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Dette du Sénégal sur le marché de l’UMOA : Le Pr Amath Ndiaye pointe l'écart anormal entre le taux de la BCEAO et le coût de nos emprunts


Rédigé le Dimanche 11 Octobre 2026 à 21:05 | Lu 66 fois | 0 commentaire(s)




Professeur à la Faculté des Sciences Économiques et de Gestion de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (FASEG-UCAD), Pr Amath Ndiaye est un économiste réputé et un observateur averti des finances publiques et des marchés financiers de la sous-région. Dans une tribune consacrée à la dette du Sénégal, l'universitaire passe au criblage les conditions d'emprunt de l'État sur le marché régional et interpelle les acteurs bancaires de l'Union monétaire ouest-africaine (UMOA).

​Les dernières adjudications du Sénégal sur le marché régional des titres publics de l’UMOA révèlent une situation préoccupante : alors que le principal taux directeur de la Banque Centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) est fixé à 3 %, l’État du Sénégal emprunte à des rendements proches de 8 %. Une telle asymétrie soulève une interrogation légitime sur le comportement des établissements bancaires et sur la réalité de la solidarité financière entre les États membres de l’Union.

​Des banques qui tirent profit des difficultés sénégalaises

​Les résultats des trois dernières adjudications organisées par le Trésor sénégalais — les 11 septembre, 25 septembre et 9 octobre 2026 — traduisent la lourdeur des taux appliqués. Sur ces opérations, les rendements moyens s'élèvent à 7,91 % pour les bons du Trésor à un an, 7,81 % pour les obligations à trois ans et 7,99 % pour les titres à cinq ans.

​Si ces chiffres démontrent la capacité du marché sous-régional à poursuivre le financement du Sénégal sur des maturités longues, l'écart de coût interpelle. Pour le Pr Amath Ndiaye, « un écart de près de cinq points de pourcentage entre le taux directeur de la BCEAO et les rendements exigés sur les titres sénégalais mérite une attention particulière ». Certes, les banques intègrent leurs charges, le coût de leurs ressources et la prime de risque propre à la trajectoire budgétaire du Sénégal, mais « les difficultés financières du Sénégal deviennent ainsi une source potentielle de revenus importants pour les investisseurs qui acceptent de financer sa dette à des taux élevés ».

​Où est passée la solidarité communautaire ?

​Fondée sur une monnaie unique, une banque centrale commune et un marché financier intégré, l’UMOA ne devrait pas se cantonner à la simple logique marchande. Selon l'économiste de l'UCAD, cette intégration monétaire impose des devoirs : « La solidarité communautaire ne devrait pas se limiter à la disponibilité des financements. Elle devrait également se traduire par des conditions de financement soutenables. »

​Aujourd’hui, ces taux frôlant les 8 % alourdissent le service de la dette publique et amputent d’autant les marges de manœuvre budgétaires destinées aux secteurs sociaux prioritaires comme l’éducation, la santé et les infrastructures de base.

​L’impact attendu du PTDS et du FMI

​L’annonce du Plan de traitement de la dette du Sénégal (PTDS) couplée à l’accord technique conclu avec le Fonds monétaire international (FMI) devrait poser les bases d'un retour de la confiance des investisseurs. Toutefois, cet apaisement tarde à se matérialiser dans les enchères obligataires. Pour le Pr Ndiaye, « le rétablissement de la soutenabilité de la dette, la réduction des déficits budgétaires et la mise en œuvre d’un programme économique crédible constituent des conditions indispensables pour obtenir une diminution significative des taux d’intérêt ».

​S'il reconnaît le rôle crucial joué par le marché sous-régional alors que l'accès aux marchés internationaux était compromis, l'universitaire plaide pour un changement de paradigme éthique et financier : « La solidarité communautaire devrait encourager les banques et les investisseurs à accompagner le redressement économique et financier du Sénégal [...] en contribuant progressivement à réduire le coût de son endettement ».

​Et l'enseignant-chercheur de conclure sur la vocation profonde de l'espace communautaire : « Une union monétaire ne doit pas être uniquement un espace de recherche de rentabilité financière. Elle doit aussi être un espace de solidarité, de stabilité et de développement partagé. »



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