis de puiser dans une caisse spéciale, se révèle être tout l’inverse : un texte qui enferme les crédits dans une mission exclusive et sacrée, la gestion de la paix en Casamance. C’est le constat sans concession du Dr Jean Bernard Diatta, responsable politique du parti Kiiraay dans le département d’Oussouye, qui dénonce une interprétation abusive et un détournement de sens au cœur du discours de la « rupture ».
Ousmane Sonko présente ce décret comme une justification automatique de ses dépenses à la Primature. Or, l’article premier ne crée pas un « fonds politique du Premier ministre » mais un Programme de gestion de la paix en Casamance. Les mots ont un sens : il ne s’agit ni d’un budget de confort, ni d’une réserve de véhicules administratifs, ni d’une ligne de réfection immobilière à Dakar.
L’article 3 précise que les ressources sont des crédits du budget de l’État, et l’article 4 encadre leur mobilisation exceptionnelle pour les activités opérationnelles du programme. La vraie question n’est donc pas seulement de savoir si l’argent était public, mais quelle dépense, quel bénéficiaire et quel résultat concret pour la paix en Casamance.
Le Dr Diatta insiste : une procédure spéciale ne change pas la destination de l’argent. Elle facilite sa mobilisation, mais n’autorise pas sa métamorphose. Un crédit de paix reste un crédit de paix, même s’il transite par un compte bancaire ou par la Primature.
L’article 5, souvent brandi comme une zone d’ombre, prévoit que certaines dépenses échappent aux règles ordinaires de comptabilité en raison des nécessités de défense. Mais cette dérogation ne peut être interprétée comme une permission de tout faire sans rendre de comptes.
« L’absence de justificatif comptable ordinaire n’est pas l’absence d’exigence morale, politique et territoriale », souligne le responsable Kiiraay du département d’Oussouye dans la région de Ziguinchor.
Le secret de défense ne peut masquer une question simple : en quoi l’achat de véhicules, la rénovation de locaux ou les dépenses de train de vie de la Primature ont-ils contribué au retour des déplacés, au déminage, à la réinsertion, au dialogue ou à la sécurité des villages ?
Enfin, le Dr Jean Bernard Diatta évoque, l’article 6, qui rattache explicitement les avances du Trésor aux opérations de reconstruction en Casamance. Il ne parle ni de modernisation de la Primature, ni de confort administratif à Dakar.
Pour lui, le décret ne donne pas à Sonko un argument d’innocence automatique. Il lui impose une obligation de cohérence : plus le mécanisme est exceptionnel, plus la destination doit être irréprochable. Sinon, la paix devient un alibi budgétaire.








