L’Assemblée nationale a donné son feu vert, ce jeudi en séance plénière, à la création d’une commission d’enquête parlementaire sur l’opération financière de 650 millions d ’euros réalisée par l’État du Sénégal à travers un mécanisme de type Total Return Swap (TRS). La proposition de résolution, déposée le 8 mai 2026 par le groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal, sous la signature de sa présidente Aïssata Tall, a été adoptée par 129 voix pour, sur 129 votants, alors que l’Assemblée compte 165 députés inscrits. Cette décision intervient dans le sillage de révélations rapportées par le Financial Times concernant une levée de fonds réalisée par le Sénégal auprès de First Abu Dhabi Bank (FAB) et d’Africa Finance Corporation (AFC).
Une opération financière qui soulève des interrogations
Au cœur de la controverse : une opération réalisée depuis juin 2025 à travers un mécanisme de cession de revenus d’actifs, dont les modalités n’auraient pas été suffisamment portées à la connaissance de la représentation nationale, selon les auteurs de la proposition. Le groupe Takku Wallu Sénégal reproche notamment au gouvernement de ne pas avoir communiqué sur cette opération lors des passages du ministre des Finances devant l’Assemblée nationale consacrés à l’examen du budget. Pour les initiateurs de la résolution, une opération portant sur un montant aussi important aurait dû faire l’objet d’un contrôle et d’une information plus approfondis du Parlement.
Le spectre des garanties et des ressources naturelles
Autre interrogation soulevée par les députés : les garanties associées à cette opération. Le groupe Takku Wallu Sénégal souhaite notamment déterminer si des actifs de l’État ou des revenus futurs liés aux ressources naturelles du pays, notamment les hydrocarbures, ont pu servir de garantie ou de gage pour sécuriser le financement. Une question particulièrement sensible dans un contexte où le Sénégal cherche à préserver sa capacité d’endettement et à maintenir la confiance de ses partenaires financiers internationaux. La commission devra également examiner les conditions exactes du montage financier, notamment les taux d’intérêt, les éventuelles décotes et les différentes obligations contractuelles auxquelles l’État aurait souscrit.
Une enquête sur les conséquences pour la dette
Au-delà des modalités techniques du TRS, les députés veulent mesurer les conséquences de l’opération sur les finances publiques. La commission devra notamment déterminer si ce mécanisme a eu un impact sur la dette publique, sur sa soutenabilité et sur les relations du Sénégal avec ses principaux créanciers et partenaires financiers. Les initiateurs de la proposition s’interrogent également sur le niveau d’information dont disposaient les bailleurs et partenaires internationaux au moment de la conclusion de l’opération. Dans un contexte de négociations avec le Fonds monétaire international, ces questions prennent une dimension particulière.
Onze députés pour enquêter
La commission d’enquête sera composée de onze députés, désignés au prorata de la représentation des différents groupes parlementaires. Elle aura pour mission de reconstituer le processus ayant conduit à la conclusion de l’opération, d’examiner les documents contractuels et financiers et de déterminer les responsabilités éventuelles. Les députés devront notamment répondre à plusieurs questions : quelles étaient les conditions exactes du TRS ? Quelles garanties ont été consenties ? Quels actifs ou revenus ont été mobilisés ? Et quelles conséquences cette opération pourrait-elle avoir sur les finances publiques ?
Des auditions au cœur de l’enquête
Plusieurs responsables publics et acteurs privés impliqués dans le montage financier pourraient être entendus. La proposition prévoit notamment l’audition du ministre chargé de l’Économie et des Finances, du directeur général de la Comptabilité publique et du Trésor, du Trésorier général et du directeur général chargé des Financements de la Dette. Le coordonnateur du Comité national de la dette publique figure également parmi les responsables susceptibles d’être auditionnés. La commission pourra, par ailleurs, entendre les cabinets d’avocats, conseillers, intermédiaires et arrangeurs ayant participé à la structuration de l’accord.
Une nouvelle bataille autour de la transparence financière
Avec l’adoption de la résolution par 129 voix sur 129 votants, le Parlement ouvre ainsi un nouveau front de contrôle sur la gestion des finances publiques. Pour Takku Wallu Sénégal, l’objectif est de lever les zones d’ombre entourant une opération de 650 millions d’euros et de déterminer si les intérêts financiers de l’État ont été suffisamment protégés. L’enquête devra désormais permettre de passer des interrogations aux faits, en examinant les contrats, les garanties, les conditions financières et les éventuelles implications sur la dette publique. Au-delà de la bataille politique, cette commission pourrait surtout constituer un test important pour la transparence des opérations financières de l’État. Avec 165 députés inscrits mais seulement 129 votants ce jeudi, l’Assemblée nationale a néanmoins, à l’unanimité des votants présents, décidé de mettre sous la loupe une opération financière dont les implications pourraient dépasser largement le seul montant de 650 millions d’euros.







