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Des comptes de Barkédji aux larmes de l’Ucad : Le sang du savoir ne doit plus couler


Rédigé le Mardi 10 Février 2026 à 17:29 | Lu 64 fois | 0 commentaire(s)




Il y a des contrastes qui déchirent l’âme et qui, brutalement, nous rappellent la fragilité de notre destin commun. 

Hier matin, sous le soleil de Barkedji, je chantais avec l’innocence. Dans une Case des tout-petits, j’ai vu dans les yeux de nos enfants, l’éclat pur de l’espoir, cette promesse d’un Sénégal qui rit, qui apprend et qui rêve. Hier soir, arrivé à Ourossogui, le ciel m’est tombé sur la tête. La musique s’est tue, étouffée par le bruit des bottes et les cris de détresse venus de Dakar. 

L’Université Cheikh Anta Diop est en deuil. Le Sénégal est amputé. 

Abdoulaye Bâ, étudiant en deuxième année de Médecine, est tombé. Il avait voué sa vie à l'art de sauver celle des autres ; on lui a ôté la sienne alors qu'il ne réclamait que le droit d'étudier dans la dignité. À la douleur de sa perte, s'ajoute une décision d'une cruauté administrative insoutenable : la fermeture du campus et l'expulsion de milliers d'étudiants, jetés à la rue, leur peine doublée d'une errance forcée. 

Je vous parle avec le cœur d’un homme qui a porté ces cicatrices. 

Je suis Talla Sylla, mais je suis aussi, et pour toujours, cet étudiant de la Génération 88. J’ai connu le bitume de l’UCAD, les bastonnades, l’arrestation, la prison. Je connais le goût âcre des lacrymogènes et le froid de la cellule, pour avoir osé défendre des acquis. Nous avions créé G88 pour que la mémoire ne s'efface pas, pour que la conscience veille. 

Pourtant, des décennies plus tard, l'histoire bégaye tragiquement. 
Combien de fois devrons-nous écrire ces textes ? Combien de fois devrons-nous pleurer nos "Mamadou", nos "Balla", nos "Abdoulaye" ? Sommes-nous condamnés à ce cycle infernal et hypocrite : Indignation, Émotion, Résignation... et "Au suivant" ? 

Non. L’indignation ne suffit plus. Les larmes, si elles ne sont pas le carburant de l'action, ne sont que de l'eau versée sur du sable. 

On ne bâtit pas une Nation en sacrifiant ses enfants. On ne prépare pas l'avenir en brisant les genoux de ceux qui doivent le porter. L'Université est un sanctuaire. Violer les franchises universitaires, c'est profaner le temple de l'esprit. Répondre à la revendication sociale par la balle ou la matraque, est un aveu d'échec politique et moral, quel que soit le régime. 

Aujourd'hui, depuis Ourossogui, mon appel n'est pas une incitation au désordre, mais une exigence d'ordre moral. 

Il est temps de rompre le pacte de la violence. Il est temps que l'État comprenne que sa première mission est de protéger la vie, surtout celle de sa jeunesse. 

* Que la justice pour Abdoulaye Bâ ne soit pas un slogan, mais une réalité implacable. 
* Que l'université soit rendue aux étudiants, car chasser l'étudiant de son campus, c'est exiler le savoir. 
* Que les bourses, ce minimum vital pour la survie intellectuelle, soient versées. 

Je pleure Abdoulaye. Mais à travers mes larmes, je regarde le Sénégal dans les yeux : Arrêtons ce massacre. Transformons notre douleur en un rempart infranchissable, pour que plus jamais, un étudiant sénégalais ne meure pour avoir voulu apprendre. 

Repose en paix, camarade. Que ton sacrifice soit le dernier.” 

Fait à Ourossogui, le 10 février 2026 


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