Certains perçoivent la création de l’association culturelle Wallu Culture comme un moyen de servir des intérêts personnels et politiques. Face à cette situation, le comédien, metteur en scène, entrepreneur et acteur indépendant du milieu culturel Pape Meissa Gueye a exprimé sa désapprobation dans cette interview accordée à Seneweb. Il y affirme que l’État doit élaborer des politiques publiques adaptées pour revitaliser le secteur, tout en soulignant la nécessité pour les acteurs culturels de rester rassemblés et solidaires, loin des sphères politiques.
Pourquoi émettez-vous des réserves par rapport à la création de Wallu Culture ?
Je n'émet pas de réserves mais seulement en ma qualité de d’acteur culturel ayant un vécu, je ne peux qu’être dubitatif. Des organisations culturelles, il y en a toujours eu. Chacun essaye de lancer une cause qui paraît collective mais au finish c’est pour des ambitions personnelles. Actuellement il existe des dizaines d'organisations et ça n’a aucun effet sur le secteur. Et puis pourquoi les organisateurs de ce mouvement attendent aujourd’hui pour parler alors qu’il s’est passé des choses sans qu’ils ne réagissent ? A chaque fois qu’il y a un nouveau gouvernement, des organisations naissent. Une bonne organisation culturelle doit jouer un rôle d’alerte et de veille et non s’arrimer aux politiques publiques.
Si Wallu Culture estime qu’elle a un sacerdoce de réclamer un partage équitable des revenus tirées des ressources minières et énergétiques, notamment pour que la culture ne reste plus le parent pauvre des secteurs. Ne croyez-vous pas que c’est de bonne guerre ?
Les ressources naturelles sont pour tout le monde. La culture a besoin d'une politique bien réfléchie et bien pensée. C’est cette politique culturelle qui définit les mécanismes pour trouver des fonds pour la culture. Je crois que cette organisation n’est rien d’autre qu’une commande politique. Ça en a l’air.
Pourtant dans le cahier de charge de Wallu Culture c’est bien mentionné comme objectifs que la culture puisse être un véritable levier de développement pour le Sénégal. Ce point ne vous convainc pas ?
La culture comme levier de développement. C’est une chanson qu’on a l’habitude d’entendre. Il faut œuvrer pour une société civile culturelle forte. Je vous jure que ces organisations sont juste pour régler des problèmes personnels surtout lorgner des postes dans l’État du Sénégal. Le Sénégal a mis en place la coalition nationale pour la diversité culturelle et parmi ces acteurs qui s’agitent aujourd’hui, nul n’a œuvré pour que cette coalition renaisse de ses cendres.
Vous estimez que cette association a des ambitions politiques mais ne croyez-vous pas que de nos jours pour mieux défendre ses intérêts c’est plutôt stratégique d’être présent dans les instances ou les décisions se prennent ?
Tous les acteurs culturels réunis peuvent constituer une force politique mais ceci est impossible. Chacun se croit important et fait ses affaires de son côté. Aujourd’hui comme je l’ai dit nous devons mettre en place une bonne politique culturelle et c’est du domaine de l’État. L’hypocrisie qui règne dans ce secteur fait que les vrais fossoyeurs de la culture sont dans la culture.
Sachant que les anciennes associations n'ont jamais réussi à obtenir une part significative des financements alloués aux différents secteurs pour la culture, pourquoi Wallu Culture, constituée de figures majeures du milieu, ne pourrait-elle pas y parvenir ?
Au Sénégal on se connaît dans le secteur culturel. Ces personnes de Wallu Culture étaient aussi dans ces associations. Il s’est passé beaucoup de choses sans que ces personnes ne réagissent. En 2024, Aliou Sow, ministre de la Culture d’alors avait organisé le Festival National des Arts et Cultures (FESNAC) à Fatick, la ville de Macky Sall, avec comme thème : Macky Sall les arts et le patrimoine. Personne n’a réagi alors que ce thème n’est ni artistique ni créatif. On ne peut pas se taire depuis tout ce temps et venir un bon jour nous tympaniser.
Si vous étiez à leur place, qu’auriez-vous fait pour paraître plus crédible comme vous le sous-entendez ?
A leur place, j’allais appeler à relancer la coalition nationale pour la diversité culturelle en léthargie. Avec toutes ces organisations qui existent on n’a plus besoin d’une de plus mais bâtir du neuf dans ce qui existe déjà .







