Le Mondial est là . Enfin, paraît-il.
Car au Sénégal, l’événement passe presque inaperçu. Pas de drapeaux qui envahissent les rues ni de débats interminables sur les compositions d’équipe. Bref; pas de fièvre collective. Rien. Le peuple a d’autres urgences que de compter les cartons jaunes de l’Argentine ou les kilomètres parcourus par l’Angleterre. Il faut dire que les Sénégalais sont encore sous l’effet de la dernière dose. La CAN remportée il y a quelques mois continue de produire ses effets. Cette deuxième étoile est devenue notre drogue nationale administrée à intervalles réguliers pour calmer les frustrations du quotidien. Entre-temps, les fins de mois sont restées plus longues que les mois eux-mêmes, et les factures ont conservé cette remarquable capacité à s’entasser en attente d’être payées.
Alors cette Coupe du monde ? On la regardera sans doute. Comme on regarde un mariage auquel on n’a pas été invité, avec curiosité, parfois avec plaisir, mais sans émotion particulière. Le Sénégal a grandi. Ou peut-être s’est-il simplement fatigué. Une chose est sûre, les Lions restent aimés. Mais ils ont cessé d’être une solution. Et c’est peut-être la plus grande défaite du football moderne, car même les exploits sportifs ne parviennent plus à distraire durablement un peuple de ses propres réalités.







