Former des citoyens intègres dès le bas âge pour éradiquer la corruption à la racine : c'est l'ambition du ministère de l’Éducation nationale et de l’OFNAC, qui lancent un programme d'intégration de modules d'éducation à l'éthique dans le système éducatif. Prévu sur la période 2026-2028, ce projet pionnier vise à faire du respect du bien public, de la justice et du mérite des comportements réflexes chez les élèves sénégalais.
Et si la lutte contre la corruption commençait sur les bancs de l’école ? C’est le pari du ministère de l’Éducation nationale et de l’Office national de lutte contre la corruption (OFNAC), qui veulent désormais apprendre aux élèves sénégalais à faire de l’intégrité, de la responsabilité et du respect du bien public des réflexes dès le plus jeune âge.
Le processus national d’intégration de modules d’éducation à l’intégrité et à la prévention de la corruption dans le système éducatif sénégalais a été officiellement lancé ce jeudi 1ᵉʳ octobre 2026 par le ministre de l’Éducation nationale, Moustapha Mamba Guirassy, et le président de l’OFNAC, Moustapha Ka. Prévu sur la période 2026-2028, le projet doit aboutir à la conception de contenus adaptés aux différents âges et niveaux d’enseignement.
Inculquer des valeurs plutôt qu'ajouter une simple matière
L’ambition dépasse toutefois le simple ajout d’un cours supplémentaire au programme. « Il ne s’agit pas d’ajouter simplement une matière supplémentaire », a insisté Moustapha Mamba Guirassy. L'objectif est d'infuser progressivement « l’intégrité, la responsabilité, la justice, le respect du bien public et la citoyenneté » dans les apprentissages, les pratiques pédagogiques et la vie quotidienne des établissements.
Pour le ministre, l’enjeu est de confronter l’enfant à une question éthique essentielle : quelle leçon doit l’emporter entre le mérite, la justice et la responsabilité d’un côté, et l’idée que les règles peuvent être contournées au profit d’intérêts particuliers de l’autre ? Sa conviction reste ferme : « La construction d’une société intègre commence par l’éducation. »
La corruption ne se mesure d’ailleurs pas uniquement aux sommes détournées ou aux ressources publiques perdues. Elle entame aussi l’équité et la confiance citoyenne. « La corruption ne porte pas seulement atteinte aux ressources publiques, elle atteint la confiance elle-même », a souligné le ministre.
Agir en amont pour éviter la sanction
Même logique du côté de l’OFNAC. Moustapha Ka rappelle que la lutte contre les prévarications ne peut reposer uniquement sur le contrôle, l’investigation et la sanction. « Nous devons également agir en amont, là où se construisent les valeurs, les attitudes et les choix du futur », a-t-il déclaré.
L’école devient ainsi un terrain de prévention à part entière. L’élève devra progressivement comprendre que l’honnêteté, la transparence et le respect de la chose publique ne sont pas seulement des préceptes théoriques, mais des réflexes à pratiquer au quotidien.
L'exemplarité des enseignants au cœur du dispositif
Ce défi concerne tout autant le corps professoral. Les enseignants sont appelés à jouer un rôle de modèles. Pour le ministre, un enseignant qui applique la règle avec équité, reconnaît le mérite et respecte chaque élève enseigne déjà l’intégrité par son propre comportement. « L’intégrité ne s’apprend pas seulement dans un manuel, elle s’apprend aussi par l’exemple », a-t-il martelé.
Le projet entre désormais dans sa phase opérationnelle. Un atelier de production des modules se tiendra du 5 au 7 octobre prochain afin de fixer les contenus, les approches pédagogiques, les modalités de formation des maîtres et les mécanismes de suivi.
Pour le président de l'OFNAC, l’objectif à terme est clair : « Prévenir la corruption, c’est aussi préparer la génération qui n’aura pas à la considérer comme une fatalité. » Une génération appelée demain à occuper les fonctions d'enseignants, d'entrepreneurs, d'agents publics ou de dirigeants.
Pour le Sénégal, le combat contre la corruption ne se jouera plus seulement dans les cabinets d'instruction ou lors des audits de contrôle. Il commence désormais, officiellement, dans la salle de classe.








