Face au discours de haine et de division : Appel à la conscience sénégalaise et africaine
Le Sénégal fait face à un tournant dangereux de son histoire politique et sociale.
L’accession de Monsieur Tahirou Sarr à l’Assemblée nationale s'est accompagnée d'une focalisation médiatique et politique quasi exclusive sur la présence des populations étrangères.
Sous couvert de « préférence nationale », de légalisme et de souveraineté, ses interventions successives dessinent les contours d'un projet fondé sur la fermeture, l'exclusion et la désignation de boucs émissaires.
Ce manifeste constitue une réponse pour démonter ce projet politique, en révéler la cible réelle et appeler à la mobilisation générale.
PREMIÈRE PARTIE : Réfutation de la rhétorique de Tahirou Sarr
S'assurer du respect des lois sur l'immigration et de la régularité de l'état civil, est une prérogative républicaine indiscutable. Cependant, la méthode et la rhétorique employées par le député Tahirou Sarr dépassent de loin le simple cadre du contrôle administratif.
1)-La confusion entre régulation et stigmatisation :
En associant publiquement la présence étrangère à des phénomènes d'insécurité, de mendicité ou de délinquance, ses prises de parole sortent du débat rationnel. Les opérations médiatisées et les discours ciblant des nationalités amies ne font que fragiliser la cohésion sociale et légitimer le rejet de l'autre.
2)-Le reniement historique de la Teranga : Le Sénégal s'est construit et s'est illustré sur la scène internationale grâce à son humanisme et à sa tradition d'accueil. Prôner un nationalisme de repli, c'est tourner le dos à cet héritage historique, philosophique et culturel qui fait la fierté des Sénégalais à travers le monde.
3)-Le péril de la réciprocité pour la diaspora sénégalaise : Des millions de nos compatriotes vivent, travaillent et prospèrent à l’étranger, contribuant de manière vitale à l'économie nationale. Comment exiger le respect, la dignité et des droits pour les Sénégalais de l'extérieur si, chez nous, nous appliquons une politique de suspicion systématique envers nos voisins ?
4)-L'instrumentalisation des crises socio-économiques :
Le chômage des jeunes, la précarité et les défaillances des services publics ne sauraient être imputés aux populations immigrées. La désignation de l'étranger est une stratégie classique pour masquer l'absence de solutions structurelles aux crises intérieures.
DEUXIÈME PARTIE :
La preuve du ciblage ethnique des Peuls du Fouta (Fulɓe Fuuta)
L'analyse de la rhétorique de Tahirou Sarr montre que le terme « Guinéens » fonctionne en réalité comme un sifflet à ultrasons (dog whistle). Derrière le paravent du légalisme migratoire, c'est une communauté ethnique et culturelle très précise qui est visée : les Peuls du Fouta-Djalon.
1)-Le ciblage des secteurs économiques : Tahirou Sarr formule une critique obsessionnelle du contrôle du commerce de détail, de l'informel et des commerces de quartier. Au Sénégal, de nombreux pans de ce réseau sociologique de proximité sont historiquement tenus par des Peuls originaires du Fouta-Djalon. En attaquant donc ce secteur, il vise directement le moteur économique de cette communauté.
2)-L'obsession de la porosité démographique : À travers sa plateforme « Rends-moi mon identité », il dénonce un risque de "falsification de l'état civil". Les "Peuls Fouta" partagent la même langue (le Pulaar /Fulfulde), la même religion et des patronymes identiques avec les Fulɓe du Sénégal. C'est cette continuité culturelle et linguistique transfrontalière qu'il tente de criminaliser.
TROISIÈME PARTIE :
Le socle absolu des liens de sang, de la généalogie et de la spiritualité
Face à ces attaques, les Fulɓe (anciennement appelés Peuls et Toucouleurs ou Haalpulaar’en) du Sénégal et du reste du globe ne peuvent en aucune manière rester indifférents.
Chez les Fulɓe, le sang n'est pas une simple notion symbolique : il détermine l'identité, les devoirs familiaux et les alliances transfrontalières à travers des mécanismes anthropologiques et spirituels très précis.
1)-Le partage des quatre grands patronymes originels
La preuve biologique et généalogique la plus évidente de cette parenté de sang réside dans les noms de famille. Selon les traditions orales partagées de la Sénégambie au massif guinéen, tous les clans peuls authentiques descendent d'ancêtres communs.
Les quatre grands clans originels se retrouvent de manière strictement identique au Sénégal et au Fouta-Djalon :
a)-Diallo (qui s'apparente aux Kane, Ly ou Diakhité selon les régions);
b)-Barry (associé aux Sangaré);
c)-Sow (associé aux Sidibé);
d)-Bah (associé aux Baldé).
Lorsqu'un Diallo du Sénégal rencontre un Diallo du Fouta-Djalon, la structure traditionnelle n'y voit pas deux citoyens de pays différents, mais deux membres d'un même sang séparés par les aléas de l'histoire coloniale.
L'agression de l'un est biologiquement ressentie comme une atteinte à la lignée de l'autre.
2)-Le phénomène historique des migrations familiales :
D'éminents membres de la classe socio-religieuse des Fulɓe du Fuuta-Tooro au Sénégal ont massivement émigré vers le Fouta-Djalon au fil des siècles, notamment lors des révolutions islamiques du XVIIIe et XIXe siècles.
a)-Des familles entières du nord du Sénégal se sont installées en Guinée, s'y sont mariées et y ont fait souche.
b)-Des lignées célèbres comme celle d'El Hadj Omar Tall (originaire de Halwaar, près de Podor au Sénégal ont scellé des alliances matrimoniales durables avec les grandes familles du Fouta-Djalon.
c)-Ces mouvements ont créé un immense réseau de cousins germains et d'alliances de sang directes. Un grand nombre de familles à Matam (Maatam), Podor (Podoor) ou Ourossogui (Wuro Soogi) possèdent des branches utérines ou paternelles directes à Labé, Pita ou Dalaba en Guinée.
3)-L'endogamie ethnique et la préservation de la "pureté" du sang
Traditionnellement, le peuple fulɓe accorde une importance cruciale à l'endogamie (le mariage au sein de la même communauté linguistique ou du même clan) pour préserver le sang et les valeurs pastorales ou religieuses.
Même à des milliers de kilomètres de distance, un Pullo du Sénégal et un Pullo du Fouta-Djalon (Fuuta-Jaloŋ) privilégieront fréquemment une alliance matrimoniale entre eux. Ce flux matrimonial continu maintient les liens de sang actifs, "frais" et totalement imperméables aux découpages des cartes politiques modernes.
4)-Le cordon ombilical de l'élevage pastoral
Le sang pullo est intimement lié à la culture de la vache. Les migrations saisonnières (transhumance) à la recherche de pâturages ont historiquement brisé toutes les barrières géographiques.
Les Fulɓe pasteurs du Sénégal (notamment dans le Ferlo ou le Boundou-Ɓunndu) croisent, s'allient et partagent leurs campements avec les Fulɓe en provenance de la Guinée.
Au fil des générations, ces campements de transhumance sont devenus des lieux de mariages et de fusions de lignées, unifiant le sang des éleveurs par-delà les frontières juridiques.
5)-Les alliances de sang des figures religieuses et les réseaux de la Tidjaniya
Les réseaux de la confrérie soufie Tidjaniya ont superposé une fraternité spirituelle indissociable aux liens de sang préexistants, unissant le Fuuta-Tooro (Sénégal) et le Fuuta-Jaloŋ (Rêpublique de Guinée).
a)-L’anchrage d'El Hadj Omar Tall au Fuuta-Jaloŋ :
Le saint homme, originaire du département de Podor. a séjourné plusieurs années au Fuuta-Jaloŋ (notamment à Diégouko) avant de lancer le djihad. Pour enraciner son mouvement et sceller une alliance de sang indestructible avec les élites locales, il a épousé des femmes fulɓe de la "noblesse" du Fuuta-Jaloŋ.
Ces unions ont fusionné les lignées sénégalaise et guinéenne.
Aujourd'hui encore, la descendance d'El Hadj Omar Tall (Taalɓe) est investie d'une double légitimité de sang et de dévotion au Sénégal et en Guinée.
b)-La transmission des Ijaza (autorisations spirituelles) :
Les grands érudits du Fouta-Tooro, comme Thierno Souleymane Baal ou le clan des Ly, ont partagé leurs savoirs théologiques et leurs lignées mystiques avec les foyers religieux du Fuuta-Jaloŋ (comme Labé ou Timbo).
Lorsqu'un guide religieux ou une figure communautaire est attaqué ou contesté, c'est toute la chaîne de transmission spirituelle (Silsila) — perçue comme une lignée de sang spirituel — qui tremble de part et d'autre des frontières.
6)-Le fonctionnement institutionnel du Kalungaagal
Au-delà de la généalogie, c'est la structure même de l'organisation sociale et de la justice coutumière des Fulɓe qui est ébranlée par ces attaques. L'institution du Kalungaagal (ou les pactes d'assistance mutuelle et de solidarité clanique inter-communautaire), impose à chaque sous-groupe Fulɓe de se porter garant de la sécurité, des biens et de l'honneur de ses pairs.
Ignorer l'agression des "Peuls-Fouta" à Dakar équivaudrait à une abjuration pure et simple du Kalungaagal, ce qui disqualifierait moralement les Fulɓe du Sénégal au regard du Pulaagu universel.
QUATRIÈME PARTIE :
La responsabilité politique face au contexte global
Au-delà des liens de parenté charnelle, des impératifs géopolitiques et sécuritaires majeurs dictent cette mobilisation :
1)-Le risque immédiat d'amalgame au Sénégal : Le discours de suspicion sur l'état civil engendre inévitablement un délit de faciès. Sur le terrain, la haine ne s'arrête pas aux frontières administratives.
Un locuteur du pulaar né à Podoor, Maatam ou Kolda (Koldaa) subira à terme les mêmes amalgames et la même hostilité qu'un natif de Labé, si l'on laisse s'installer l'idée d'une « infiltration » par le patronyme.
2)-La résonance avec le contexte de persécution au Sahel :
À l'échelle du continent africain, la communauté Fulɓe traverse une période de vulnérabilité extrême, marquée par des amalgames violents et des exactions, notamment au Sahel. Permettre qu'un foyer de stigmatisation ethnique prenne racine au Sénégal, modèle historique de stabilité et de tolérance, enverrait un signal dramatique pour la sécurité des Fulɓe partout dans le monde.
3)-La force des réseaux de la diaspora globale : Les Fulɓe forment une communauté hautement interconnectée au niveau mondial. Face à la tentative de fragilisation économique et humaine de leurs frères, la diaspora a le devoir d'unir ses forces politiques et intellectuelles pour porter ces dérives devant les instances internationales des droits de l'homme.
CONCLUSION ET APPEL À L'ACTION:
La grandeur du Sénégal ne s'est jamais mesurée à sa capacité à trier les êtres humains, à falsifier l'histoire coloniale pour diviser des familles ou à cultiver la peur de l'autre. Le patriotisme authentique réside dans le renforcement de nos institutions, la justice sociale et le respect scrupuleux de la dignité humaine.
Nous appelons :
1)-Les autorités républicaines à veiller strictement à ce que les discours de haine, de stigmatisation et d'indexation ethnique soient sanctionnés conformément à la Constitution sénégalaise.
2)-Les citoyens sénégalais de toutes origines à rejeter massivement ce nationalisme de repli qui menace notre cohésion nationale et insulte l'héritage d'accueil de notre pays.
3)-La communauté Fulɓe du monde entier à faire bloc, par la parole, le droit et la solidarité, pour faire respecter les liens sacrés du sang, de l'histoire et du Pulaagu.
Le Sénégal doit rester la terre de la Teranga.
Le Pulaagu restera un pilier indestructible de fraternité, de dignité et d'intégration africaine.
Fait à Dakar, le 31 octobre 2026
Boubou Senghote
Président de l'Association pour la Renaissance du Pulaar / Tabital Pulaagu Senegaal
Premier Vice-Président de Tabital Pulaaku International







