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Lutte contre l'hépatite B : plus de 1 000 patients pris en charge, le projet SEN-B plaide pour la gratuité du traitement


Rédigé le Mardi 27 Octobre 2026 à 19:03 | Lu 71 fois | 0 commentaire(s)



La lutte contre l’hépatite B au Sénégal pourrait bénéficier d’un nouvel élan grâce à la consolidation du projet SEN-B. Porté par le Pr Moussa Seydi en collaboration avec l’Université de Berne, ce projet, lancé en 2019 et consacré à l’étude et à la prise en charge de cette infection virale, a permis la prise en charge gratuite de plus de 1 000 patients atteints d’hépatite B au Sénégal. Lors d’un atelier, consacré à son avenir, les responsables scientifiques et le Programme national de lutte contre les hépatites ont plaidé pour un renforcement des financements et un accès gratuit au traitement.


Véritable programme de recherche multidisciplinaire, le projet s’intéresse à l’ensemble des problématiques liées à l’hépatite B. Selon le professeur Moussa Seydi, chef du Service des maladies infectieuses et tropicales (SMIT) de l’hôpital de Fann, qui a présenté les acquis de cette initiative et les défis liés à sa pérennisation jusqu’en 2030, le projet couvre tous les aspects fondamentaux

Notamment le suivi clinique, l’évaluation des traitements, la prévention de la transmission mère-enfant, les sciences sociales, l’analyse économique et les nouvelles technologies à savoir l’intelligence artificielle. « Tous les aspects en rapport avec l’hépatite virale B sont véritablement étudiés dans le cadre de ce projet », a expliqué le Pr Seydi, soulignant également l’importance des données produites pour orienter les politiques publiques de lutte contre la maladie.

Plus de 1000 patients pris en charge gratuitement

 

L’un des principaux résultats du projet réside dans son volet social et sanitaire. Selon le Pr Moussa Seydi, plus de 1 000 personnes ont déjà bénéficié d’une prise en charge gratuite comprenant des consultations, des échographies tous les six mois, des charges virales, des bilans biologiques et des traitements. Le dispositif a également permis de financer certaines interventions chirurgicales.

Le responsable du SMIT a aussi indiqué que le coût est lourd pour le projet. Il peut aller jusqu'à 300 000 FCFA par patient, hors contribution en nature de l'hôpital (locaux, électricité, eau). 

Dans son volet de prévention de la transmission du virus de la mère à l’enfant, le Pr Seydi a révélé un résultat particulièrement encourageant : zéro transmission rapportée dans le cadre de cette intervention.

Au-delà des soins, le projet contribue à la production de connaissances scientifiques et à la formation de jeunes chercheurs, biologistes et sociologues.

Les défis de la pérennisation du projet

Partenaire du projet depuis près d’une décennie, le Pr Gilles Wandeller, spécialiste des maladies infectieuses à l’hôpital universitaire de Berne, en Suisse, a rappelé les principaux axes de cette collaboration notamment la prise en charge clinique, la recherche pour mieux comprendre l'évolution de l'hépatite B, et la formation de jeunes chercheurs, biologistes et sociologues. 

Selon lui, le projet entend par ailleurs exploiter les données accumulées au cours des dernières années pour développer des modèles mathématiques capables d’anticiper l’évolution de l’épidémie au Sénégal. Ces projections pourraient notamment tenir compte du nombre de personnes traitées et de l’accès aux services de prévention.

Sur le plan financier, le Pr Wandeller a indiqué que le projet bénéficie de plusieurs sources de soutien, notamment des financements suisses, de collaborations universitaires américaines et d’un partenariat avec l’industrie, dont Roche en Suisse pour certains besoins de laboratoire.

Il a aussi fait savoir que le montant global du financement s’élève à environ 200 000 euros par an. « Pour une cohorte de 1000 personnes avec une quarantaine de personnes qui s'en occupent, c'est très peu. On le fait grâce à l'apport bénévole de beaucoup de collègues », a-t-il précisé.

Le spécialiste a ainsi appelé à la mobilisation de nouveaux partenaires afin de garantir la continuité et la qualité des activités.

 

Un plaidoyer soutenu par le Programme national de lutte contre les hépatites

Pour sa part, le coordonnateur du Programme national de lutte contre les hépatites, le professeur Modou Oumy Kane, a salué les résultats du projet et l’engagement du Pr Moussa Seydi et de son équipe.

Pour le coordonnateur du PNLH, le modèle développé dans le cadre du projet SEN-B mérite d’être renforcé et reproduit à plus grande échelle au Sénégal. Il a également pris l’engagement de porter le plaidoyer auprès des autorités et des partenaires, pour mobiliser davantage de ressources en faveur du projet.

« En tant que représentant du ministre de la Santé, je prends l'engagement de porter ce plaidoyer. Le projet SEN-B est un modèle à développer. Nous avons besoin de plusieurs grappes de SEN-B au Sénégal », a-t-il indiqué.

Selon lui, les résultats scientifiques obtenus constituent des arguments importants pour convaincre les bailleurs nationaux et internationaux de renforcer leur soutien.

La gratuité du ténofovir, un enjeu majeur

Au cœur des préoccupations exprimées par les responsables figure l’accès au traitement. Le ténofovir, l’une des principales molécules utilisées contre l’hépatite B, reste payant pour les patients au Sénégal, malgré les efforts de réduction de son coût.

Pour le Pr Modou Oumy Kane, la boîte qui coûte environ 5 000 F CFA, est une dépense qui peut constituer un obstacle pour de nombreux ménages.

Il a ainsi plaidé pour une évolution vers la gratuité du traitement, comparant la situation avec la prise en charge du VIH, pour laquelle les médicaments antirétroviraux sont accessibles gratuitement dans le cadre des dispositifs publics.

Pour les responsables du projet, cette différence soulève une question d’équité dans l’accès aux soins. Ils appellent à une implication accrue de l’État, du Programme national de lutte contre les hépatites et de la société civile afin de trouver des solutions durables.

Le Pr Moussa Seydi a notamment insisté sur le rôle du plaidoyer et sur la nécessité de replacer les besoins des populations au centre des politiques sanitaires.

Un projet scientifique au service des populations

Au-delà de la recherche, le projet a déjà permis la publication de travaux dans des revues scientifiques internationales de premier plan. Il contribue aussi à documenter les réalités cliniques, économiques et sociales de la maladie dans le contexte sénégalais.

Pour ses responsables, l’enjeu est désormais de consolider les acquis, de diversifier les financements et de renforcer les liens avec les autorités sanitaires.

La perspective d’une prolongation jusqu’en 2030 ouvre ainsi une nouvelle étape pour cette initiative, avec une ambition centrale : faire progresser les connaissances sur l’hépatite B, améliorer durablement la prise en charge des patients et contribuer à rendre le traitement accessible au plus grand nombre.

⚡ RÉSUMÉ EXPRESS


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