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Proies faciles", "épouses de second choix" : Les femmes divorcées face au poids des préjugés


Rédigé le Dimanche 21 Juin 2026 à 15:14 | Lu 49 fois | 0 commentaire(s)




Dans la société sénégalaise, le mariage est souvent perçu comme l'aboutissement naturel de la vie d'une femme. Dès le plus jeune âge, les filles grandissent avec l'idée que leur réussite passe par la stabilité de leur foyer et la préservation de leur union conjugale. Dans ce contexte, le divorce est généralement considéré comme un échec, surtout lorsqu'il concerne une femme. Au-delà de la rupture sentimentale, celle-ci doit souvent affronter le regard accusateur de son entourage, les préjugés de la société et parfois même le rejet de sa propre famille.

Pour beaucoup de Sénégalaises, divorcer ne signifie pas seulement mettre fin à un mariage devenu invivable. C'est aussi entrer dans une nouvelle vie marquée par les jugements, les soupçons et une forme de marginalisation sociale qui peut s'avérer aussi douloureuse que la séparation elle-même.

Le divorce, une étiquette difficile à porter

Dans l'imaginaire collectif, la femme divorcée est souvent perçue comme celle qui n'a pas su préserver son ménage. Peu importe les raisons de la rupture, la responsabilité lui est fréquemment attribuée.

« Ils veulent que leurs filles divorcées retrouvent un mari, mais refusent que leurs fils épousent des femmes divorcées. Pourquoi ? », s'interroge une internaute dans une publication qui a provoqué beaucoup de réactions sur les réseaux sociaux.

Cette contradiction illustre le paradoxe d'une société qui compatit parfois avec les femmes divorcées tout en continuant à les considérer comme des épouses de second choix. Certaines sont qualifiées de « maudites », d'autres sont regardées avec méfiance comme si leur divorce révélait nécessairement une défaillance de leur personnalité.

Pour Astou, cette manière de voir les choses est profondément injuste.

« Une femme divorcée n'est pas forcément mauvaise. Certaines ont souffert pendant des années dans leur foyer avant de prendre la décision de partir. Beaucoup sont victimes d'hommes irresponsables qui n'ont jamais assumé leurs devoirs de mari », affirme-t-elle.

Quand la famille devient un second tribunal

Si le retour au domicile familial devrait représenter un refuge, de nombreuses femmes racontent vivre une autre forme d'épreuve une fois revenues chez leurs parents.

Certaines sont accueillies avec froideur. D'autres doivent supporter des remarques blessantes ou des comparaisons avec des femmes qui ont réussi à préserver leur mariage malgré les difficultés.

Dans certains cas, la famille considère le divorce comme une honte qui rejaillit sur tout le clan. Les parents craignent les commentaires du voisinage et les critiques de l'entourage. Cette pression pousse parfois des femmes à rester dans des ménages où elles souffrent de violences psychologiques, économiques ou physiques.

« Les parents doivent être le premier soutien d'une femme divorcée. Malheureusement, beaucoup lui font porter seule le poids de son divorce », regrette Alima.

Cette absence de soutien fragilie davantage des femmes déjà éprouvées par la séparation.

La peur du jugement social

Au Sénégal, le regard des autres occupe une place importante dans les relations sociales. Une femme divorcée raconte souvent devoir justifier constamment les raisons de sa séparation.

Dans les quartiers, les lieux de travail ou même les cérémonies familiales, certaines se sentent observées, commentées ou jugées.

Coumba, célibataire, affirme déjà redouter cette situation.

« Le Sénégalais aime juger sans chercher à comprendre. Beaucoup de gens ne connaissent rien des circonstances du divorce mais se permettent de condamner la femme », déplore-t-elle.

Selon elle, la société préfère souvent s'intéresser au statut de divorcée plutôt qu'aux souffrances qui ont conduit à la rupture.

Des « proies faciles » aux yeux de certains hommes

L'un des aspects les plus dénoncés par les femmes divorcées concerne la manière dont certains hommes les perçoivent. Une fois séparées de leur mari, elles deviennent parfois l'objet de sollicitations insistantes et de propositions dénuées de sérieux.

En wolof, l'expression « oyof seurr » est souvent utilisée pour désigner cette image de femme supposément plus accessible ou plus vulnérable. « Beaucoup d'hommes pensent que parce qu'une femme est divorcée, elle est forcément disponible ou prête à accepter n'importe quelle relation. Ils ne cherchent pas à construire quelque chose de sérieux », explique Khady.

Pour ces femmes, cette perception contribue à renforcer leur sentiment d'insécurité et leur difficulté à retrouver confiance.

Le fardeau des mères célibataires

La situation devient encore plus complexe lorsque le divorce intervient alors que des enfants sont à charge.

Du jour au lendemain, certaines femmes se retrouvent seules responsables de l'éducation, de la santé, de la scolarité et de l'entretien quotidien de leurs enfants.

La séparation entraîne souvent une baisse brutale des ressources financières. Beaucoup doivent chercher un emploi, développer une activité génératrice de revenus ou dépendre de l'aide de leurs proches pour survivre.

À ces difficultés économiques s'ajoute une charge émotionnelle considérable. Les mères doivent gérer leur propre souffrance tout en aidant leurs enfants à surmonter celle de la rupture familial. Pour beaucoup d'entre elles, reconstruire une nouvelle vie sentimentale devient également un véritable défi.

Le regard du sociologue : des croyances profondément ancrées

Sociologue certifié en psychologie, le Dr Abdoukhadre Sanoko estime que cette stigmatisation trouve ses racines dans une conception traditionnelle du mariage. Selon lui, la société sénégalaise considère encore que la femme doit supporter toutes les difficultés du foyer afin de préserver l'unité familiale.

« On lui fait comprendre qu'elle doit endurer quelles que soient les épreuves. Si elle quitte le domicile conjugal, elle est perçue comme celle qui a échoué », analyse-t-il.

Le sociologue souligne que cette perception repose davantage sur des croyances sociales que sur une réalité objective. Pour lui, le mariage est un projet construit à deux. Dès lors, l'échec éventuel de cette union ne peut être imputé à une seule personne.

Le divorce n'est pas une honte

Le Dr Sanoko rejette l'idée selon laquelle le divorce constituerait une honte sociale. « On se marriesur la base d'un consentement mutuel et d'un projet commun. Lorsque ce projet ne fonctionne plus, chacun doit pouvoir retrouver sa liberté sans être condamné par la société », soutient-il.

Le spécialiste estime que considérer systématiquement une femme divorcée comme une mauvaise épouse ou une personne de moindre valeur est une injustice qui l'empêche de se reconstruire. Selon lui, il est également faux de penser qu'une femme ayant connu un divorce sera incapable de réussir une nouvelle union.

Face à cette réalité, de nombreuses voix appellent à une évolution des mentalités. Beaucoup de Sénégalais avaient salué le mariage entre l'acteur Edou Ndao et l'actrice Fama Thioune, mère de deux enfants, estimant que cet acte démontrait qu'une femme divorcée mérite autant qu'une autre de vivre un amour sincère.

Pour certains, le changement doit également venir des femmes elles-mêmes. Ces dernières doivent se revaloriser et refuser d'être utilisées, parce que le divorce est un fait de la vie et non un handicap. Ils trouvent que les femmes divorcées doivent continuer à croire en elles-mêmes et refuser les discours qui cherchent à les enfermer dans une identité négative.

À mesure que les divorces deviennent plus fréquents, la question de la place des femmes divorcées dans la société sénégalaise se pose avec de plus en plus d'acuité. Entre traditions, croyances religieuses, pressions familiales et évolutions sociales, le débat reste ouvert.

Pour les spécialistes comme pour les principales concernées, une chose est certaine : juger une femme uniquement à travers son statut matrimonial revient à ignorer son parcours, ses souffrances et sa dignité.

De plus en plus de Sénégalais plaident ainsi pour une société qui considère le divorce non comme une marque d'infamie, mais comme une étape de vie pouvant toucher n'importe quel couple. Ils plaident également pour une société où les femmes divorcées seraient regardées avec respect, soutenues dans leur reconstruction et reconnues avant tout pour leurs qualités humaines plutôt que pour leur passé conjugal.



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