Rompre avec le déficit de contrôle et redonner au Parlement tout son poids dans la chaîne de redevabilité. C’est tout l’enjeu de l’atelier de renforcement des capacités destiné aux députés de l’Assemblée nationale, organisé ce vendredi 21 août 2026, à la suite de la publication d’une étude alarmante menée par CICODEV Afrique, avec l’appui de la Fondation pour le Renforcement des Capacités en Afrique (ACBF).
À l’analyse des défis révélés par cette évaluation, il ressort que le Sénégal s’est illustré par des réformes ambitieuses notamment le passage au budget-programme et alignement sur les directives de l’UEMOA, cependant la redevabilité réelle peine à suivre. Le diagnostic présenté aux parlementaires lors des travaux est sans appel : « la gestion des finances publiques reste trop fortement concentrée entre les mains de l’Exécutif ». Face à ce dysfonctionnement, la représentation nationale manque cruellement d’outils techniques et d’expertise analytique pour exercer un contrôle démocratique effectif.
Au cours de cet atelier, les échanges ont permis d’identifier les leviers stratégiques sur lesquels les élus doivent agir. Il s’agit, selon l’étude, de : « développer une expertise interne pour ne plus subir la complexité des textes transmis par le gouvernement, de mettre de la rigueur sur le contrôle post exécution et, enfin, de valoriser les audits ».
L’urgence de renforcer le contrôle parlementaire par la capacitation des députés s’est révélée une impérieuse nécessité suite aux récents rapports et audits notamment celui de la Cour des Comptes sur la situation des finances publiques 2019-2024. Une réévaluation qui avait mis en lumière des passifs extrabudgétaires et des sous-estimations du déficit et de la dette contractés sans passer systématiquement par l’autorisation de l’Assemblée nationale.
« Le rôle des parlementaires dans la vie d’une économie est incontournable. C’est le parlementaire qui vote les crédits alloués aux politiques publiques et il a également la charge de les évaluer. C’est pourquoi il est important pour les parlementaires de comprendre l’environnement macroéconomique avant de voter un budget. Donc, ce maillon très important dans la chaîne d’exécution des politiques publiques doit avoir une bonne capacité d’analyse des enjeux », a déclaré Dr Mame Mor Sène, enseignant à l’Institut des politiques publiques de l’Ucad qui a dirigé l’étude sur les défis de la redevabilité et du contrôle dans la gestion des finances publiques.
Positionnée au cœur du processus institutionnel, l’Assemblée nationale doit sortir, selon Amadou Kanouté du CICODEV, d’un rôle passif. Ainsi, en se dotant de compétences indispensables à la bonne gouvernance et à la protection des deniers publics, les parlementaires reprendront, à l’en croire, le pouvoir qui leur est dévolu.
« La transparence est une partie intégrante du processus budgétaire que les parlementaires doivent maîtriser et les parlementaires doivent pouvoir maîtriser les outils d’analyse budgétaire pour pouvoir rendre compte au peuple de l’utilisation des ressources qu’on alloue à l’exécutif pour mener ces politiques publiques », a souligné le directeur exécutif de CICODEV Afrique.







