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Marchés à bétail sénégalais: Les prix du mouton flambent à l’approche de l’Aïd El Kébir


Rédigé le Vendredi 18 Août 2017 à 14:00 | Lu 31 fois | 0 commentaire(s)



La Tabaski ou l’Aïd El Kébir, une prescription religieuse, recommandant aux fidèles musulmans d’immoler des bêtes, sera célébrée dans quelques jours. Les musulmans, par conformisme ou par sens du devoir, sont tenus de trouver des béliers. Constat… depuis quelques années, s’offrir l’animal du sacrifice, n’est plus donné à tous les chefs de famille. Leral a constaté que respecter ce rituel religieux, devient plus en plus compliqué pour les petites bourses. Enquête…


Le mouton est l’animal le plus recherché à l’approche de la fête de Tabaski. Beaucoup de fidèles l’achètent pour respecter les préceptes religieux et éviter l’effet de la pression sociale. 

Certains chefs de famille, soumis au regard des voisins et des railleries des camarades de leurs enfants, s’interdisent d’acheter un mouton famélique. Les mômes, constate-t-on, se chambrent joyeusement sur le gabarit du mouton acheté par papa. Du coup, acheter un mouton « présentable », est devenu une obligation. 

L’entrée de 22.756 têtes via Tamba, recensées 

Le déficit d’approvisionnement du marché en moutons n’est pas du tout en phase avec les prévisions du gouvernement. Récemment, il a été annoncé l’entrée sur le marché via Tambacounda, de plus de 22 000 moutons. « Plus de 22.000 moutons sont entrés dans le pays, en passant par les postes de Kidira et Bakel en provenance du Mali et de la Mauritanie. 

A ce jour, comparé à l’année passée où nous étions à 10.288 sujets, la situation de ce matin du 4 Août, fait état de 22.756 sujets
 », avait indiqué l’inspectrice de l’Elevage, Docteur Rosalie Seck Gbéti. 

La révélation a été faite au cours d’un Crd spécial à la gouvernance de Tambacounda, consacré aux préparatifs de la Tabaski. L’initiative avait réuni les organisations d’éleveurs, les forces de sécurité et quelques services techniques. 

« Hormis les 1.136 moutons venus de la Mauritanie, via Bakel, le gros de ce cheptel provient du Mali, en passant par la ville frontalière de Kidira. Le service de l’Elevage a démarré le suivi du flux entrant de moutons le 18 juillet dernier, date coïncidant avec la décision de l’Etat de lever les taxes sur le bétail », avait signalé ledit service . 

L’objectif national en termes d’approvisionnement en moutons de Tabaski, au Sénégal, est de 750.000 têtes, dont les 260.000, destinées à la capitale, Dakar. « Les échos qu’on a eus de nos agents sont bons, on nous annonce que de l’autre côté de la frontière, les moutons continuent d’arriver », s’est réjoui l’inspectrice. 

Ainsi, le gouverneur de la région, El hadji Bouya Amar avait également souligné le fait que Tambacounda est un hub en matière de distribution de moutons pour la Tabaski. Ladite région, estime-t-il, joue un rôle essentiel dans la facilitation du transit de ces animaux en direction de la capitale, des régions de Kédougou, Kolda et de la région naturelle de la Casamance. 

 « Pour la Tabaski, l’Etat a décidé d’alléger au maximum, le contrôle routier pour les camions transportant des moutons. Les trois convoyeurs de bétail autorisés sur chaque camion, doivent chacun, se munir de sa carte nationale d’identité. 

Il s’agit là d’une mesure de sécurité à laquelle il ne saurait y avoir de dérogation. Nous sommes régulièrement en contact avec mon homologue, gouverneur de la région de Kayes (Mali), pour, qu'en cas de problème relevant du ressort de l’un ou l’autre, apporter la solution requise
 », a signalé le gouverneur. 

L’administrateur en chef de la région avait promis que la police et la gendarmerie prendront l’ensemble des dispositions utiles pour sécuriser les points de vente, tout en notant que le « focus » sera surtout mis sur la commune de Sinthiou-Malème, où des braquages sont souvent signalés à l’approche de la Tabaski. 

 « Malgré les efforts de l’Etat en faveur des éleveurs, le mouton coûte trop cher au Sénégal », a-t-il déploré. Toutefois, le gouverneur estime qu’en contrepartie de tous ces « intrants » de l’Etat, en termes de fourniture d’eau et d’électricité des points de vente, de sécurisation, d’exonération de taxes, les éleveurs devraient faire en sorte que cela ait un impact sur le prix du mouton. L’idéal, retient-il, est de permettre à chaque Sénégalais, de disposer d’une bête au prix qui correspond à sa bourse. 

Au sein du Ministère de l’Elevage, il y a un débat sur l’opportunité de ces actions, a-t-il rapporté lors de la rencontre. Les gens se demandent s’il ne faudrait pas juste laisser faire la loi du marché. Puisque, l’année dernière, les prix dans la région variaient entre 50.000 et 350.000 FCfa, en fonction de la race.  

Les importations de moutons transitant par Tambacounda n’ont plus franchi la barre de 300.000 têtes depuis 2011, où 315.053 moutons avaient été répertoriés. En 2016, 214.837 moutons étaient entrés par Tambacounda. 


Silence radio du Ministre de l’Elevage 

Le Ministère de l’Elevage qui avait habitué les Sénégalais à des Crd de préparatifs de la fête de Tabaski, semble, cette année, moins impliqué. Le Ministre de l’Elevage, Aminata Mbengue Ndiaye, en charge de la question de l’élevage, Aminata Mbengue Ndiaye, fait  montre d’une certaine discrètion. 

Aucune rencontre, du moins, médiatisée comme avant, n’est constatée. Certains, pensent qu’il s’agit d’une nouvelle stratégie pour éviter de promettre l’impossible aux Sénégalais. D’autres croient que le Ministre était plus préoccupée à battre campagne pour les élections législatives passées. 

Mais la certitude reste que la fête approche à grand pas et les moutons manquent toujours à l'appel. Le peu disponible sur le marché est troqué à des prix hors de bourse pour des gens à revenus modestes. 

« Nous n’avons constaté aucune communication des autorités étatiques du pays sur l’approvisionnement du marché en moutons. Le Ministre a juste dit que les moutons vont arriver du Mali et de la Mauritanie. Depuis lors, rien d’autre n’a été dit sur l’évolution des entrées du bétail », a soutenu Mbaye Boye, un jeune cadre dans une institution bancaire de la place.  

Ce dernier, espère l’accroissement des entrées massives de moutons vers l’intérieur du pays. Sinon, relève-t-il, beaucoup de Sénégalais vont devoir attendre l'année prochaine, pour respecter ce rituel religieux. 
  
                                   
Avoir un mouton, un gros sacrifice financier

Mais, l’entrée des bêtes vers l’intérieur du pays, n’est pas bien sentie par les pères de familles, sur les différents points de vente. Les marchands de moutons, eux, ne s’embarrassent guère des soucis des chefs de famille. Ils proposent les bêtes à des prix élevés. 

Ces derniers, ne manquent pas d’arguments pour justifier l’approvisionnement du marché de bétail. Un petit tour dans certaines ruelles de la capitale dakaroise, a permis à l’équipe de Leral, de constater une ambiance habituelle à l’approche des fêtes. Des grappes de moutons, tenus par des vendeurs colonisent le bord de certaines routes de la capitale. 

« Les moutons sont chers, très chers. Ils sont hors de prix », répète sans cesse, un homme qui faisait des va-et-vient sur les deux voies de Liberté VI. En perspective de la fête de Tabaski, l’homme serait un chef de famille, venu s’approvisionner en moutons dans la capitale. 

Ce Sénégalais, obnibulé par l'idée de trouver un mouton à la portée de sa bourse, n’est pas le seul à constater la flambée des prix des moutons. Tous les autres acheteurs, trouvés sur place, se plaignent de la cherté des bêtes à l’approche de la fête de Tabaski. 
  
Autre lieu, même constat. Cette fois-ci, Leral, a tenté de tâter le pouls du côté de la ville traditionnelle des « Lébous », Rufisque. Aux marchés de bétail, situé à l’entrée de la ville, les marchands proposent des moutons à des prix très salés. « Pour un bélier moyen, il faut débourser au-delà de 85.000 Fcfa. En-deçà, ce sont des bêtes rachitiques qui sont proposées », signale Modou Guèye, venu de Sangalkam pour acheter son mouton de Tabaski. 
  
Le jeune homme dégoulinant de sueur, déambulant entre les enclos des revendeurs, reste bouche bée devant le refus de vendre à des prix abordables de ces derniers. En ce jour, en plein été, heure à laquelle, le soleil darde ses rayons, l’espace est quasiment déserte de sa masse habituelle, constituée de fidèles, appelés à accomplir un devoir religieux. 
  
Mais, Leral, a constaté sur les lieux que les acheteurs viennent au compte-gouttes. Certains vendeurs gardant espoir de vendre, lient la morosité du marché au manque d'argent. Ils estiment que les fonctionnaires sont en mi- mois d’Août. Et peut-être, espèrent-ils, les salaires vont tomber avant la fête pour permettre aux salariés de faire leurs emplettes. 

Par contre, d’autres, persuadés que les clients vont se présenter au dernier moment, ont bon espoir. Beaucoup, indiquent-ils, se gardent d’acheter tôt le mouton, faute de place chez eux ou pour éviter un éventuel vol. 

 « Il y a aussi des adeptes de la dernière minute qui misent sur une éventuelle baisse des prix. Ils veulent attendre le temps que les marchands voudront écouler les bêtes, pour ne pas les avoir sur les bras après la fête »,  a décrypté Ismaël Ndiaye, rabatteur, habitué des marchés pendant les fêtes de Tabaski. 

Ce dernier, bien informé des habitudes des Sénégalais, se réserve de faire un pronostic sur la suite des événements. Mais, il demeure convaincu que sauf par miracle, le marché du mouton ne sera pas facile cette année. 

Les vendeurs ont des arguments bien affûtés pour faire passer la pilule des prix hors de portée du "goorgorlu". A Yoff, à côté du Rond-Point, le marché est approvisionné en moutons de tous gabarits. 

Mais, pour s’en offrir, il faudra consentir un gros sacrifice financier. « La flambée des prix est assimilée à la multiplication du nombre de rabatteurs. Des marchands occasionnels sont arrivés en grand nombre dans les marchés à bétail de l’intérieur. 

Devant la forte demande, nous, vendeurs des villes avons saisi l’occasion pour faire monter les enchères
 », s’est défendu Mbaye Seck, retrouvé à Yoff. Ce dernier, habillé en jeans taillé sur mesure, sandales en mauvais état, est trouvé sur les lieux, en train de nourrir ses bêtes. 

 Notre interlocuteur, dont les prix varient entre 115.000 à 350.000 FCfa, se dit être obligé de répercuter cette hausse pour s’en sortir. Il jure même que ses ravitailleurs ont fait grimper les prix. 

Recherche de profit 

Les marchands de moutons semblent être des sans-pitié. Ils s’orientent vers les points de vente où ils peuvent tirer beaucoup plus de profits. «  Depuis bientôt cinq ans,  j’emmène mes animaux au Sénégal. Si je le fais, c’est que j’en tire le plus grand bénéfice.  

Après tout, on fait le commerce pour faire du profit. Nous allons vendre nos animaux là où on nous offre les meilleurs prix
 », a précisé Mody Diallo, venu du Mali voisin pour vendre ses moutons. 

Avec un accent « ouolof » coloré, certainement un « Halpular », ayant grandi loin de la capitale sénégalaise, il surveille de temps à autre, la mobilité de ses moutons. Accompagné de ses deux jeunes frères, il donne souvent des instructions pour veiller sur son troupeau. 

Une autre personne, Oumar Diouf, habitant Notto dans le département de Thiès, venue chercher son mouton, assure que même dans les villages, il n’y a pas suffisamment d’ovins.  

Rencontré au marché des moutons, se trouvant à côté de l’Industrie du textile, la Sotiba, il reste sceptique sur la possibilité d’avoir cette année un mouton à moindre coût. « Je n’ai jamais vu ça. Dans beaucoup de familles, c’est l’inquiétude par rapport au mouton de la fête de Tabaski. 

Dans des familles où on a l’habitude d’abattre deux ou trois béliers, l’on risque de se contenter cette année d’un seul mouton
.», assure le ressortissant de Notto, l’air agacé par l’effort intense dépensé pour chercher un mouton à sa convenance dans différents points de vente de Dakar. 

Commerçant à la sauvette, exerçant sur la route de l’Aéroport, précisément, à hauteur de la Patte d’Oie, Oumar Diouf, reste d’avis que les moutons de race, élevés à la maison coûtent une fortune.  

« Il faut comprendre quand tu nourris un mouton durant plusieurs mois, tu ne peux pas le vendre comme celui qu’on a fait paître dans la brousse », estime Oumar. Il reconnaît qu’il y a actuellement d’énormes difficultés d’approvisionnement. Puisque, prévient-il, les béliers bien embouchés coûtent entre 200 à 350 000 FCfa. 

Ainsi, il a été constaté que la situation du marché du mouton à Dakar, n’est pas un cas isolé. Les échos qui proviennent d’autres régions du pays ne sont guère rassurants pour les consommateurs, surtout les Dakarois. Les prix proposés pour les moutons qui ont commencé à débarquer dans ces zones depuis quelques jours, donnent parfois le tournis. 

Une source contactée à Bakel, a indiqué que les moutons deviennent de plus en plus rares dans cette localité, située à quelques encablures de la Mauritanie et du Mali. 

« Beaucoup de villages se ravitaillent à partir d’ici. Certains habitants du village acheminent des troupeaux vers Dakar pour les revendre. Et, les marchands dakarois affluent chaque jour, pour repartir avec de gros porteurs remplis. 

Résultat : l’offre est de loin inférieure à la demande. Un bélier moyen coûte entre 70 à 85 000 Fcfa. Tandis que le prix des gros béliers peut atteindre jusqu’ à 150 000 FCfa et 200 000 FCfa. Malheureusement, il n’y a pratiquement pas de levier pour influer sur les prix
 », indique la source. 

La cherté des moutons est diversement expliquée par les vendeurs. Certains, évoquent la préférence de leurs fils qui choisissent d’autres directions plus profitables. 

« Nos enfants ont changé d’itinéraire. Quand on leur confie les troupeaux de moutons, ils prennent la direction de la Guinée. Certains conduisent leurs bêtes jusqu’à Siguiri.  

Si les animaux coûtent cher, c’est aussi, parce que la période  est favorable. C’est l’hivernage. Il y a de l’herbe partout dans la brousse. C’est généralement  quand il y a manque de nourriture que certains éleveurs cherchent à se débarrasser de leurs troupeaux en les bradant », explique un vieil éleveur qui refuse de signaler son identité à la source. 

La plupart des marchands de moutons, révèle-t-elle, préfèrent traiter avec les commerçants dakarois. Ceux-ci, qui ne discutent souvent même pas, dit-elle, mettent le prix. C’est pourquoi, estime ce dernier, les prix ont tellement grimpé cette année. 

Cheikh Diagne, enseignant qui achetait souvent pour ses amis à partir de Bakel, n’a pas voulu prendre de risque cette fois-ci.  « Cette année, je n’ai pas voulu prendre l’argent de personne de Dakar. Si tu achètes un mouton pour quelqu’un dans les conditions actuelles, il y a mille chances qu’il ne soit pas satisfait. Il pourrait même penser que vous avez détourné une partie de son argent »,  argumente-t-il. 

A retenir qu’à moins de deux semaines de la fête de Tabaski, le marché du mouton n’est pas bien approvisionné. Et, les prix constatés dans lesdits marchés inquiètent à plus d’un titre, les détenteurs de faibles bourses. Seulement, l’espoir est permis dans les jours à venir avec l’arrivée des commerçants, partis guetter à Bakel et ses environs, l’éventuelle arrivée des vendeurs maures et maliens. 


O WADE Leral 
 
 
Alain Lolade


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