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Perpétuité requise et 500 millions réclamés : le procès du meurtre insoutenable de Ndongo Guéye tétanise le tribunal


Rédigé le Mercredi 20 Mai 2026 à 22:59 | Lu 65 fois | 0 commentaire(s)




Un assassinat crapuleux. Un procès insoutenable. La mort du bijoutier Ndongo Guéye reste inoubliable. Le procès pour assassinat avec actes de barbarie, recel de cadavre et vol de Bassirou Thiam restera dans les annales judiciaires, tant les récits de l’accusé Bassirou Thiam étaient glaçants. Ils ont crispé toute l’assistance dans la salle d’audience du tribunal de Pikine-Guédiawaye. L’accusé, malgré ses multiples versions pour justifier son acte inqualifiable, a évoqué la légitime défense. Des aveux tenus devant la veuve. L’accusé risque de passer le restant de sa vie derrière les barreaux.

Placé sous mandat de dépôt le 22 février 2022, le bijoutier Bassirou Thiam, domicilié à Pikine, a été jugé ce mercredi à la chambre criminelle de Pikine-Guédiawaye. Il est accusé d’assassinat commis avec actes de barbarie, recel de cadavre et vol. Il avait tué son fournisseur bijoutier, Ndongo Guéye, dont le corps sans vie avait été retrouvé dans son propre véhicule.

Un crime d’une cruauté exceptionnelle

Selon l’ordonnance de mise en accusation rendue par le juge d’instruction du tribunal de grande instance de Pikine-Guédiawaye, le 14 février 2022, Lamine Guéye s’est présenté au commissariat de Golf Sud pour signaler la disparition de son frère Ndongo Guéye, âgé de 36 ans. Selon ses déclarations, la victime avait quitté son domicile de la Cité Fadia la veille, aux environs de 9 heures, afin de se rendre chez son client Bassirou Thiam à Pikine pour récupérer une créance. La famille, sans nouvelles depuis plusieurs heures, tente de joindre Bassirou Thiam. Ce dernier a alors expliqué que Ndongo Guéye était bien passé chez lui pour récupérer la somme de 6,395 millions de FCFA avant de revenir plus tard dans la soirée sous prétexte qu’il avait oublié son téléphone portable dans sa chambre.

Les policiers enquêteurs se sont rapidement rendus au domicile du suspect et ont procédé à son interpellation. Placé en garde à vue, Bassirou Thiam maintient sa version des faits. Mais le lendemain, un nouveau rebondissement va faire basculer l’affaire dans l’horreur. Le 15 février, le commissariat des Parcelles Assainies informe la Sûreté urbaine de Dakar de la découverte d’un corps sans vie dans une Toyota Auris grise immatriculée DKS 840 AY, abandonnée près du terrain de Diamono. Sur place, les policiers découvrent un sac contenant le cadavre d’un homme présentant de graves blessures au visage, les paupières gonflées et la bouche bâillonnée avec du coton taché de sang. Le corps sera formellement identifié comme étant celui de Ndongo Guéye. L’enquête prend alors une nouvelle dimension.

Les proches de la victime révèlent que Ndongo Guéye transportait ce jour-là plus de 400 grammes d’or brut ainsi qu’un carnet contenant les noms de plusieurs débiteurs. Modou Guéye, frère du défunt, explique que le téléphone de la victime avait été localisé à la plage Malibu après sa disparition. L’épouse de la victime confirme également que son mari était sorti avec un sac contenant de l’or.

Plusieurs témoignages ont fragilisé la ligne de défense de Bassirou Thiam. Mouhamadou Mourtalla Thiam, ancien collaborateur du mis en cause, affirme avoir cessé toute relation professionnelle avec lui après des différends financiers. Un autre témoin, Cheikh Modou Massamba Thiam, proche de la victime, raconte avoir vu le véhicule de Ndongo Guéye garé devant le domicile de Bassirou Thiam dans la nuit précédant la découverte du corps. Il explique qu’en revenant plus tard sur les lieux avec des proches, la voiture avait disparu et que personne ne répondait à l’intérieur de l’appartement du suspect malgré les appels insistants.

Ce que révèle la perquisition

La perquisition menée chez Bassirou Thiam va également l’accabler. Les enquêteurs découvrent dans son appartement des vêtements tachés de sang, un drap ensanglanté, un oreiller troué contenant du coton blanc, une bouteille de pompe à gaz vide, des bijoux en métal jaune, ainsi qu’une importante somme d’argent. Des traces de sang sont aussi retrouvées sur le matelas posé au sol. Pour se justifier, Bassirou Thiam soutient que les taches provenaient de moutons égorgés lors d’un baptême familial et affirme souffrir régulièrement de saignements buccaux pendant son sommeil.

Des cours de conduite avec le véhicule de la victime

Mais un autre témoignage vient contredire ses déclarations. Serigne Fallou Diop, présenté comme moniteur de conduite, affirme avoir été contacté par Bassirou Thiam le soir des faits pour lui donner des cours de conduite au stade Amadou Barry. Selon lui, ils avaient circulé ensemble à bord du véhicule gris de la victime avant de revenir stationner devant le domicile du suspect. Un chauffeur établi à Saly, Souleymane Diao, affirme quant à lui que le véhicule de Ndongo Guéye avait heurté sa voiture dans la nuit avant que son conducteur ne prenne la fuite à pied après une course-poursuite vers la VDN extension. L’exploitation des données téléphoniques révélera par ailleurs que le téléphone de Bassirou Thiam avait été localisé dans plusieurs zones de Pikine et Guédiawaye durant la nuit des faits, tandis que le dernier signal du téléphone de la victime provenait de la plage Malibu.

Face aux éléments réunis contre lui, Bassirou Thiam finit par passer aux aveux devant le juge d’instruction. Il reconnaît avoir tué Ndongo Guéye et détaille les circonstances du drame. Selon ses déclarations, la victime était revenue chez lui dans la soirée pour récupérer son téléphone portable prétendument oublié. Une dispute a éclaté après que Ndongo Guéye s’est intéressé à un bijou. Bassirou Thiam affirme avoir été insulté puis frappé au visage avant de répliquer violemment. Il soutient ensuite que la victime a tenté de sortir une arme à feu, ce qui l’a poussé à utiliser une pompe à gaz avant de l’étrangler à mort.

Pris de panique après le meurtre, il explique avoir laissé le corps dans sa chambre avant de chercher de l’aide pour déplacer le véhicule. Le corps de la victime sera finalement abandonné dans la Toyota Auris retrouvée quelques heures plus tard par les policiers.

À la barre de la chambre criminelle, Bassirou Thiam continue de nier toute intention d’avoir voulu tuer Ndongo Guéye, malgré les conclusions accablantes de l’autopsie et les éléments réunis par les enquêteurs. Le bijoutier, poursuivi pour assassinat avec actes de barbarie, recel de cadavre et vol, tente de convaincre la chambre qu’il s’agissait d’une bagarre qui a mal tourné.

De tout blanc vêtu, l’accusé, revenant sur le déroulement des faits, évoque une altercation avec la victime dans son appartement de Pikine, mais réfute toute préméditation. « Je ne voulais pas le tuer », dit-il. Selon sa version, Ndongo Guéye était revenu chez lui dans la soirée pour récupérer un téléphone portable oublié. Cependant, une dispute a éclaté autour d’un bijou avant que les échanges ne dégénèrent. L’accusé affirme que la victime l’a insulté puis frappé au visage.

Mais les questions insistent du procureur de la République vont le mettre en difficulté. Comment expliquer alors les conclusions du rapport d’autopsie évoquant une strangulation associée à une luxation du rachis cervical ? Comment justifier les traces de sang retrouvées dans sa chambre ainsi que le corps emballé dans un sac plastique puis abandonné dans le véhicule de la victime sur la VDN ?

Face à ces interrogations, Bassirou Thiam reconnaît avoir étranglé Ndongo Guéye, tout en maintenant avoir agi dans un moment de panique. « On se battait. J’ai serré son cou, mais je ne pensais pas qu’il allait mourir », déclare-t-il.

Les parties civiles, elles, peinent à contenir leur émotion à l’évocation des détails de l’autopsie. Le rapport médico-légal, présenté à l’audience, conclut pourtant à une mort violente provoquée par une asphyxie mécanique par strangulation accompagnée d’une grave lésion cervicale, des blessures qui, selon le médecin, traduisent l’usage d’une force extrême et une volonté manifeste de donner la mort. Le ministère public estime ainsi que les actes posés après le décès démontrent également une tentative claire de dissimulation.

 Après la mort de la victime, son corps a été placé dans un sac plastique avant d’être abandonné à l’arrière de son véhicule pour brouiller les pistes.

Malgré les éléments scientifiques et les témoignages versés au dossier, Bassirou Thiam continue de contester le caractère intentionnel du crime. Une ligne de défense qui laisse sceptique une partie de l’assistance au regard de la violence des faits décrits devant la chambre.

« J’ai traîné le corps pour le descendre du 3e étage… »

À la barre, Bassirou Thiam a rejoué le film de l’assassinat : « Il m’avait donné de l’or d’un montant de 14 millions de FCFA. Je lui ai payé, restant un reliquat de 6 millions de FCFA. Le jour des faits, lorsqu’il est venu à mon domicile tôt le matin, j’ai ouvert mon armoire où je gardais la somme de 8 millions de FCFA. Je lui ai donné les 6 millions que je lui devais. C’est ainsi qu’il est parti. Il est revenu 30 minutes plus tard. Il avait vu chez moi un bracelet en or. C’est une femme du nom de Mame Bousso Niass qui l’avait commandé. Il m’a dit de le lui donner. J’ai refusé. Je lui ai dit que la dame allait le récupérer. Il a commencé à me traiter de tous les noms d’oiseaux. On s’est bagarrés. J’ai cassé sa dent. Le sang a jailli. C’est ainsi qu’il a pris un couteau. Il s’est rué vers moi en brandissant l’arme. Il voulait me poignarder. Je me suis défendu en parant avant de saisir sa main. Ensuite, je l’ai aspergé avec une pompe à gaz. Malgré l’effet du gaz, il est revenu à la charge. C’est ainsi que je l’ai étranglé quelques moments avant de le laisser tomber sur le lit », dit-il avant de poursuivre.

« J’ai mis du coton dans son nez pour arrêter le sang qui coulait. J’ai laissé le corps dans ma chambre pour me rendre à Thiaroye afin de me procurer un sachet où j’ai mis le corps pour m’en débarrasser. À mon retour, sa famille est venue le chercher. Mais je n’ai pas ouvert la porte parce que je ne voulais pas qu’ils voient le corps. Vers 3 heures du matin, comme j’habitais au 3e étage, j’ai traîné le corps dans les escaliers. J’ai mis le corps sur la chaise arrière. J’ai démarré le véhicule. Mais je ne savais pas où déposer le corps. Malgré cela, j’ai conduit la voiture. J’ai heurté un véhicule à hauteur de "Bountou Pikine". Mais je ne me suis pas arrêté, car je ne voulais pas que le corps soit découvert. Le taximan m’a poursuivi jusqu’à la VDN », a raconté l’accusé. Il a conclu ses déclarations en soutenant qu’il n’avait pas l’intention de tuer Ndongo Guéye. Il a aussi précisé qu’il n’avait pas volé l’argent de la victime.

Les héritiers réclament 500 millions de dommages et intérêts

La veuve, Sokhna Oumy Thiam, dit qu’elle était enceinte de 8 mois. « J’ai accouché au 40e jour du décès. Mon mari n’était pas violent. Je ne crois pas qu’il se soit battu avec lui. Mon mari devait voyager le lendemain. C’est pourquoi je ne me suis pas inquiétée », a-t-elle lâché à la barre. Son conseil, Me Weber, dans sa conviction, déclare que Bassirou avait convoqué Ndongo à son domicile pour attenter à sa vie. Pour la robe noire, l’accusé a plongé une famille dans la précarité. Il a plongé dans le chagrin un enfant qui est né après le décès. Pour le compte des héritiers, Me Weber a sollicité la somme de 500 millions à titre de dommages et intérêts.

Le procureur demande la perpétuité, la défense la clémence

Dans ses observations, le procureur de la République estime que la thèse de la légitime défense ne saurait disculper l’accusé. Évoquant les conclusions du certificat de genre de mort, le ministère public est persuadé que Bassirou Thiam avait prémédité son acte odieux. En ce qui concerne le recel de cadavre, il est d’avis que l’accusé a tenté de se débarrasser du corps après son crime. Soutenant que l’accusé ne s’est pas repenti, le maître des poursuites a requis la réclusion criminelle à perpétuité.

La défense, assurée par Me Mame Coumba Kane, après s’être inclinée devant la mémoire du défunt, ne pense pas que son client soit un monstre comme le présentent les éléments du dossier. L’avocate a contesté les éléments de l’accusation. Pour la robe noire, Bassirou Thiam n’avait pas l’intention de donner la mort. Selon elle, il n’a pas été rapporté que l’assassinat avec préméditation ait été établi. Me Kane a évoqué les dispositions de l’article 282 du Code de procédure pénale pour démonter le guet-apens. Cependant, l’avocate a admis qu’il y a eu bagarre pour balayer les actes de barbarie. Me Kane a plaidé la disqualification du crime d’assassinat avec acte de barbarie en meurtre.

Sur le recel de cadavre, l’avocate pense que c’est une suite logique. Pour elle, Bassirou Thiam doit être acquitté de cette infraction. Pour le vol, Me Kane dit qu’aucun élément n’a été rapporté établissant qu’il a volé les objets et les numéraires du défunt. Me Coumba Kane a sollicité la compréhension de la chambre pour une application bienveillante de la loi pénale.

Le procureur de la République a répliqué concernant l’infraction de recel de cadavre. « La législation dit : quiconque aura recelé… » La défense a maintenu ses éléments de plaidoirie.

Le délibéré est fixé au 7 juillet 2026.



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