Le 3 novembre 2026, l'Assemblée nationale a rejeté le projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026. Une décision politique majeure, mais une séquence parlementaire qui laisse plusieurs questions en suspens.
Adoptée par 109 voix contre 20 et trois abstentions, la question préalable a mis fin à l'examen du projet de loi n° 40/2026, sans véritable débat général sur son contenu.
Les députés avaient-ils le droit de rejeter ce texte ? Absolument. Mais pouvaient-ils se dispenser d'expliquer aux Sénégalais les raisons d'une décision qui engage directement les finances publiques et l'avenir économique du pays ?
C'est toute la question.
Un rejet qui intervient dans un climat de tensions
Le processus d'examen de la LFR avait déjà été marqué par des désaccords au sein de la commission des finances. Après deux rejets, le gouvernement avait obtenu, le 27 octobre, un renvoi du texte en commission afin de poursuivre les discussions.
Les divergences portaient notamment sur les subventions énergétiques, les dépenses sociales, les investissements publics, la dette et certains audits.
En séance plénière, la controverse s'est accentuée autour du rapport de la commission. Le ministre des Finances, Cheikh Diba, a contesté certains éléments du document présenté. Des députés ont également évoqué une possible altération du rapport.
Ces accusations, qui nécessitent des vérifications indépendantes, auraient mérité des éclaircissements publics. La transparence sur les documents et les travaux de la commission apparaît aujourd'hui indispensable.
L'absence du président de l'Assemblée nationale interpelle
Autre fait marquant : l'absence d'Ousmane Sonko, président de l'Assemblée nationale, au perchoir lors de cette séance décisive. Les travaux ont été dirigés par le premier vice-président, Malick Ndiaye.
Si cette suppléance est prévue par le règlement intérieur, la présence du président de l'institution aurait pu revêtir une portée symbolique particulière dans un contexte de tensions institutionnelles.
Le rôle du leadership parlementaire ne se limite pas au respect des procédures. Il consiste également à garantir les conditions d'un débat contradictoire et à préserver la crédibilité de l'institution.
Les économies annoncées méritaient un véritable examen
La rationalisation des agences et structures parapubliques constituait également un enjeu important de cette loi de finances.
Le 4 mars 2026, le Conseil des ministres avait annoncé un programme portant sur 19 entités proposées à la suppression et 10 autres appelées à être repositionnées. Les économies nettes envisagées étaient estimées à 55 milliards de FCFA sur trois ans.
Ces annonces soulevaient pourtant plusieurs questions : quelles économies ont réellement été réalisées ? Quels coûts accompagnent ces restructurations ? Quelles conséquences pour les services publics et les ressources humaines ?
Autant de sujets qui auraient mérité une évaluation parlementaire approfondie.
Derrière les chiffres, les préoccupations des Sénégalais
Une loi de finances rectificative ne concerne pas uniquement les spécialistes des finances publiques.
Elle touche directement aux investissements de l'État, aux subventions énergétiques, aux dépenses sociales et au financement des services publics.
Le gouvernement doit expliquer ses choix et répondre aux interrogations. Le Parlement doit exercer pleinement sa mission de contrôle.
Mais lorsque l'examen d'un texte s'arrête avant le débat sur le fond, les citoyens perdent l'occasion de comprendre les divergences et d'évaluer les arguments des différentes parties.
Le Parlement doit être à la hauteur de ses responsabilités
Le rejet de la LFR 2026 peut être défendu comme un choix politique. Mais il ne doit pas faire oublier les exigences de responsabilité et de transparence qui accompagnent le mandat parlementaire.
Il ne s'agit pas de demander aux députés d'approuver systématiquement les propositions du gouvernement. Il s'agit d'exiger qu'ils examinent les textes, confrontent les arguments et expliquent leurs décisions.
Les Sénégalais n'ont pas élu leurs représentants pour assister à des rapports de force politiques. Ils les ont élus pour défendre leurs intérêts, contrôler l'utilisation des ressources publiques et participer à la construction de l'avenir national.








