La guerre des manifestes fait rage au sein du monde universitaire et intellectuel sénégalais au sujet de la réforme de la charte fondamentale. Réunis au sein du Réseau des Universitaires pour la Défense de la Constitution et de la Démocratie, un collectif d'enseignants-chercheurs a publié une déclaration d'une rare virulence ce lundi 29 juin 2026, jour du vote à l'Assemblée nationale. Ce texte constitue une réplique directe à la tribune publiée la veille par l'écrivain Boubacar Boris Diop et 142 autres personnalités qui exhortaient les députés à acter la révision textuelle.
Prenant le contre-pied de leurs pairs, les membres du Réseau rappellent que la Constitution « se situe au sommet de la hiérarchie de toutes les valeurs de la République » et ne doit pas faire l'objet de modifications « dans un climat où persistent de profondes interrogations sur l’approche, les motivations profondes, le contenu et les conséquences ». Dénonçant une dynamique de « forfaiture et du forcing », ils affirment que les parlementaires commettent une erreur d'appréciation historique car la révision majeure de la charte « doit être inclusive, impartiale pour transcender les générations ». Ils martèlent que celle-ci « doit être portée par le peuple et non par une quelconque représentativité, même parlementaire ».
Sur le fond du texte soumis au vote, le collectif d'universitaires développe une analyse extrêmement critique des équilibres institutionnels redéfinis par la majorité. Selon eux, l'initiative parlementaire ne vise rien de moins qu'à opérer un basculement systémique clandestin, affirmant qu'elle a « pour objectif de changer le régime politique du Sénégal, en imposant un régime parlementaire à l’insu du peuple ». Ils s'inquiètent de voir la proposition de loi « réduire les pouvoirs du Président de la République à sa plus simple expression » et imposer un contrôle qui risque d'engendrer « une crise institutionnelle ».
Le Réseau s'interroge avec gravité sur les motivations réelles de la chambre basse, s'alarmant notamment des nouvelles prérogatives du chef du gouvernement en se demandant « comment le Président de la République élu peut-il partager son pouvoir avec le Premier Ministre à travers l’autorisation de procéder à des nominations à des postes civils ? ». Pour ces universitaires, cette entreprise d'affaiblissement de l'autorité présidentielle dépasse le cadre légitime de la navette législative. Ils formulent à cet effet une charge historique majeure en affirmant qu'« affaiblir ou renverser le Président de la République, même via le Parlement, n’est rien d'autre que poser un acte de coup d’État ».
Un appel solennel à l'arbitrage direct du président Bassirou Diomaye Faye
Face à ce qu'ils qualifient d'empiétement du Législatif sur les pouvoirs exécutif et judiciaire, les signataires réclament un retour aux procédures de concertation et à la patience démocratique. Ils rappellent que si le Parlement détient un pouvoir de révision, celui-ci doit s'exercer « impérativement en concertation avec le Président de la République qui en détermine la voie ». Pour eux, une « démocratie mature ne se juge pas à la vitesse avec laquelle elle modifie sa Constitution ».
Le collectif conclut son manifeste en invitant solennellement le président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, à s'ériger en rempart pour la « défense de la Constitution et de l’Etat de droit en activant les leviers institutionnels à travers l’arbitrage direct du peuple ». Ils estiment que seule la consultation populaire par référendum peut offrir la légitimité nécessaire à un tel bouleversement institutionnel, refusant qu'un « subterfuge, fût-il parlementaire », ne s'impose de façon violente au pacte social sénégalais.
En réponse directe au collectif de Boubacar Boris Diop, le Réseau a réuni les signatures de nombreux enseignants-chercheurs et professeurs titulaires des grandes universités du pays. Parmi les premiers signataires engagés figurent le professeur titulaire Amadou Oury Ba de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), le professeur assimilé Hamath Dia de l'Université Assane Seck de Ziguinchor (UASZ), ainsi que le professeur titulaire Mbacké Diagne de l'UCAD. Ils sont soutenus par Bado Ndoye, professeur titulaire de philosophie à l'UCAD, Ousmane Sall, professeur titulaire à l'Université numérique Cheikh Hamidou Kane (UN-CHK), et Balla Diop Ngom, professeur titulaire et vice-président de l'Académie Africaine des Sciences.
La liste se poursuit avec Kalidou Sy, professeur associé à l'Université Gaston Berger de Saint-Louis (UGB), Khadim Thiam, professeur assimilé à l'UGB, et Mouhamadou Mansour Dia, professeur assimilé à l'UN-CHK. Le monde du droit et des sciences médicales s'associe également à la démarche à travers Patrice Samuel Aristide Badji, professeur assimilé à la FSJP de l'UCAD, Ousmane Diao, professeur assimilé à l'UCAD, et Ansoumana Diatta, professeur titulaire de pneumologie à l'UASZ.
D'autres universitaires de premier rang ont également paraphé le document, à l'image d'Oumar Dieye, professeur assimilé en littérature française à l'UCAD, de Benjamin Diouf, professeur assimilé à l'UCAD, d'Ibrahima Diouf, professeur assimilé à l'UCAD, et de Lucienne Kodou Ndione, professeur assimilé à la FSJP de l'UCAD. Enfin, l'engagement est complété par Pierre Mbid Hamoudi Diouf, professeur assimilé à l'UCAD, Mor Fall, enseignant-chercheur à l'UCAD, Papa Abdou Fall, professeur assimilé à l'UCAD, ainsi que Djibrirou Daouda Ba, géographe et maître de conférences titulaire à l'UCAD.







