Il y a des trophées qui brillent dans une vitrine et d’autres qui prennent racine dans la terre. À Bambali, Sadio Mané vient d’en choisir un qui, avec un peu de patience, pourrait produire des fruits.
Samedi, dans son village natal, l’international sénégalais a lancé SM10 Agro, un projet agro-industriel de 11,7 milliards de francs Cfa consacré notamment à la valorisation de la filière mangue en Casamance. Un investissement qui donne une autre dimension à l’après-carrière du champion.
Le projet prévoit un verger de 500 hectares, soit près de 78 000 arbres, ainsi que des unités capables de traiter jusqu’à 8 500 tonnes de fruits par an, dont une dédiée à la production de beurre de mangue. À la clé : 1 000 emplois directs au démarrage et jusqu’à 2 500 à terme. Un centre d’apprentissage aux métiers de l’agriculture moderne doit également permettre aux jeunes et aux femmes de se former.
Voilà une manière assez originale de prolonger une carrière sportive : après avoir fait vibrer les stades, faire travailler les champs.
Sadio Mané aurait pu, comme beaucoup de footballeurs ayant connu la gloire et les gros contrats, se contenter de profiter de sa réussite loin de son village. Il a choisi de réinvestir une partie de cette réussite là où tout a commencé.
Ce n’est d’ailleurs pas une première. École, lycée, infrastructures sportives et équipements de services : Bambali porte déjà plusieurs empreintes de la générosité du footballeur. Mais avec SM10 Agro, le geste change d’échelle. Il ne s’agit plus seulement de construire des infrastructures ; il est question de produire, transformer et créer de la valeur.
Et c’est précisément l’un des grands défis de notre économie.
La Casamance ne manque ni de terres fertiles ni de productions agricoles. La mangue y abonde, mais une partie importante des récoltes est perdue faute de capacités suffisantes de stockage, de conservation et de transformation. Résultat : nous produisons la matière première et la valeur ajoutée voyage souvent ailleurs. Sadio Mané veut inverser cette logique.
Chez nous, on parle beaucoup de chaînes de valeur. Lui a décidé d’en construire une.
Il y a aussi, dans cette initiative, une petite leçon pour une génération qui rêve légitimement de réussite à l’étranger. Réussir ailleurs n’interdit pas de penser à ici. Gagner des millions en Europe ne dispense pas de regarder vers le village natal. Et devenir une star mondiale n’oblige pas à oublier le chemin parcouru.
Le plus beau trophée de Sadio Mané ne sera peut-être donc pas celui remporté sur une pelouse. Il pourrait être celui qui se mesure en emplois créés, en jeunes formés, en mangues transformées et en familles dont les revenus progressent.
À Bambali, le «lion» ne joue plus seulement avec ses pieds. Il joue désormais avec la terre. Et cette fois, le trophée du développement pourrait bien pousser.







