Alors que l’objectif d’élimination du sida se rapproche, les infections opportunistes continuent de toucher des patients dans les structures de santé, parfois à des stades très avancés de la maladie. Pour réfléchir à des réponses adaptées au contexte africain, des experts venus de 13 pays se réunissent pendant trois jours au Sénégal dans le cadre d'un atelier consacré à la recherche clinique sur le VIH.
Coordonnatrice Sud de l’ANRS au Sénégal, la professeure Ndèye Coumba Touré Kane, microbiologiste à la Faculté de médecine, de pharmacie et d’odontologie de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), souligne l’urgence de cette réflexion : « À l’ère où l'on parle de l’élimination du sida, nous continuons toujours à voir dans nos structures de santé des personnes arrivant à un stade avancé. Ce n’est pas normal. »
Organisé en partenariat avec le Centre régional de recherche et de formation à la prise en charge clinique (CRCF) et l’Action coordonnée 44 (AC44) dédiée à la recherche clinique, cet atelier vise à établir un état des lieux des connaissances scientifiques et à identifier des pistes de recherche concrètes.
La première phase des travaux est consacrée à la revue des stratégies thérapeutiques, des modes de prise en charge, des outils diagnostiques et des dimensions sociales liées aux infections opportunistes. Les participants visent à dégager des solutions scientifiques ancrées dans les réalités du continent.
Préparer la relève scientifique africaine
L’une des priorités de cette rencontre réside dans la place accordée aux jeunes chercheurs. Une vingtaine de scientifiques africains, sélectionnés à l’issue d’un processus rigoureux, participent activement aux travaux. L’objectif est de renforcer leurs compétences et de les intégrer directement à la conception des futurs projets de recherche.
Pour la professeure Touré Kane, ces travaux doivent déboucher sur des programmes structurants capables de réduire la mortalité liée aux infections opportunistes. Elle rappelle également l'impact global des investissements réalisés dans la lutte contre le sida sur l'ensemble du système sanitaire : « Le sida agit comme un train qui entraîne tout le reste. Le renforcement des capacités des professionnels et la modernisation des équipements diagnostiques bénéficient à l'ensemble du système de santé. »
Le Sénégal bénéficie d'un leadership historique en la matière. La spécialiste rappelle notamment l’initiative pionnière d’accès aux traitements antirétroviraux (ARV) lancée par le Sénégal dès 1998, à une époque où la faisabilité de ces traitements en Afrique était fortement contestée. Cette expérience a ouvert la voie à la gratuité des ARV en 2003. Elle cite également les travaux menés auprès des consommateurs de drogues au sein du Centre intégré de prise en charge des addictions de Dakar (CIPIAD) de l’hôpital de Fann, dont les données ont permis d'orienter les politiques publiques de santé.
Garder la vigilance et renforcer le suivi thérapeutique
Bien que la tendance de l’épidémie soit globalement à la baisse au Sénégal, la vigilance reste impérative.« L’épidémie reste concentrée », relève la spécialiste, qui appelle à intensifier les efforts de prévention ciblant les jeunes de 15 à 24 ans et les populations les plus vulnérables.
Elle insiste par ailleurs sur l’importance capitale de l’observance du traitement antirétroviral. Une personne vivant avec le VIH et correctement traitée peut atteindre une charge virale indétectable, annulant ainsi le risque de transmission du virus par voie sexuelle. Cette efficacité repose toutefois sur la continuité d'un traitement à vie.
Une dynamique de coopération internationale
Pour Maxime Hentzien, professeur de maladies infectieuses au CHU de Reims et coprésident de l’AC44 Recherche clinique VIH, l’enjeu consiste à créer un réseau scientifique pérenne entre les pays partenaires : « L’enjeu d’une telle rencontre est de se retrouver en un même lieu pour co-développer des projets de recherche avec les acteurs qui vont ensuite les déployer sur le terrain. »
Réunissant une cinquantaine de participants issus de 13 pays, cet atelier offre un cadre de confrontation constructive des réalités épidémiologiques locales, favorisant l'émergence de projets de recherche au plus près des besoins des populations.







