L’examen du projet de loi n°05/2026 modifiant l’article 319 du Code pénal par la Commission des lois de l’Assemblée nationale du Sénégal a été marqué par un débat de fond qui dépasse largement la seule question juridique. C'est ce qui ressort du rapport transmis à la presse ce mercredi à l’Assemblée, dans le cadre de l’examen en plénière dudit projet. En effet, au cœur des échanges entre députés et membres du gouvernement se trouve l’équilibre entre la souveraineté nationale du Sénégal et le respect de ses engagements internationaux en matière de droits humains. Il faut noter que la Commission des lois a entendu les explications de la ministre de la Justice, Yacine Fall, venue défendre la réforme portée par le gouvernement le 9 mars 2026.
La souveraineté comme principe revendiqué
Au cours des discussions, plusieurs commissaires ont insisté sur le fait que « la réforme de l’article 319 s’inscrit dans une volonté affirmée de préserver les repères culturels, moraux et religieux auxquels la société sénégalaise demeure attachée ». Dans cette perspective, certains députés ont évoqué « les pressions exercées par des lobbys ou organisations internationales dans les débats liés aux questions de mœurs et de sexualité ».
Pour eux, « la souveraineté d’un État ne se limite pas aux domaines économiques, financiers ou sécuritaires. Elle englobe également le droit pour une nation de définir et de défendre ses propres choix de société, en fonction de son histoire, de sa culture et de ses valeurs ». Par ailleurs, cette position traduit une préoccupation largement partagée dans le débat public sénégalais, où la question de l’homosexualité est régulièrement présentée comme un sujet touchant à l’identité culturelle et aux fondements moraux de la nation.
Les obligations issues du droit international
Mais en parallèle, les députés ont également soulevé un enjeu juridique majeur : « la compatibilité de la réforme avec les engagements internationaux du Sénégal ». Le pays est en effet signataire de plusieurs instruments internationaux relatifs aux droits humains, notamment la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, qui consacre des principes fondamentaux tels que la dignité humaine, l’égalité devant la loi et la non-discrimination.
Ces engagements impliquent pour l’État sénégalais de veiller à ce que ses législations nationales respectent les standards juridiques internationaux auxquels il a souscrit. Dans ce contexte, certains commissaires ont demandé au gouvernement des éclaircissements sur la manière dont le projet de loi s’articule avec ces obligations.
Un exercice d'équilibre complexe
Les échanges ont ainsi mis en évidence la complexité du débat. D’un côté, la volonté politique de répondre aux attentes d’une partie importante de l’opinion publique en renforçant la législation sur les actes dits « contre nature ». De l’autre, la nécessité de maintenir la cohérence du droit sénégalais avec les conventions internationales ratifiées par le pays.
Pour plusieurs commissaires, l’enjeu est donc d’éviter toute contradiction entre la législation nationale et les principes consacrés par les instruments juridiques internationaux. Ils ont ainsi appelé à une clarification précise du contenu de certaines dispositions du projet de loi, notamment celles relatives à la définition des infractions et à la pénalisation de l’apologie.
Au-delà du texte lui-même, les discussions au sein de la Commission des lois révèlent un débat plus large sur la place du droit international dans les politiques publiques nationales. Entre affirmation de la souveraineté et respect des engagements internationaux, le Sénégal se retrouve face à un exercice d’équilibre délicat. Ce débat devrait se poursuivre lors de l’examen du projet de loi en séance plénière, où les députés devront trancher sur une réforme qui touche à la fois au droit, à la politique et aux valeurs sociales.







