Histoire et mystère en Casamance : Plongée à Hilol, ce bastion mythique qui a fait trembler les colons français
Nichée dans l’estuaire du fleuve Casamance, Hilol est une île qui se mérite. Pour l’atteindre, il faut braver des routes cahoteuses, des pistes inondées et une traversée en pirogue à travers un labyrinthe de bolongs. Le voyage débute à Kafountine, se poursuit jusqu’à Kassel, puis s’achève par une traversée d’une quinzaine de minutes avant d’affronter encore sept kilomètres de piste sablonneuse et marécageuse.
« Ici, on parle karoninka, un dialecte apparenté au diola », explique un chauffeur de taxi, traduisant les propos d’une vieille dame rencontrée à l’embarcadère. L’attente, parfois longue, est largement compensée par le spectacle des oiseaux plongeant dans l’eau et des pirogues traditionnelles flottant au rythme de la marée. Immersion au cœur des îles Karone.
Hilol, un bastion héroïque face aux colons français
Hilol est avant tout une terre d'histoire et de mémoire. En 1859 et 1860, ses habitants karoninkas opposèrent une résistance féroce aux troupes coloniales françaises. Lors de la deuxième bataille, le capitaine Aristide Protêt fut mortellement atteint par une flèche empoisonnée.
« C’est ici que le capitaine Protêt a été atteint par une flèche empoisonnée lors du second affrontement contre les colons français en 1860. Il a rendu l’âme dans une chaloupe alors qu'ils tentaient de l’évacuer vers Carabane », raconte Victor Diatta, notable de l’île. Selon lui, l’auteur du tir fatal serait Kissate Demba, un ancêtre du chef de village actuel. « Il possédait certainement un don. À un moment donné de la bataille, alors que les colons s'étaient repliés dans leur vedette, ce guerrier est reparti seul au combat et a tiré mortellement sur le capitaine », ajoute-t-il.
Un autre notable de l'île, Vincent Diassy, avance quant à lui le nom de Djifafayou et apporte une précision mémorielle : « Touché par la flèche empoisonnée, le capitaine Protêt aurait demandé à être enterré debout à Carabane, face à l’océan, pour continuer de surveiller ses ennemis. »
Les témoins silencieux d'un passé glorieux
Aujourd’hui encore, Hilol conserve les stigmates physiques de ces affrontements. Un vieux rônier criblé de balles françaises se dresse fièrement derrière le village, véritable témoin muet de la résistance. « Il nous arrive encore de trouver des balles incrustées dans les troncs d’arbres que nous coupons pour fabriquer nos pirogues », confie Vincent Diassy.
Armés de simples arcs et de flèches, les insulaires ont su déjouer la puissance des canons français grâce à des tactiques de guérilla adaptées au milieu naturel. « Ils tiraient et se retiraient aussitôt dans la forêt dense. Une fois repliés, personne ne pouvait plus les repérer », se félicite M. Diassy.
Une île vivante qui réclame son désenclavement
Aujourd’hui, Hilol est composée de quatre quartiers. Ses habitants vivent principalement de la pêche et de l’agriculture, au cœur d'un cadre verdoyant ponctué d’arbres fruitiers. L’île dispose d’une école primaire ouverte depuis 1964, d’un collège, d’une case de santé, ainsi que d’un accès à l’électricité et à l’eau potable.
Cependant, le principal défi de la localité demeure son isolement géographique. « Nous demandons l'aménagement de routes, notamment entre Kafountine et Kassel, la construction d'un pont reliant Kassel à Hilol et la mise à disposition de pirogues motorisées pour desservir les autres îles », plaident de concert Victor Diatta et les sages du village.
Bien plus qu’une simple escale insulaire, Hilol demeure un symbole national de résistance, un sanctuaire de mémoire et une terre d'avenir. Découvrir cette île, c’est replonger dans l’histoire coloniale du Sénégal, ressentir la force des traditions Karoninkas et mesurer l’urgence du désenclavement des zones insulaires de la Casamance.









