À Ndiassane, la 20ᵉ édition du "Gamouwaat", célébrée ce samedi 12 septembre 2026, est l’occasion de revisiter le parcours de Cheikh Bou Mouhamed Kounta, plus connu sous le nom de Baye Bou. Vingt ans après son rappel à Dieu, son œuvre continue de marquer la cité religieuse et les communautés qui ont bénéficié de son enseignement.
Fils cadet de Cheikh Bou Mouhamed Kounta, fondateur de Ndiassane, Baye Bou est né quelques jours après le décès de son père, en 1914. Il grandit sous la protection de sa mère, Sokhna Codou Diène, issue de la famille de Diène Manka.
Très tôt, il s’oriente vers l’apprentissage religieux. À l’âge de sept ans, en 1921, il se rend en Mauritanie pour étudier le Coran et les sciences islamiques. Il y mémorise intégralement le Livre saint et approfondit ses connaissances religieuses.
De retour à Ndiassane, il se met au service de son frère Cheikh Sidy Lamine Kounta. Il devient notamment son porte-parole, imam et enseignant du Coran. À travers ces fonctions, il participe à la transmission du savoir religieux et à la consolidation de l’héritage de la famille Kounta.
Du Saloum à la sous-région
En 1942, Baye Bou s’installe à Thiarack Saré Ghatty, dans le Saloum, entre Kaolack et Ndoffane. Il y entame une importante mission de propagation de l’islam. Durant plusieurs années, il sillonne les villages et zones reculées du Sine-Saloum pour dispenser des enseignements religieux. Il contribue à la construction de mosquées et de daaras et fait de l’éducation religieuse l’un des piliers de son action.
Mais son engagement ne se limite pas à la prédication. Baye Bou accorde une place importante à l’action sociale. Il apporte son soutien aux personnes démunies et manifeste une attention particulière aux orphelins et aux enfants. Cette proximité avec les populations lui vaut d’être considéré comme un véritable protecteur des plus vulnérables.
Un Khalife attaché au savoir et à l’éducation
En 1987, Baye Bou Kounta devient khalife général des Khadres du Sénégal. Il poursuit alors l’œuvre de ses prédécesseurs en mettant l’accent sur la religion, l’éducation et la transmission du savoir. Durant son khalifat, il œuvre également au développement des infrastructures religieuses et éducatives. Mosquées, daaras et structures d’enseignement sont développés dans le cadre de cette politique.
Baye Bou se distingue également par son ouverture à l’enseignement moderne. Il contribue notamment à l’introduction de l’enseignement français à Ndiassane, dans une volonté de permettre aux jeunes générations d’acquérir à la fois une formation religieuse et des connaissances académiques. Cette orientation trouve notamment son prolongement avec l’Institut islamique Al-Kountiyou de Ndiassane, basé sur une approche bilingue.
Un rayonnement international
L’influence de Baye Bou Kounta dépasse les frontières du Sénégal. Il effectue plusieurs déplacements dans la sous-région, notamment au Mali, en Gambie et en Mauritanie, à la rencontre des fidèles et des communautés musulmanes.
Il se rend également en Irak, en Arabie saoudite et en France. Ces voyages participent au rayonnement de son message et à la consolidation des liens entre Ndiassane et les communautés khadres établies à l’étranger.
En parallèle de son engagement religieux, Baye Bou accorde de l’importance aux activités productives, notamment à l’agriculture. Pour lui, la foi et le savoir doivent également s’accompagner d’une culture du travail et de l’autonomie.
29 avril 2006 : Ndiassane perd Baye Bou
Le 29 avril 2006, Cheikh Bou Mouhamed Kounta s’éteint à l’âge avancé de 91 ans. Sa disparition intervient quelques jours après le Gamou de Ndiassane, dans la période correspondant au Gamouwaat. Depuis, cette manifestation est devenue un important rendez-vous de commémoration, de prières et de transmission autour de son œuvre.
Après sa disparition, son premier khalife, Serigne Sidy Mokhtar Kounta, s’est engagé dans la redynamisation du Gamouwaat et dans la préservation de l’héritage laissé par Baye Bou.
En 2023, il passe le flambeau à son frère, Serigne Mouhamed Kounta, qui poursuit cette mission.
L’Association pour la Renaissance des Enseignements de Cheikh Bou Mouhamed Kounta (A.P.R.E.CH.), portée notamment par de jeunes cadres, participe également à la perpétuation de cet héritage.
Un héritage toujours vivant
Pour cette 20ᵉ édition du "Gamouwaat", Ndiassane se souvient donc d’un homme dont le parcours aura été marqué par le Coran, l’enseignement, la prédication et l’action sociale.
Vingt ans après sa disparition, Baye Bou Kounta demeure présent à travers les daaras, les mosquées, les initiatives éducatives et sociales ainsi que les générations qu’il a contribué à former.
Au-delà de la commémoration, le "Gamouwaat" apparaît ainsi comme un moment de transmission d’un héritage fondé sur la foi, le savoir, le travail et le service des populations.








