Lors d'une prise de parole fleuve face à la presse au Building administratif Mamadou Dia, le Premier ministre Al Aminou Lo a défendu pied à pied les arbitrages budgétaires de la Loi de finances rectificative (LFR) 2026. Entre ferme mise en garde contre l'« obstruction », détails chiffrés sur le report des investissements et main tendue à Ousmane Sonko pour un dialogue institutionnel, le chef du gouvernement a balayé l'ensemble des griefs formulés par le groupe parlementaire Pastef.
D'emblée, le chef du gouvernement a interpellé le parti Pastef sur sa manière de communiquer avec la presse, les appelant à rompre avec la communication unilatérale : « Pour la transparence dans les narratifs, je voudrais solennellement leur demander d’ouvrir le micro aux journalistes qui assisteront à ces rencontres, comme le gouvernement l’a fait. »
Il a vivement encouragé la majorité parlementaire à accepter les questions directes des journalistes afin de consacrer le débat contradictoire : « Je voudrais les appeler solennellement à transformer leur point de presse en conférence de presse. Comme ça, ce ne sera pas un sens unique. Le gouvernement a décidé d’ouvrir, de donner la parole aux journalistes, puisque c’est cela que les Sénégalais nous demandent, et non un message à sens unique. »
Rejet de l'« obstruction » et rappel du cadre constitutionnel
Revenant sur le rejet du texte en commission à l'Assemblée nationale, Al Aminou Lo a fermement recadré l'attitude des députés de Pastef, rappelant l'existence du droit d'amendement encadré par l'article 82 de la Constitution : « Il y a une nuance, cependant, profonde entre obstruction du travail gouvernemental et amendement de l'Assemblée nationale. Vous voulez cette prérogative, prenez-la et assumez-la devant vos mandants, les Sénégalais, le peuple sénégalais. »
Exigeant des actes concrets plutôt que des critiques globales, il a ajouté : « Nous leur demandons de formuler des amendements. J’espère que ce sera fait, et ce sera dit aux Sénégalais. Qu’est-ce qu’ils veulent ? Qu’on corrige sans rester dans des généralités. »
Avertissant des répercussions sociales d'un blocage prolongé, il a lancé aux parlementaires : « Si les subventions sont épuisées, aucun comptable public n’est autorisé à les exécuter. Alors, présentez vos amendements, ne punissez pas le peuple. »
Justification des arbitrages : 540 milliards de FCFA et protection sociale
Face à une baisse de 340 milliards de FCFA des recettes et à 540 milliards de FCFA de besoins supplémentaires, le Premier ministre a défendu le choix de réorganiser le budget pour amortir les chocs internationaux et préserver le pouvoir d'achat des ménages : « Notre arbitrage, c’est les priorités sociales sous contrainte de l’investissement public. Nous n’avons pas fait passer le choc pétrolier sur les Sénégalais. »
Expliquant la logique de réaffectation des ressources, il a indiqué : « Nous avons dit, on va regarder les projets qui ne délivrent pas. »
Explications sur les coupes budgétaires et les arriérés de 1 956 milliards
Abordant la baisse de 555 milliards de FCFA sur les crédits d'investissement, le chef de l'exécutif a précisé qu'il s'agissait d'un rééchelonnement technique touchant uniquement les crédits de paiement et non les autorisations d'engagement : « C’est juste un investissement différé à l’année prochaine. »
Sur le volet du secteur privé, il a rappelé l'urgence d'allouer une enveloppe de 300 milliards de FCFA pour commencer l'apurement des 1 956 milliards de FCFA d'arriérés de paiement dus par l'État : « Ne pas voter la LFR, c’est empêcher en plus les bâtiments et les travaux publics de recouvrer de la trésorerie, de reprendre un chantier interrompu, de payer ses fournisseurs et de renouveler des équipements. »
Démontage des cinq griefs de Pastef et mise au point sur les financements
Reprenant une à une les objections de la majorité parlementaire (bourses de sécurité familiale, fonds de la Banque mondiale à hauteur de 120 milliards, train de vie de l'État et crédits spéciaux), Al Aminou Lo a rejeté les accusations de calculs politiques ou de manque de sincérité.
Il a fait valoir les réductions de 50 à 80 % déjà opérées sur les dépenses de fonctionnement des services ministériels et a défendu l'encadrement des crédits spéciaux destinés aux urgences nationales et aux évacuations sanitaires, tout en se disant ouvert à des précisions réglementaires.
Main tendue à Ousmane Sonko et refus du « débat télévisé »
S'agissant des relations institutionnelles, Al Aminou Lo s'est dit prêt à aller à l'Assemblée nationale dès le lendemain avec l'équipe gouvernementale pour échanger avec le président de l'Assemblée nationale, Ousmane Sonko, tout en déclinant la proposition d'un débat public télévisé, estimant que ce format n'était pas conforme à la Constitution :« Je tends ma main en tant que chef du gouvernement. Le seul objectif qui vaille pour nous tous, je le rappelle, est d’alléger le fardeau des Sénégalais. »
Concluant sur une note d'apaisement républicain, le Premier ministre a affirmé : « Nous ne sommes pas des ennemis. Nous ne sommes pas des adversaires. L’exécutif et le législatif doivent dialoguer. »






