À la suite de son texte intitulé « Imposteur » et qui avait créé une vive polémique, le ministre directeur de cabinet du président de la République, Mary Teuw Niane, a effectué une nouvelle sortie pour, cette fois-ci, défendre la posture du chef de l’État face aux récentes tensions institutionnelles. Dans une tribune intitulée « L’élégance républicaine », il rappelle le rôle constitutionnel du président de la République et insiste sur la nécessité de préserver l’équilibre des institutions.
​Selon lui, le président de la République n’est pas un acteur politique ordinaire, mais le garant de la Constitution, du fonctionnement régulier des institutions et de l’unité nationale. « Il faut parfois rappeler les évidences lorsque la passion politique finit par les recouvrir. Au Sénégal, chez nous, le Président de la République n’est pas un acteur institutionnel parmi d’autres. La Constitution lui confie une responsabilité singulière : il en est le gardien, le garant du fonctionnement régulier des institutions et l’incarnation de l’unité nationale. Ce n’est ni un privilège ni une faveur. C’est une charge. Et une charge impose parfois de résister », dit-il.
​À ce titre, affirme-t-il, le chef de l’État a le devoir d’intervenir lorsque les fondements de la République lui semblent menacés, notamment en privilégiant le recours au droit et aux institutions compétentes.
​Le ministre directeur de cabinet souligne que face à certaines initiatives parlementaires qu’il juge susceptibles de bouleverser l’architecture institutionnelle, le Président Bassirou Diomaye Faye a choisi la voie du droit en saisissant le Conseil constitutionnel, plutôt que d’engager un rapport de force politique.
​« Devant l’entêtement de ceux qui semblent vouloir faire d’une majorité parlementaire usurpée l’instrument d’une déconstruction de l’architecture républicaine, il a choisi le droit. Il a saisi le Conseil constitutionnel. Pas de passage en force. Pas de brutalité institutionnelle. Pas de contournement de la représentation nationale. Le droit. Le juge. La Constitution. Et le juge constitutionnel a tranché », affirme-t-il.
​Dans son argumentaire, Mary Teuw Niane rappelle que « la majorité parlementaire, même revendiquée avec force, n’est pas la Constitution » et qu’« une victoire électorale ne donne pas la propriété de l’État». Il insiste sur le fait que, dans un État de droit, même les majorités politiques doivent respecter les limites fixées par la Loi fondamentale.
​« Aucune majorité politique ne vaut permis de tout faire. Dans une République véritable, même les vainqueurs ont des limites. Et c’est précisément pour cela que le Conseil constitutionnel existe », rappelle-t-il.
​Le ministre met également en avant le rôle du Conseil constitutionnel, qu’il décrit comme un rempart essentiel de la démocratie. Selon lui, cette institution n’est ni l’alliée du président de la République ni l’adversaire du Parlement, mais le gardien juridictionnel de la Constitution, celui qui rappelle que la politique ne peut pas tout, que la majorité ne peut pas tout et que l’urgence politique ne saurait abolir la règle de droit.
​« Ses décisions peuvent déplaire. Elles peuvent contrarier les ambitions du moment. Elles peuvent même provoquer la colère de ceux qui avaient cru leur victoire définitive. Mais une Constitution n’est pas faite pour être respectée uniquement lorsqu’elle nous arrange. C’est lorsque le pouvoir rencontre une limite que l’on mesure la solidité d’une République. Voilà pourquoi le rôle du président de la République doit être compris à sa juste mesure », précise-t-il.
​Pour Mary Teuw Niane, le chef de l’État n’a pas à être le spectateur silencieux des convulsions institutionnelles. Il trouve qu'il doit exercer pleinement son autorité. Mais, souligne-t-il, une autorité constitutionnelle, jamais arbitraire ; une autorité ferme, sans brutalité, vigilante, sans fébrilité ; une autorité déterminée, sans dérapage.
​Mary Teuw Niane appelle à un retour à « l’élégance républicaine », fondée sur le respect des institutions, la séparation des pouvoirs et la soumission de tous, gouvernants comme élus, à la Constitution.
​« L’élégance républicaine, c’est cela : la force qui accepte de s’incliner devant le droit. C’est savoir qu’un parti n’est pas l’État. Qu’une majorité n’est pas la Nation. Qu’un mandat n’est pas une licence. Et qu’une victoire électorale, aussi éclatante soit-elle, demeure une victoire politique, jamais un droit de propriété sur la République. Chez nous, il faut retrouver cette hauteur », réaffirme-t-il.
​Selon Mary Teuw Niane, la politique peut être rude, le débat peut être vif et les désaccords peuvent être profonds. Mais, souligne-t-il, il existe une ligne rouge que personne ne devrait franchir : celle qui transforme la conquête du pouvoir en conquête des institutions.
​« La République ne se conquiert pas. Elle ne se possède pas. Elle se sert. Et servir la République, c’est accepter ses règles lorsqu’elles nous favorisent comme lorsqu’elles nous contrarient », confie-t-il.
​Mary Teuw Niane ajoute que lorsque le président de la République exerce la mission que la Constitution lui assigne, lorsqu’il défend l’équilibre des institutions et choisit le recours au juge plutôt que le rapport de force, le soutenir ne revient pas nécessairement à prendre parti pour un homme.
​Pour lui, c'est plutôt prendre parti pour une conception de l’État. Il parle d'une conception dans laquelle le pouvoir est fort, mais pas sans limites ; d'une conception dans laquelle le Parlement est souverain dans son domaine, mais pas au-dessus de la Constitution ; d'une conception dans laquelle le juge constitutionnel n’est ni un obstacle ni un adversaire, mais l’un des remparts de notre démocratie.
​Mary Teuw Niane parle surtout d'une conception dans laquelle le président de la République assume pleinement ce que la Constitution attend de lui : garder la Constitution, garantir les institutions et tenir debout l’État lorsque la tempête politique se lève.
​Il trouve que c’est cela l’élégance républicaine, mais pas la faiblesse, ni la complaisance ou le silence. Il croit plutôt que c'est l’autorité maîtrisée, la fermeté sans brutalité, le pouvoir soumis au droit et la République placée au-dessus de tous.








