Huit ans après la mort de l’étudiant Fallou Sène, tué lors des affrontements entre étudiants et forces de l’ordre à l’Université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis, l’affaire a été jugée ce vendredi devant le tribunal militaire. À la barre, l’adjudant Serigne Moustapha Sané, qui était sous-lieutenant au moment des faits en 2018, est poursuivi pour coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Le gendarme a reconnu avoir ouvert le feu sur les manifestants.
Les faits ont été évoqués à travers les conclusions de l’autopsie et les éléments issus de la confrontation. Lors des débats d’audience, l’accusé a tenté de justifier son acte par les circonstances de l’intervention. Le prévenu explique qu’il agissait dans le cadre d’une mission officielle de maintien de l’ordre et a tiré pour protéger son commandant, Abdou Diop, ainsi que d’autres gendarmes, blessés et pris à partie par les étudiants.
Il a expliqué avoir effectué trois tirs de sommation avant un quatrième tir qu’il affirme avoir dirigé vers les membres inférieurs des manifestants. Une version qui suscite des interrogations, car selon l’accusation, il disposait d’un pistolet automatique de 9 mm, mais a finalement utilisé un fusil M16.
Les étudiants contredisent la version du militaire
Entendu comme témoin, le commandant Abdou Diop, qui dirigeait l’intervention à l’époque, a confirmé que son subordonné avait fait usage de son arme pour protéger ses hommes et disperser la foule. Il a notamment évoqué les blessures subies par certains gendarmes dont Pape Matar Diop.
Deux représentants de la Coordination des étudiants de Saint-Louis, dont l’ancien président en fonction au moment des faits, M. Diop, ont également été entendus. Leurs déclarations n’ont pas corroboré la version de l’accusé. Ils ont expliqué avoir plutôt demandé aux étudiants de mettre fin aux jets de pierres afin de permettre aux gendarmes de reprendre leur positionnement.
250 millions de FCFA réclamés et délibéré fixé au 27 novembre
Convaincu que les faits sont établis, Me Assane Dioma Ndiaye, avocat de la famille de Fallou Sène, a réclamé 200 millions de FCFA à titre de dommages et intérêts. De son côté, la Coordination des étudiants de Saint-Louis, représentée par Me Amadou Diallo, a réclamé 50 millions de FCFA.
Dans ses réquisitions, le procureur de la République a demandé au tribunal de déclarer l’accusé coupable des faits qui lui sont reprochés. Le maître des poursuites a requis une peine d’un an d’emprisonnement, dont six mois ferme.
L’accusé était assisté par Me Moustapha Dieng. Dans sa plaidoirie, l’avocat a invoqué les dispositions de l'article 315 du code pénal ainsi que l’état de nécessité. À l’issue des débats, marqués par un appel à l’apaisement de la défense, le tribunal a mis l’affaire en délibéré au 27 novembre prochain.








