À force de répéter « nous », à travers le slogan “Diomaye moy Sonko”, la politique sénégalaise vient peut-être de retrouver ses vieilles habitudes avec un “je” bien poli, bien repassé, qui se glisse dans les discours comme un invité discret… mais qui finit toujours par prendre toute la place à table.
Dans les coulisses du pouvoir, tout va pourtant bien. Photos impeccables, poignées de main réglementaires, sourires calibrés au millimètre. L’institutionnel respire la sérénité. Mais côté politique, on entend déjà le plancher craquer sous les pas des ambitions.
La scène est presque chorégraphiée. Le Président pique. Le Premier ministre contre-attaque. L’un réunit la coalition "Diomaye Président", l’autre convoque l’APTE, puis le Conseil national de Pastef, avec, cerise politique sur le gâteau, un congrès annoncé pour juin.
À ce rythme, Dakar risque bientôt de manquer de chaises pour toutes ces réunions stratégiques.
Le plus fascinant reste la finesse du jeu. Personne ne rompt. Personne ne claque la porte. On se regarde, on se jauge, on avance chacun son pion, mais toujours avec le sourire de famille pour la photo officielle. Une sorte de cohabitation en velours, où l’on se dispute l’avenir tout en partageant le présent.
Le Sénégal découvre ainsi un nouveau sport politique : le bras de fer diplomatique. Pas de cris, pas de fracas. Juste des agendas bien remplis et des messages à peine codés.
Pendant ce temps, les Sénégalais, eux observent ce duel avec la curiosité d’un public devant une série dont personne ne connaît la fin. Pour l’instant, l’épisode pilote promet du suspense.
En tout cas, quand deux “je” deviennent trop grands dans la même phrase politique, le “nous” finit souvent par demander… une pause.








