À Médina Baye, le Gamou se vit dans les grandes foules, les chants, les prières et les retrouvailles. Mais, à quelques pas de cette effervescence, il existe un lieu où l’on entre presque naturellement dans le silence.
C’est Négu Baye, la chambre de Cheikh Ibrahima Niass. Pendant le Mawlid, les pèlerins y défilent sans relâche. Hommes, femmes, jeunes et moins jeunes s’y succèdent pour se recueillir, prier ou simplement rester quelques instants dans ce lieu chargé de souvenirs. Ici, chacun vient avec son histoire et ses émotions.
Une petite chambre, une grande histoire
Pour comprendre ce que représente Négu Baye pour les fidèles, Mouhamadou Gally originaire de Ghana,depuis plus de 25 ans, il veille sur la maison de Mawlana Cheikh Ibrahima Niass. À force d’y accueillir des visiteurs, il a été témoin de milliers de scènes, parfois simples, parfois profondément émouvantes.
Construite en 1929, à l’époque où Baye Niass posait les premières bases de Médina Baye, la chambre n’a rien d’un lieu spectaculaire. Elle est restée sobre, presque intacte.
Mais ceux qui y entrent ne viennent pas chercher le luxe. «Ce qui donne à cet endroit son importance, c’est surtout l’histoire et la dimension spirituelle qui lui sont attachées», explique Mouhamadou Gally.
Dans la pièce, plusieurs objets ayant appartenu à Baye Niass sont encore conservés: son lit, ses fauteuils, son miroir, son armoire destinée à ses livres, ainsi que des documents et certificats.
Pour les disciples, ces objets sont bien plus que de simples souvenirs. Ils sont les témoins silencieux d’une époque et d’une présence qui continue de vivre dans la mémoire de Médina Baye.
Le passage obligé des visiteurs de Baye Niass
Du vivant de Baye Niass, les visiteurs qui arrivaient à Médina Baye passaient par cette maison. Ils venaient avec leurs bagages, annonçaient leur arrivée au Cheikh et lui remettaient leur hadya, avant d’être orientés vers les personnes chargées de leur hébergement.
Avec le temps, le rituel a changé, mais le lien avec la maison est resté. Aujourd’hui, les fidèles franchissent cette porte pour faire la ziarra. Ils entrent, prient, se recueillent quelques instants puis ressortent, laissant la place aux autres.
Dans cette succession de visiteurs, il y a aussi une histoire de transmission. Certains racontent être venus ici enfants, accompagnés par leurs parents. Des années plus tard, ils reviennent à leur tour avec leurs propres enfants.
Pour Mouhamadou Gally, c’est justement cette dimension familiale qui rend le lieu particulier. Des visiteurs reviennent d’une année à l’autre. D’autres découvrent Négu Baye pour la première fois. Mais beaucoup repartent avec le sentiment d’avoir vécu un moment particulier. «Ils me disent parfois qu’ils considèrent que leurs prières ont été exaucées», témoigne-t-il.
Ce sont des témoignages personnels, liés à la foi de chacun. Mais derrière ces paroles se lit surtout l’attachement profond des fidèles à la mémoire de Baye Niass. Et parfois, l’émotion devient difficile à contenir. «Il nous arrive de recevoir de grandes personnalités qui, une fois dans la chambre, s’accroupissent, prient et fondent en larmes», raconte le responsable.
Après plus de 25 ans passés dans cette maison, Mouhamadou Gally dit rester touché par ces scènes. Car, malgré les années, il continue de voir des hommes et des femmes entrer avec leurs préoccupations et ressortir avec le cœur plus léger.
Une organisation pour accueillir les milliers de visiteurs
Pendant le Gamou, Négu Baye ne désemplit pas. Pour éviter les bousculades, les visites sont organisées. Une file est réservée aux hommes et une autre aux femmes.
Les forces de défense et de sécurité, les éléments de Chababoul Fayda ainsi que les membres du dahira «Wagnu Baye» participent à l’encadrement des visiteurs.
Le dispositif est maintenu plusieurs jours avant et après le Gamou, tant l’affluence est importante.
Mais Négu Baye ne vit pas uniquement au rythme du Mawlid. Toute l’année, des fidèles venus du Sénégal et de l’étranger viennent pousser cette même porte.
À l’intérieur de la chambre, la volonté est de:autant que possible les lieux tels qu’ils étaient..«Nous ne souhaitons pas modifier complètement le décor», souligne Mouhamadou Gally.
L’objectif est de préserver les traces laissées par Baye Niass et de permettre aux nouvelles générations de découvrir, à leur manière, l’histoire de celui qui a donné naissance à Médina Baye.
Ici, le silence raconte aussi une histoire
En quittant Négu Baye, le contraste frappe.
À l’extérieur, Médina Baye est animée par le bruit des pèlerins, les salutations et les chants du Gamou. À l’intérieur, tout semble plus calme. Pas de monument imposant. Pas de décor grandiose. Seulement une chambre, quelques objets et une mémoire précieusement conservée. Pourtant, pour les fidèles, cela suffit. Chaque jour, les mêmes gestes se répètent. Une personne entre, se recueille, prie, parfois les yeux remplis d’émotion, puis ressort pour laisser la place à une autre.
À Négu Baye, la ferveur ne fait pas forcément de bruit. Elle se lit dans les regards, dans le silence… et parfois dans les larmes.









