Nos responsables politiques, nos établissements d’enseignement et de recherche, notre secteur privé et la société civile doivent engager rapidement une réflexion sur plusieurs enjeux essentiels qui détermineront la capacité de notre pays à bénéficier de l’IA :
1. Électricité et infrastructures énergétiques
L’IA nécessite d’importantes quantités d’électricité pour alimenter les centres de données et les infrastructures de calcul. Même les États-Unis rencontrent des difficultés croissantes pour répondre à ces besoins énergétiques. Le Sénégal doit se doter d’une stratégie à long terme pour renforcer considérablement ses capacités de production et de distribution d’électricité afin de soutenir une économie intégrant pleinement l’IA.
2. Données locales et IA inclusive
Nous devons élaborer une stratégie nationale de collecte, d’organisation et de mise à disposition des données locales pour le développement de l’IA, tout en garantissant le respect de la vie privée, le consentement des personnes concernées et la protection des données. Cela concerne notamment les données médicales, les informations agricoles et les données issues des télécommunications, dont les enregistrements vocaux recueillis avec le consentement des participants. Utilisées dans un cadre approprié, ces ressources pourraient contribuer à former des systèmes d’IA capables de comprendre nos langues nationales et nos réalités culturelles. Imaginons qu’un habitant d’un village isolé puisse, à l’avenir, échanger en wolof, en pulaar, en sérère ou dans une autre langue nationale avec un assistant médical virtuel fondé sur l’IA. Sous supervision médicale, de tels outils pourraient considérablement améliorer l’accès à l’information et à l’accompagnement en santé, notamment dans les communautés les moins bien desservies. L’IA doit être inclusive et accessible à chaque Sénégalais, quels que soient sa langue, son niveau d’instruction ou son lieu de résidence.
3. Infrastructures GPU et capacité nationale de calcul
Les processeurs graphiques (GPU) et les mémoires à haute bande passante nécessaires au développement et au fonctionnement des systèmes d’IA avancés deviennent de plus en plus coûteux et sont soumis à de fortes contraintes d’approvisionnement. À mesure que les modèles gagnent en complexité, l’accès aux infrastructures de calcul pourrait constituer un obstacle majeur pour les pays en développement. Le Sénégal risque ainsi de devenir entièrement dépendant de fournisseurs étrangers pour ses besoins de calcul liés à l’IA. Compte tenu des moyens financiers limités de nos universités, de nos chercheurs et de nos entreprises technologiques, l’État doit jouer un rôle moteur dans la création d’infrastructures nationales de calcul pour l’IA. Cela pourrait notamment prendre la forme de plateformes mutualisées de GPU accessibles aux établissements universitaires, aux startups et aux organismes de recherche. Nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre que ces ressources deviennent financièrement inaccessibles ou difficiles à obtenir.
4. Réforme en profondeur du système éducatif
Notre système éducatif doit évoluer profondément pour préparer les élèves et les étudiants à un monde transformé par l’IA. Il ne s’agit pas simplement de leur apprendre à utiliser ChatGPT. Nous devons repenser les programmes, les méthodes pédagogiques, la formation professionnelle et les compétences dont les travailleurs de demain auront besoin. L’esprit critique, les mathématiques, l’informatique, la compréhension de l’IA, la créativité et la résolution de problèmes doivent devenir des piliers de notre stratégie éducative. Nous devons préparer nos jeunes à utiliser l’IA, mais aussi à la développer, à l’adapter à nos besoins et à innover grâce à elle.
5. L’IA et la révolution à venir dans la médecine
Les progrès récents de l’IA dans la découverte de médicaments, la biologie computationnelle et la simulation de cellules virtuelles ouvrent des perspectives considérables pour la recherche médicale. Les technologies permettant de simuler les réactions des cellules humaines à des médicaments ou à d’autres molécules pourraient accélérer sensiblement la découverte de traitements contre le cancer, les maladies génétiques et d’autres pathologies majeures. Certains chercheurs envisagent, dans les prochaines années, des avancées susceptibles de transformer profondément la médecine. Si les prédictions selon lesquelles la plupart des maladies humaines pourraient être guéries avant 2030 restent très spéculatives, le rythme des progrès scientifiques mérite toute notre attention. Le Sénégal doit dès maintenant réfléchir aux moyens de participer à ces avancées et d’en bénéficier, plutôt que de rester un simple consommateur de technologies développées ailleurs.
Oumar Ndiaye CEO ANTG Email : ondiaye@antg.com WhatsApp : +1-919-291-8742:+1-919-291-8742







