L'enveloppe financière de 53 milliards de francs CFA annoncée au titre du Plan Diomaye pour la Casamance demeure largement en deçà des attentes d'une zone meurtrie par plus de quatre décennies de crise armée. Invité de l’émission « Grand Jury » ce dimanche 27 septembre 2026, l’enseignant-chercheur à l’Université Assane Seck de Ziguinchor, Mohamed Lamine Manga, a livré une analyse critique de l'intervention publique dans le sud du pays. « Cinquante-trois milliards, nous trouvons que ce n’est pas du tout ambitieux pour une région marquée par plus de quarante ans de conflit, mais qui regorge pourtant d’un potentiel capable de contribuer valablement au développement du Sénégal », a-t-il déclaré.
Au-delà du montant global retenu, l'universitaire insiste sur la qualité de la dépense publique et l'urgence de résultats tangibles sur le terrain, en particulier dans les villages d'origine où s'amorce le retour des populations jadis déplacées. « En matière d’infrastructures de base et de reconstruction dans ces zones libérées, l’impact réel tarde encore à se matérialiser », regrette-t-il.
L’auteur de l'ouvrage La Casamance dans l'histoire contemporaine du Sénégal invite le pouvoir central à réévaluer sa vision stratégique. Pour lui, injecter des ressources financières dans le Sud ne doit plus être appréhendé comme une simple charge budgétaire récalcitrante, mais bien comme un investissement productif à fort rendement national. « Investir en Casamance, ce n’est pas jeter de l’argent par la fenêtre », soutient-il.
Parmi les goulots d’étranglement identifiés, l’enclavement sous toutes ses formes figure au premier rang. Le chercheur pointe du doigt la détérioration de plusieurs axes routiers structurants ainsi que les dysfonctionnements récurrents de la desserte aérienne vers Ziguinchor et le Cap Skirring. Entre annulations intempestives de vols et cherté des billets, ces contraintes logistiques brident, selon lui, la mobilité des personnes et le convoyage des marchandises.
Afin de rompre définitivement avec la dépendance, l'historien préconise une politique économique axée sur les compétences et les richesses naturelles de la région : essor de l'agrobusiness, transformation sur place des produits locaux, gestion durable des ressources forestières et amorce d'un tissu industriel régional.
Pour rappel, en marge des cérémonies marquant le 24ᵉ anniversaire du naufrage du navire Le Joola, l’Exécutif a annoncé la tenue prochaine d’un Conseil interministériel spécialement dédié à l’évaluation à mi-parcours du Plan Diomaye pour la Casamance.







