À quelques heures du coup d'envoi des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ), prévus ce 31 octobre, la Médina ne se contente pas d'attendre passivement les athlètes. Autour du stade Iba Mar Diop, zone névralgique appelée à brasser des milliers de visiteurs, l'ONG AFAD (Association de formation et d'appui au développement) a clôturé, ce vendredi 30 octobre, trois jours intenses de formation. L'objectif consiste à armer 60 jeunes animateurs des compétences requises pour assurer une gestion optimale des déchets, avec la ferme ambition de muer cette mission citoyenne en un véritable métier créateur de revenus durables. La promotion rassemble 30 membres du Conseil consultatif de la jeunesse de la Médina (CCJM) et 30 volontaires issus de la Croix-Rouge sénégalaise et des Scouts, garantissant un maillage territorial complet de la commune d'arrondissement.
Comme le souligne le directeur exécutif de l'ONG, Idrissa Ndiaye : « Qui dit rassemblement d'hôtes dit inévitablement production de déchets. Nous allons faire face à un flux très important. D'où l'impérieuse nécessité d'outiller la jeunesse médinoise afin qu'elle dispose de toutes les armes pour une gestion optimale du cadre de vie durant les JOJ. »
Mais le rendez-vous olympique ne sert que de catalyseur. Un formidable prétexte pour l’AFAD, dont l'ambition ultime réside dans la pérennité de l'héritage. La Médina est ainsi érigée en phase pilote, un véritable laboratoire urbain appelé à être dupliqué à l'échelle du territoire national. Selon le chargé des questions environnementales et concepteur du programme de transition écologique et énergétique des quartiers et villages, Rito Lopez Diaz, « l’idée force est d'ancrer la transition écologique au cœur de nos territoires. Nous avons choisi de saisir l'opportunité des JOJ pour impulser ce nouveau paradigme des métiers et des emplois verts territorialisés. » Cette architecture repose sur cinq axes majeurs et interdépendants : la gestion de proximité des déchets, l'éducation environnementale, la préservation de la biodiversité et du cadre de vie, la structuration d'un système alimentaire territorial durable et le développement de l'agriculture urbaine.
Cette vision débouche sur une projection ambitieuse : la création potentielle d'un million d'emplois verts.
L'expert présente un catalogue d'activités existantes mais souvent méconnues, qu'il convient de valoriser pour assurer la viabilité des projets. Dans la même perspective, M. Ndiaye constate que face à la saturation des filières traditionnelles, la croissance verte offre un gisement d'opportunités encore inexploré. « Ce répertoire de métiers verts représentant un potentiel d'un million de postes doit être largement diffusé pour combattre le chômage des jeunes. Dès lors que l'animateur perçoit un retour sur investissement tangible, il gagne son autonomie sans dépendre de concours extérieurs », analyse-t-il.
Sur le terrain, la dynamique porte déjà ses fruits. La présidente du CCJM, Ndèye Astou Ndiaye, refuse désormais de considérer l'insalubrité comme une fatalité : « Nous avons compris que les déchets constituent une valeur ajoutée. L'occupation anarchique et l'accumulation d'immondices sont certes des fléaux, mais elles représentent autant d'opportunités d'emplois verts à saisir. La méthode est claire : faire du porte-à-porte pour sensibiliser les ménages au tri à la source. » Même enthousiasme du côté de Pape Sall, représentant le délégué de quartier : « Ces jeunes sont formés aujourd'hui pour devenir, dès demain, les relais et formateurs de leurs pairs dans tous les sous-secteurs. »
La phase opérationnelle débute ce samedi 31 octobre, en parallèle du coup d'envoi des compétitions, avec le lancement des campagnes d'animation et de sensibilisation dans les artères de la Médina. « La Médina restera un laboratoire permanent », réaffirme Idrissa Ndiaye. Pour M. Lopez Diaz, la cap est clairement fixé : « L'héritage consiste à injecter un contenu concret dans l'économie verte territorialisée de notre pays. » Un pari qui, s'il est tenu, promet de maintenir la Médina propre durant les quinze jours de festivités tout en offrant à toute une génération les clés d'une insertion professionnelle durable.







