À l’occasion du congrès international de la Société sénégalaise de colposcopie et de pathologie liée au papillomavirus (SSCPP), le professeur Omar Gassama a lancé un véritable cri d’alarme sur la lutte contre le cancer du col de l’utérus au Sénégal. Si la vaccination contre le HPV affiche des avancées notables, le dépistage au niveau national reste en deçà des 15 %. Entre manque d’équipements, absence de prise en charge continue et radiothérapie centralisée à Dakar et Touba, le spécialiste dénonce l'abandon des patientes et réclame une stratégie permanente et décentralisée.
À l’occasion du 5ᵉ Congrès national et 4ᵉ Congrès international de la Société sénégalaise de colposcopie et de pathologie liée au papillomavirus (SSCPP), couplé au 2ᵉ Cours international de colposcopie et de pathologie cervico-vaginale, le professeur Omar Gassama a dressé un bilan sans concession de la stratégie de lutte contre le cancer du col de l’utérus au Sénégal.
Le congrès, organisé en collaboration avec la Société américaine de colposcopie et de pathologie cervico-vaginale, s'est donné pour thème l’accélération de l’élimination de cette maladie. Cet objectif s’inscrit dans la feuille de route de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), axée sur trois cibles : vacciner 90 % des filles de 9 à 14 ans, dépister et traiter 70 % des femmes de 30 à 49 ans présentant des lésions précancéreuses, et assurer la prise en charge de 90 % des cas invasifs.
Une vaccination en progrès malgré des résistances
Sur le premier axe, le professeur Omar Gassama se montre rassurant. La couverture vaccinale contre le papillomavirus humain (HPV) au Sénégal est jugée « acceptable » et avoisine les 100 %, même si des poches de résistance subsistent dans certaines régions, notamment à Matam. « Pour la vaccination, les résultats sont encourageants pour le Sénégal », souligne le spécialiste.
Il relève cependant la persistance d'hésitations au sein de la population, souvent nourries par un déficit d'information ou la crainte d'effets secondaires. Pour y remédier, la sensibilisation doit se poursuivre : « Le vaccin contre le cancer du col utérin est sûr, efficace et disponible dans le pays. »
Rappelant que ce vaccin bénéficie de plus de vingt ans de recul, il cite l’Australie, la Finlande, l'Angleterre ou le Canada parmi les pays en voie d'éliminer cette maladie d’ici 2030, grâce à des programmes incluant également les garçons.
« On n’est même pas à 15 % de dépistage »
Le diagnostic devient beaucoup plus sévère s'agissant du second axe. « Au Sénégal, on n’est même pas à 15 % du taux de dépistage du cancer du col utérin. Si on veut se dire la vérité, le dépistage est mal fait. Il est trop, trop mal fait », martèle-t-il.
Au-delà de la faiblesse des chiffres, le professeur pointe la rupture dans la chaîne de soins : « Les malades sont dépistées et abandonnées à elles-mêmes. »
En cause : la pénurie d’appareils et le manque de ressources humaines qualifiées. De nombreuses femmes identifiées avec des lésions précancéreuses ne bénéficient ainsi d'aucun traitement rapide. Dans ce contexte, atteindre l’objectif des 70 % de femmes dépistées d’ici 2030 lui semble illusoire sans réorientation majeure des politiques publiques.
Un déficit critique d'équipements de radiothérapie
Le traitement des cancers invasifs suscite d'égales inquiétudes, en raison de la concentration des infrastructures de pointe. « La radiothérapie, c’est Dakar et Touba ; ailleurs, ça n’existe pas », déplore-t-il, soulignant l'insuffisance du parc matériel à l'échelle nationale. « À l’heure où je vous parle, on devrait compter près de 1 800 équipements de radiothérapie pour nos 18 millions d’habitants. Or, nous n’avons même pas quatre appareils fonctionnels dans tout le pays. »
Pour le praticien, ce marasme traduit un manque de volonté et d’engagement politique pour doter le secteur de la santé de ressources financières adéquates.
Pour un centre de dépistage permanent par district
Afin d'inverser la courbe, le professeur Gassama préconise une décentralisation effective et pérenne de la prévention. « Au Sénégal, nous comptons 79 districts. Il doit y avoir 79 centres de dépistage équipés et fonctionnels, avec du personnel qualifié travaillant 365 jours sur 365. »
Le spécialiste critique vivement la dépendance vis-à-vis des campagnes ponctuelles. Selon lui, les initiatives comme « Octobre rose » ne sauraient remplacer un service public de santé opérationnel toute l'année : « Octobre rose doit servir à rattraper les retardataires, pas à se substituer à la prévention permanente. Attendre ce mois pour dépister ne permettra jamais de régler le problème. »
Une maladie évitable qui continue de tuer
En conclusion, le professeur rappelle l'urgence morale d'agir face à une pathologie dont les moyens de prévention sont pourtant parfaitement connus. « Il est inadmissible et inconcevable que des femmes continuent de mourir du cancer du col de l’utérus au Sénégal. »
Sans un maillage territorial doté d'équipements appropriés et de personnels formés, l’objectif d'élimination restera hors d'atteinte, condamnant des milliers de femmes à développer des formes graves d'un cancer évitable.







