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Procès de l’injure : Ce que risquent Rox, Narou, Jessica et Ramz Yago


Rédigé le Lundi 14 Septembre 2026 à 22:29 | Lu 48 fois | 0 commentaire(s)




L’audience des TikTokeuses devant le Tribunal des flagrants délits de Pikine-Guédiawaye a été choquante. Rox la Chancelière, Narou Karma, Jessica et Ramz Yago ont été jugées, ce 14 septembre pour des faits d’association de malfaiteurs, injures publiques, distribution d’images contraires aux bonnes mœurs, injures à l’encontre d’un agent de l’autorité, menaces de mort, atteinte à la représentation et insulte basée sur la race. Trois procédures ont été jointes. Les parties civiles Ibrahima Fall, Adji Mass et Fatima Fall n’ont pas comparu. En revanche, Diodio Sow, représentant Saly Manga dite Anita, était présente. Le procès a duré 6 heures. Le procureur a demandé leur condamnation à des peines allant de 3 mois à un an ferme.

À la barre, Rokhaya Fall alias Rox la Chancelière, née en 1986, a reconnu une partie des faits. Elle est poursuivie pour association de malfaiteurs, injures publiques, diffusion d’images contraires aux bonnes mœurs, menaces de mort à l’encontre d’Adji Mass Ibrahima Fall, injures envers un agent de police et atteinte à la vie privée de Ramz Yago. Elle reconnaît les menaces et les injures publiques. Rox explique être partie en Europe en 2011 et animer des lives sur TikTok. Elle reconnaît également utiliser un autre compte pour regarder les contenus de personnes qui l’ont bloquée. Selon elle, Narou, Jessica et Ramz ont également recours à de faux comptes dans le même but.

Rox : « Je me suis révoltée »

À propos de Moustapha Dieng, le surnommé « juge du désert », Rox affirme l’avoir aidé dans ses démarches alors qu’il se trouvait en Allemagne. Elle explique qu’il a ensuite commencé à lui faire la cour. Après avoir coupé les ponts avec lui, il a, selon elle, commencé à faire des lives pour l’accuser de payer des personnes afin de dénigrer d’autres internautes. Rox est ensuite revenue sur son différend avec Jessica. Elle soutient qu’en 2023, alors qu’elles échangeaient dans un groupe WhatsApp, elle avait partagé des photos de sa mère, diabétique et amputée d’un pied. Elle affirme que ses parents, décédés le même jour à quelques heures d’intervalle (entre 12 et 14 heures ) ont ensuite fait l’objet d’insultes dans des lives.

Selon elle, Jessica a notamment tenu des propos selon lesquels, elle était une mauvaise personne et que la mort de ses parents le même jour en serait la conséquence.

Très émue, Rox verse des larmes à la barre. Elle évoque ensuite des vidéos concernant Ramz. Elle affirme que Kaliphone Sall lui avait proposé des images de cette dernière. Rox soutient avoir compris qu’il s’agissait d’un piège. Elle reconnaît avoir envoyé une image à Ramz en mode « flam », c’est-à-dire à vue unique, après que celle-ci s’est rendue au cimetière de Yoff, sur la tombe de sa mère, pour l’insulter. « Je n’ai pas divulgué la vidéo sur la place publique », insiste-t-elle.

Ramz reconnaît les insultes

Ramatoulaye Diaw alias Ramz Yago, née en 1988, est poursuivie pour injures par le biais d’un système informatique et diffusion d’images contraires aux bonnes mœurs. Elle reconnaît avoir insulté Rox. Elle affirme avoir agi sous le coup de la colère, après avoir été confrontée à la diffusion de ses images intimes.

Rox soutient pour sa part que Ramz était venue la solliciter en raison de sa situation de soutien de famille. Elle dit lui avoir permis de vendre ses greffages lors de ses lives. Mais leurs relations se sont dégradées après un différend. Rox avance que Ramz avait enregistré une conversation privée entre elles avant de la transmettre à une tierce personne. Elle dit avoir alors décidé de couper les liens.

Alex Thiam l’absent le plus présent au procès

Nafissatou Fall alias Narou Karma, née en 1991, est notamment poursuivie pour injures publiques. À la barre, elle reconnaît avoir insulté Rox. Elle admet également avoir simulé, dans un groupe WhatsApp, le fait de mettre les enfants de Rox dans un pilon. Narou explique être amie avec Jessica et avoir participé à des lives avec « Awouskiti ». Elle revient également sur une soirée passée chez Alex Thiam à Paris, à l’occasion du Bercy organisé par Wally Seck, finalement annulé. Elle affirme avoir passé la nuit chez Alex Thiam.

Elle raconte par ailleurs avoir découvert que sa photo avec son mari avait été publiée par « Domou Jolof », alors qu’elle affirme n’avoir transmis cette photo qu’à Rox. À l’approche de son mariage, elle dit avoir appelé cette dernière pour lui demander de retirer le cliché.

Jessica et la vidéo d’Anita

Khadidiatou Kébé alias Jessica, née en 1981, est poursuivie pour association de malfaiteurs avec Ramz et Awouskiti, injures publiques contre Rox, insultes envers des Sénégalais et diffusion d’une vidéo concernant Saly Manga dite Anita.

Elle reconnaît les faits. Jessica explique qu’elle se trouvait à Paris lorsque des internautes l’accusaient d’avoir eu une relation sexuelle avec Alex Thiam. Pour se défendre, elle affirme avoir envoyé la vidéo intime d’Anita à Serigne Bada. « C’était juste pour me justifier », soutient-elle.

La partie civile, représentée par Diodio Sow, affirme que la victime a été profondément peinée par la diffusion de la vidéo, devenue virale.

Le juge rappelle à Jessica qu’elle avait invité Alex Thiam dans un live afin de s’expliquer. Celui-ci l’avait alors blanchie. Mais, lors d’autres lives, lorsqu’il lui était demandé s’il avait eu une relation avec Jessica, Alex Thiam aurait répondu qu’il ne dirait « ni oui ni non ». Jessica maintient qu’elle ne voulait pas nuire. Elle affirme également que c’est Alex Thiam qui lui avait envoyé la vidéo d’Anita.

Les audios diffusés à l’audience

Le moment le plus choquant avec la projection des audios incriminés. Des propos particulièrement violents ont été entendus. Les échanges entre les protagonistes, marqués par les insultes et les accusations réciproques, ont suscité un malaise dans la salle. Les propos attribués à Narou envers Rox et ses enfants, notamment les accusations liées au Sida, ont choqué l’assistance. Me El Hadji Diouf a demandé à son tour la projection des passages mettant en cause Rox.

Les audios de Ramz ont également été écoutés. Elle y aurait notamment traité Rox de prostituée et utilisé à son encontre une série de qualificatifs particulièrement injurieux.

Un autre élément était aussi au cÅ“ur des débats. Il s’agit d’un enregistrement de Rox évoquant Â« Von Djolof », qu’elle aurait présenté comme une personne qu’elle avait recrutée pour insulter des internautes. Cet élément est apparu dans le dossier au titre de l’accusation d’association de malfaiteurs. Des propos visant Adji Mass ont également été diffusés. Rox y affirme avoir riposté après que celle-ci aurait déclaré, dans un live, l’avoir maraboutée afin qu’elle revienne au Sénégal. Enfin, un audio attribué à Jessica, dans lequel elle évoque les rapports sexuels supposés entre Anita et Alex Thiam, a également été diffusé. Sa teneur a provoqué un vif malais dans la salle.

Le ministère public, représenté par le procureur Sow, a ensuite sermonné les prévenues.

Alors que les protagonistes avaient, à un moment, procédé à des désistements de plaintes, la guerre aurait repris après la révélation de certains de ces audios.

Adji Mass Réclame 20 millions à Rox

Me Youssoupha Carmara pour le compte de Adji Mass Guèye. Elle a expliqué que Rox n’a pas digéré que lors Adji Mass avait fait une chirurgie esthétique. Elle s’en est prise à elle. Selon Me Carmara, Rox a traité sa cliente de tous les noms d’oiseaux. Elle a été traumatisée. Elle a été dénigrée en 2023, 2024, 2025 et 2026. Me Camara a réclamé la somme de 20 millions F CFA à titre de dommages intérêts.

La dame Diodio Sow dit que Anita ne s’est pas désistée par sa constitution de partie civile. Mais, elle ne réclame pas de dommages et intérêts.

Le réquisitoire corsé du procureur Sow

Revenant sur les faits, le procureur Sow rappelle que c’est la dame Khadidiatou Kébé qui avait porté plainte à la DSC contre Rox. Elle a dit que Rox l’insulte sur TikTok et a payé d’autres qui l’insultent. A la suite de cela, Rox a porté plainte contre elle et Nafissatou Fall alias Narou Karma. Après leur défèrement et leur placement sous mandat de dépôt, la dame Ramz Yago a porté plainte contre Rox pour injure et atteinte à la vie privée. Rox a reconnu les faits avant de porter plainte contre elle aussi. La dame Anita a aussi porté plainte contre Jessica. Pour l’infraction de divulgation d’images, le procureur a requis la relaxe pour Rox.

Sur l’association de malfaiteurs, le parquet estime que l’infraction est constante pour toutes les prévenues. Concernant les injures publiques, soulignant que le désistement de la partie n’est pas une relaxe, le Procureur Sow soutient que le ministère public s’en rapporte.

Pour la divulgation de données à caractère personnel et de distribution d’images contraires aux bonnes mÅ“urs, le parquet estime que les faits sont constants. Sur la menace de mort, le parquet sollicite à ce que Rox soit déclarée coupable. 

Sur l’insulte à un groupe de personnes reproché à Khadidiatou Kébé, le parquet estime qu’elle est coupable.

Sur la répression, le maître des poursuites a requis 2 ans dont un an ferme pour Rox. Pour Jessica il a demandé 2 ans dont 6 ferme. Quant à Narou et Ramz, 2 ans dont 3 ferme sont requis. 

Plaidoirie de la défense

C’est Me Takha Cissé qui a ouvert la balle pour le compte de Rox. Elle a sollicité la clémence du Tribunal. Pour Me Cissé Rox a déjà subi une sanction sociale. « On ne doit jamais retirer la vie à une personne ni la possibilité de devenir meilleure, disait Victor Hugo. La possibilité de devenir meilleure est un droit sacré qui est au cœur de la réinsertion sociale sinon, c’est foncer dans la malédiction originelle. Permettez à ces dames de devenir meilleures en faisant une application bienveillante de la loi », plaide Me Cissé qui demande au juge de donner la chance à Rox de mener une autre vie. Me Malick Mbengue a plaidé la prescription des faits pour Rox en ce qui concerne la dame Adji Mass. Pour les menaces de mort, il estime ce n’est pas sérieux. Pour l’outrage contre l’agent de police, Me Mbengue sollicite l’application bienveillante de la loi.

Me Aboubacry Barro a sollicité la clémence pour Rox. Pour Me Barro, ce sont les gens comme Kaliphone et Adamo qui manipulent les prévenues. La robe noire déclare que Adji Mass n’a pas fait preuve de grandeur en pardonnant. Il a rappelé l’avoir défendue lorsqu’elle a été arrêtée pour les mêmes faits. « C’est de la méchanceté », a martelé Me Barro. Il a conclu, disant que le réquisitoire du procureur est sévère.

Me Alioune Sawaré a aussi plaidé la relaxe pour Rox pour l’association de malfaiteurs et la requalification des faits de distribution d’images en collecte illicite. Pour l’outrage à agent, Me Sawarè sollicite la relaxe. Concernant Adji Mass, il a plaidé l’excuse de provocation.

Pour les injures et le discours contraires aux bonnes mœurs, il a plaidé la clémence. Me Sawarè de préciser qu’en condamnant Rox à un an ferme, elle va perdre la garde de ses enfants.

Me Arona Bass pour Rox, rappelant que ce sont des infractions instantanées, il a soutenu la prescription de l’action publique. Selon Me Bass, l’affaire est une querelle de borne fontaine et le teneur de la peine requise par le procureur ne se comprend pas. Me Arona Bass a sollicité l’application bienveillante de la loi pénale.

Me Ciré Clédor Ly pour la défense de Rox parle ‘’d’individualisation’’ dans cette affaire. Il a demandé au tribunal de ne pas suivre le ministère public qui, selon lui, n’a pas convaincu du point de vue du droit. Me Ly a critiqué la procédure en citant les dispositions de l’article 620, 625 et 630 du code de procédure pénale. Selon lui, le ministère public ne peut pas engager des poursuites dès lors que les parties se sont désistées. Me Clédor a plaidé la nullité de la procédure. Mieux, Me Clédor a démontré les délais de prescription de l’action publique. La robe noire n’a pas plaidé la clémence mais l’annulation du procès-verbal.

Me Khadim Kèbè pour la dame Ramz Yago poursuivie pour injures publiques et discours contraire aux bonnes mœurs, sa cliente ne doit pas bénéficier du même sort que Narou. Car selon lui, le discours contraire aux bonnes mœurs n’est pas caractérisé. Il a plaidé la relaxe pure et simple.

Me Oumar Gaye pour Ramz soutient que les prévenues n’ont pas les mêmes degrés d’implication. Il a cité les dispositions de l’article 262 alinéa 2, pour dire que Ramz Yago ne peut pas être poursuivie. Il a plaidé le renvoi des fins de la poursuite en ce qui concerne le délit d’injures aussi bien pour la distribution d’images,

Me Ndiack Ba a plaidé l’excuse de provocation pour Ramz Yango qui a agi selon lui après la divulgation de ses images par Rox.

Me Alphonse Faye pour Khadidiatou Kèbè dite Jessica et Nafissatou Fall alias Narou a rebondi sur l’association de malfaiteurs pour dire que cette infraction n’existe pas dans ce dossier. Mieux, plaide-t-il, le ministère public ne devait pas viser l’injure après le désistement mutuel des prévenues. Me Faye a sollicité la relaxe pour Nafissatou Fall. Pour l’infraction de divulgation de données personnelles à l’encontre d’Anita, Me Faye a plaidé la relaxe pour Jessica. L’avocat a demandé au tribunal de déclarer irrecevable sa constitution de partie civile.

Me El Hadj Diouf qui a bouclé les plaidoiries pour Jessica a défendu que les prévenues devaient rentrer chez elles après les désistements mutuels. Mais accuse Me Diou, le ministère public voulait en faire un dossier de Buzz comme l’affaire des homosexuels. Rapidement, l’avocat a été rappelé à l’ordre par le président. « Maître, on n’est pas là non plus pour faire du buzz. Nous sommes des professionnels du droit », a martelé le président Ndoye. Et, c’est parti pour un échange tendu.

Revenant sur les faits, Me Diouf a rappelé les injures dont il a été victime dans le dossier Sonko-Adji Sarr. Encore, il sera ensuite coupé par juge qui lui demande de rester dans le sujet. « Je vais plaider mon dossier comme je veux », a lancé Me Diouf malgré le rappel à l’ordre. Il a persisté dans ce sens. Pour Me Diouf, Rox, Jessica Ramz et Narou sont victimes d’une sollicité malade. Même les chefs religieux sont insultés à longueur de journée. Me Diouf a fini par plaider l’extinction de l’action publique après des échanges houleux avec le président du tribunal. 

Le procureur a répliqué sur la prescription de l’action publique. 

Au fin, le président Ndoye a sermonné les TikTokeuses avant de mettre l’affaire en délibéré, ce vendredi 18 septembre. La défense a sollicité une mise en liberté provisoire qui a été rejetée après opposition du parquet.

Doudou DIOP



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