Le sport africain ne se résume pas aux grandes compétitions, aux performances des athlètes et aux événements internationaux. Il représente également un secteur économique porteur d’opportunités encore largement inexploitées. C’est l’un des principaux enseignements du rapport présenté à Dakar ce mercredi par l’AFD, le CIO et la Banque mondiale, à l’occasion des JOJ Dakar-2026, premier événement olympique organisé sur le continent africain.
Fabrication et commercialisation d’équipements sportifs, encadrement, gestion d’infrastructures, organisation de compétitions, médias, tourisme et services associés : l’économie du sport mobilise une diversité de métiers et d’entreprises. Pourtant, une partie importante de ces activités reste informelle ou portée par de petites structures locales, dont la contribution économique demeure difficile à mesurer.
Le rapport souligne ainsi que le développement de cette économie pourrait constituer un important levier de création d’emplois, en particulier pour les jeunes, à condition de renforcer les compétences, d’accompagner les entreprises locales et de favoriser l’émergence de modèles économiques durables.
Le sport, un véritable gisement d’emplois en Afrique
Pour Thomas Melonio, chef économiste de l’Agence française de développement (AFD), les résultats de l’étude confirment l’existence d’un potentiel économique considérable. «Cette étude sur l’économie du sport montre qu’il existe un véritable potentiel à exploiter sur le continent africain», souligne-t-il.
L’exemple du Sénégal illustre cette réalité. Selon les données présentées par l’économiste, environ 10 % des ménages sénégalais comptent au moins une personne occupant un emploi lié au sport. À l’échelle du continent, près des deux tiers de la population pratiqueraient une activité sportive.
Mais cette forte demande se heurte encore à des insuffisances en matière d’équipements. Environ 37 % de la pratique sportive se déroule dans des espaces publics qui ne sont pas spécifiquement aménagés pour le sport. Près de 20 % des activités sont pratiquées à domicile.
Pour Thomas Melonio, ces chiffres soulignent l’urgence d’investir plus dans les infrastructures sportives afin d’offrir aux populations des conditions de pratique adaptées.
La formation constitue un autre chantier prioritaire. L’économiste cite notamment l’exemple de BEM, l’école de management où se tenait la rencontre, qui a accompagné, avec le soutien de la France, des formations destinées à préparer les JOJ. Une illustration de la manière dont les grands événements sportifs peuvent favoriser le développement des compétences et ouvrir de nouvelles perspectives professionnelles.
Un rapport fondé sur une enquête dans huit pays africains
Pour documenter le potentiel du secteur, l’AFD, le CIO et la Banque mondiale se sont associés à Ipsos, qui a réalisé une enquête auprès de 6 000 personnes dans huit pays : le Maroc, l’Égypte, le Sénégal, le Nigeria, le Rwanda, le Cameroun, le Kenya et l’Afrique du Sud.
Les personnes interrogées ont notamment été questionnées sur leurs habitudes sportives, les disciplines pratiquées, les lieux d’exercice et les obstacles rencontrés.
Le football, l’athlétisme et la marche rapide figurent parmi les activités les plus populaires. Toutefois, le manque de temps, l’insuffisance des infrastructures et les contraintes liées aux déplacements constituent autant de freins à une pratique sportive plus accessible.
L’étude met également en évidence des différences entre les pays en matière de structuration des clubs. L’Égypte, l’Afrique du Sud et le Kenya disposent notamment d’écosystèmes de clubs sportifs plus développés, générant des emplois dans l’encadrement, l’entraînement et l’accompagnement des pratiquants.
Au Sénégal, malgré une pratique sportive importante, la structuration des clubs reste un défi. Une situation qui évolue néanmoins progressivement.
Le CIO plaide pour un sport au service du développement de la jeunesse
Du côté du Comité international olympique, cette initiative s’inscrit dans la vision d’Olympism 365, qui entend faire du sport un instrument de développement durable. Maureen Rosita Ojong-Ebwabisong, manager du programme Olympism 365 au sein du CIO, rappelle que la collaboration avec l’AFD et Laureus Sport for Good, engagée depuis près de trois ans, vise à positionner le sport comme un levier d’action dans les domaines de l’éducation et de l’employabilité.
«Les grands événements sportifs constituent des opportunités pour créer des emplois, stimuler l’économie, mais aussi favoriser la transformation urbaine et le développement des infrastructures d’un pays», explique-t-elle.
À travers ce rapport, l’AFD, le CIO et la Banque mondiale invitent ainsi les décideurs publics, les investisseurs et les acteurs du mouvement sportif à considérer le sport comme un secteur économique à part entière.







