En politique, les mots ne tombent jamais du ciel. Ils sont des projectiles, des marqueurs, parfois des aveux. En lançant ce désormais célèbre « Reew mii saa fitnë dootufi nanee ñeex », Bassirou Diomaye Faye n'a pas seulement décoché une flèche en direction d'Ousmane Sonko. Il a surtout choisi de combattre son ancien mentor avec les armes que celui-ci a longtemps maniées : le verbe qui pique, la formule qui claque et le sous-entendu qui fait mouche.
Il y a quelques semaines, le chef de l'État reprochait déjà à Sonko de faire du « xuntu », autrement dit de parler seul, sans contradiction, dans une sorte de monologue politique permanent. Cette fois, il pousse le curseur un peu plus loin. La « fitna », cette agitation permanente devenue, selon lui, un mode de fonctionnement politique, ne sera plus tolérée.
Le plus surprenant n'est pourtant pas la pique présidentielle. C'est le silence de celui qui, hier encore, répondait à la vitesse d'un tweet avant même la fin d'un discours. Ousmane a entendu. Sonko a compris. Mais il s'est retenu. Lui qui excellait dans le duel verbal a préféré demander à ses militants de ne pas « tomber dans le piège ». Comme si le meilleur moyen de répondre était, cette fois, de ne pas répondre.
Le paradoxe est savoureux. Pendant des années, les adversaires de Pastef reprochaient à Sonko son langage frontal, ses formules tranchantes et ses sorties qui faisaient trembler les plateaux de télévision. Aujourd'hui, c'est Diomaye qui emprunte cette grammaire politique. Le président, longtemps présenté comme l'homme calme, découvre les vertus de la riposte verbale. Le costume de chef d'État ne l'empêche plus de descendre dans l'arène des mots.
La politique sénégalaise réserve décidément d'étonnants renversements. Celui qui passait pour le plus modéré semble désormais goûter aux plaisirs de la joute. Celui qui incarnait l'offensive permanente choisit, au moins provisoirement, la retenue.
Mais derrière ces échanges de piques se cache une réalité plus profonde : la bataille entre Diomaye et Sonko n'est plus idéologique. Elle est devenue symbolique. Chacun cherche à occuper le même terrain, à parler au même électorat et à imposer son récit. Les mots deviennent alors des cartes électorales.
Au fond, Diomaye ne copie pas Sonko ; il lui dispute son propre registre. Et c'est peut-être là le véritable tournant. L'élève ne se contente plus d'apprendre. Il tutoie désormais le maître… en espérant qu'un jour, l'électeur oubliera qui a écrit le premier manuel.








