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Kolda : Dans l'enfer de l'enclavement, quand rompre le jeûne coûte 40 kilomètres d'efforts


Rédigé le Vendredi 13 Mars 2026 à 13:25 | Lu 62 fois | 0 commentaire(s)




Pendant que la fraîcheur relative accompagne le jeûne à Dakar, la situation est bien différente dans plusieurs villages isolés de la région de Kolda, au cœur du Fouladou. Dans ces localités éloignées des centres urbains, les populations vivent le mois de Ramadan sous une chaleur accablante qui dépasse souvent les 40°C. L’absence d’électricité et l’enclavement des marchés rendent les conditions de rupture du jeûne particulièrement éprouvantes. Pour se procurer du pain, de la glace ou simplement de l’eau fraîche, certains habitants doivent parcourir jusqu'à 40 kilomètres. Entre chaleur suffocante, précarité et manque d’infrastructures de base, ils vivent un Ramadan marqué par la fatigue, la soif et un profond sentiment d’isolement.

Alors qu’à Dakar, les températures relativement clémentes permettent parfois de jeûner sans grande difficulté, la réalité est tout autre au sud du Sénégal. Dans cette partie du Fouladou, la chaleur écrasante transforme le mois béni en une véritable épreuve pour de nombreuses populations rurales. Dans des villages comme Saré Koubé, Saré Sissao ou encore Sinthiang Bouré, l’absence d’électricité complique tout : impossible de conserver de l’eau fraîche, de produire de la glace ou d’avoir accès facilement au pain pour rompre le jeûne.

Saré Koubé : parcourir des kilomètres pour une simple glace

À Saré Koubé, un village de 300 habitants situé à près de 25 kilomètres de Kolda, la chaleur est accablante. À l’heure de l’iftar, moment tant attendu après une longue journée, beaucoup de familles n'ont ni eau fraîche ni glace pour se rafraîchir.

Quelques habitants tentent de pallier ce manque en se lançant dans la vente de glace, mais l’activité relève de l’exploit. À moto ou à bord de mototaxis, ils parcourent plusieurs dizaines de kilomètres pour se rendre à Kolda. Ils y achètent la glace entre 100 et 150 FCFA l’unité avant de revenir la revendre entre 300 et 350 FCFA au village. Un prix prohibitif que peu de familles peuvent se permettre.

Abdoulaye Talibé, habitant du village, raconte avec amertume ce quotidien : « En ce mois de Ramadan, la chaleur est très forte ici à Kolda. Après une journée de jeûne, notre seul souhait est de boire un peu d’eau fraîche. Mais c’est presque impossible sans électricité. Vendre une simple glace à 350 FCFA à quelqu’un qui peine déjà à acheter du pain, c’est un luxe. » Il ajoute : « Beaucoup de familles n’ont pas le choix : elles achètent du pain et renoncent à la glace. Nous rompons donc le jeûne avec de l’eau chaude malgré la canicule. On a vraiment l’impression d’être oubliés, comme si notre village ne faisait pas partie du Sénégal. »

Le transport représente aussi un obstacle majeur. Ceux qui ne possèdent pas de moto doivent parfois payer jusqu’à 6 000 FCFA pour acheminer la glace depuis la ville. Malgré ces sacrifices, la marchandise fond souvent avant d’arriver à destination.

L’eau : un autre combat quotidien

À Saré Koubé, le manque d’électricité n’est qu’une partie du problème. L’accès à l’eau potable constitue lui aussi une épreuve permanente. Les populations dépendent de quelques puits insuffisants et souvent éloignés. Chaque jour, la corvée d’eau repose sur les femmes.

« Nos femmes souffrent énormément. Très tôt le matin ou tard le soir, elles partent à la recherche du précieux liquide. Elles marchent des kilomètres, certaines avec leurs bébés au dos et de lourdes bassines sur la tête. C’est épuisant, surtout en période de jeûne », témoigne Abdoulaye Talibé avec émotion. « Elles passent des heures à attendre leur tour aux puits. Nous demandons aux autorités de nous aider à avoir de l’eau et de l'électricité, car nous faisons partie intégrante du Sénégal. »

Même réalité à Saré Sissao

À 37 kilomètres de Kolda, à Saré Sissao, la situation est identique. Mamadou Salif Baldé, chef du village de Mballo Kounda, exprime une profonde lassitude : « La chaleur est insupportable. Boire de l'eau fraîche est devenu un rêve ici. À 350 FCFA la glace, beaucoup de foyers à faibles revenus se résignent à rompre le jeûne à l'eau tiède. »

Pour ce village qui existe depuis près de 30 ans, le manque d'infrastructures pèse lourdement. « Nous sommes environ 300 habitants et nous n’avons toujours pas d’électricité. Nous demandons simplement aux autorités de penser à nous pour vivre dignement comme les autres Sénégalais », déplore-t-il.

À Sinthiang Bouré : 40 kilomètres pour un morceau de pain

À Sinthiang Bouré, dans la commune de Koulinto, l’enclavement rend même l’accès au pain incertain. Ibrahima Diamé, enseignant dans la localité, décrit la précarité : « Pour manger du pain ou avoir de la glace, il faut parcourir 40 kilomètres. Parfois, nous attendons les vendeurs, mais ils ne viennent pas à cause du mauvais état des routes. 

Il conclut : « Nous n’avons d’autre choix que de rompre le jeûne sans pain et sans eau fraîche. Sous cette chaleur, c’est un calvaire pour tout le monde. L’accès à l’électricité, à l’eau et à de meilleures routes changerait radicalement nos vies. »

Entre faim, soif et chaleur

Dans ces villages isolés du Fouladou, rompre le jeûne devient un défi logistique et financier. Faute d’électricité, le pain et l’eau fraîche sont devenus des produits de luxe. La pauvreté contraint les familles à des choix impossibles entre se nourrir et se rafraîchir. Ici, l’électricité et l’eau potable ne sont pas de simples commodités, mais des droits essentiels dont l'absence fragilise chaque jour un peu plus le tissu social.




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