Dans son tout premier roman intitulé L’immigré Modou-modou, la journaliste et autrice franco-sénégalaise Léa Leydier pose un regard sans concession sur les réalités brutes de l'émigration clandestine. Du quartier populaire de Sam Notaire à Guédiawaye jusqu'aux écueils de l'intégration en Europe, en passant par le drame du transit maghrébin et le poids des sacrifices familiaux, l'écrivaine décortique les engrenages d'un drame humain contemporain. Rencontre avec une plume engagée.
Votre livre L'immigré Modou-modou aborde de front la problématique migratoire. Pourquoi avoir choisi ce thème pour votre premier ouvrage ?
J'ai retenu cette thématique en raison de la nature sensible de l'émigration clandestine à l'échelle internationale. Face à la divergence des discours politiques, souvent préjudiciaires aux populations concernées, j'ai souhaité livrer un récit factuel et impartial. Mon objectif est d'offrir au lecteur une perspective objective, lui permettant ainsi de forger sa propre réflexion en toute autonomie.
Vous évoquez notamment le sacrifice des parents qui vendent parfois leurs biens pour financer le voyage de leurs enfants. Y a-t-il une pression sociale sous-jacente ?
Il existe une pression sociale indéniable. Bien que regrettable, il convient de faire preuve de lucidité face à cette réalité sociétale où les enfants portent le poids de dettes morales implicites envers leurs parents.
Pouvez-vous nous en dire plus sur la pression socio-économique au Sénégal décrite dans le livre ?
Le récit retrace le parcours d'un jeune homme originaire de Sam Notaire, à Guédiawaye, ayant grandi dans un milieu précaire marqué par le poids des préjugés sociaux. Face à ces pressions constantes, sa mère a sacrifié ses biens personnels et ses économies de tontine pour financer son départ, dans l'espoir d'un avenir meilleur. Ce projet migratoire répondait à un besoin vital d'émancipation face au sentiment d'oppression qu'il éprouvait dans son milieu d'origine.
L'émigration est souvent abordée par des analystes qui n'en maîtrisent pas tous les rouages. Selon vous, qu'est-il essentiel de comprendre à travers votre récit ?
Mon personnage a été profondément affecté par les atrocités vécues dès le soir où il a quitté sa mère pour entreprendre cette traversée. Certains pays maghrébins perçoivent les individus qui transitent par leur territoire comme des esclaves. Ce jeune homme se retrouve confronté à une réalité que l'on pensait confinée aux livres d'histoire. Il lui est difficile de concevoir qu'au XXIe siècle, une telle détresse puisse être ignorée par le reste du monde.
Avez-vous souhaité proposer des solutions concrètes dans cet ouvrage ?
Il est essentiel de souligner que ce roman analyse en profondeur les pressions exercées par une société parfois hypocrite, ainsi que la perception des immigrés par leurs compatriotes lors de leur départ et de leur retour au pays. Ce récit illustre la souffrance causée par des propos dévastateurs et des traumatismes persistants. En Europe, les migrants font face à un choc culturel, à une bureaucratie réticente à la régularisation et à des instrumentalisations politiques en tant que boucs émissaires. Si l'intégration s'avère complexe, elle demeure indispensable, contraignant les immigrés à s'affranchir des clichés et des préjugés raciaux. Concernant des propositions de mesures politiques, je m'abstiendrai de formuler des recommandations prématurées. Le moment venu, je collaborerai étroitement avec les instances compétentes afin de promouvoir des actions concrètes en faveur de la jeunesse.
Étant vous-même issue de l'immigration, cet ouvrage comporte-t-il une part d'autobiographie ?
Cet ouvrage relate des expériences vécues par divers individus à travers le monde. Il s'agit d'une œuvre de fiction documentée sans lien personnel direct avec mon parcours d'autrice.
Pourquoi avoir opté pour l'autoédition pour ce premier livre ?
J'ai fait le choix assumé de l'autoédition en Afrique, une démarche personnelle que je revendique pleinement.
Où votre ouvrage est-il actuellement disponible pour les lecteurs ?
L'ouvrage est largement diffusé à travers le Sénégal grâce au réseau Moukat Distribution. Il est disponible auprès de nos partenaires, notamment à l'aéroport international Blaise-Diagne, à la gare de Dakar, à la Fnac, aux librairies Aux 4 Vents, Plume du Monde, Alioune Diakhaté à Saint-Louis, Omar Samb à Rufisque, ainsi que dans les hôtels Azalaï et Terrou-Bi, les stations Total Péage et divers espaces culturels. Sa disponibilité dans les pays de la sous-région est prévue à très brève échéance.
Vous ambitionnez également de diffuser l'ouvrage dans l'espace Schengen. Pourquoi cette démarche ?
En ma qualité d'autrice franco-sénégalaise, traiter de la diffusion dans l'espace Schengen s'inscrit dans une logique cohérente. Le récit, bien au-delà du seul contexte africain, explore les trajectoires d'individus aspirant à s'installer dans les pays de l'Union européenne. Je n'identifie aucun obstacle à l'accomplissement de cette mission et je reste convaincue que cet ouvrage bénéficiera d'un accueil favorable et bienveillant de la part du public.









