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Kiraay, Pastef et les autres : Boubacar Mohamed Racine Sy livre sa lecture de la recomposition politique


Rédigé le Lundi 27 Juillet 2026 à 22:49 | Lu 67 fois | 0 commentaire(s)




Le lancement officiel de Kiraay, la nouvelle formation politique portée par le Président de la République Bassirou Diomaye Diakhar Faye, continue de susciter débats et interrogations au sein de la classe politique sénégalaise. Dans une contribution, le juriste et écrivain Boubacar Mohamed Racine Sy propose une analyse de cette nouvelle séquence politique et de ses implications pour Kiraay, le Pastef et l’ensemble de la classe politique.

 

D’emblée, l’élu local à la commune de Patte d’Oie estime que la naissance de Kiraay « marque assurément un tournant dans la vie politique sénégalaise ». Toutefois, selon lui, cette création ne constitue pas une rupture soudaine, mais plutôt « l’aboutissement d’une évolution perceptible depuis plusieurs mois ».

À l’en croire, les réaménagements intervenus au sein de l’appareil d’État, les mouvements observés dans la majorité ainsi que les nombreux ralliements enregistrés ces dernières semaines laissaient déjà entrevoir la volonté du chef de l’État de se doter de son propre instrument politique.

« Dans toute démocratie, un président aspire naturellement à s’appuyer sur une organisation capable de porter son projet, de défendre son action et de préparer les échéances électorales », écrit-il. Pour lui, « gouverner exige certes des institutions solides, mais aussi une force politique structurée ».

Cependant, Boubacar Mohamed Racine Sy appelle à ne pas réécrire l’histoire politique récente du Sénégal. Il rappelle que si Bassirou Diomaye Faye est aujourd’hui président de la République, c’est parce qu’il a bénéficié de la confiance d’une majorité de Sénégalais, mais aussi d’une dynamique politique portée principalement par Ousmane Sonko.

« Empêché de briguer la magistrature suprême, il a porté la candidature de son compagnon de lutte et mobilisé son appareil politique pour convaincre ses militants de faire de cette candidature leur propre combat », souligne-t-il.

Pour l’auteur, le slogan « Diomaye mooy Sonko » traduisait « une réalité politique incontestable ». La victoire de 2024, estime-t-il, est donc « celle d’un homme, certes, mais aussi d’un parti, d’une organisation et d’un engagement collectif ».

« Le Pastef est une véritable machine électorale »

C’est précisément cette réalité qui, selon lui, explique les débats suscités par la naissance de Kiraay. « En politique, il existe une différence fondamentale entre exercer le pouvoir et disposer d’une véritable machine électorale », fait-il remarquer.

Boubacar Mohamed Racine Sy rappelle d’ailleurs avoir attiré l’attention sur cette question dès les élections législatives. Il estime qu’en laissant à Ousmane Sonko la responsabilité de conduire la confection des listes, le président Bassirou Diomaye Faye ne semblait pas encore mesurer la nécessité de se doter d’un appareil politique propre.

« Le Pastef, parti majoritaire et véritable machine électorale du pouvoir, avait un autre président que le chef de l’État lui-même », écrit-il, soutenant que cette dualité institutionnelle et partisane pouvait, à terme, créer des tensions.

Le juriste considère par ailleurs que le Pastef ne s’est pas construit en quelques mois. « Ce parti s’est construit au fil des années, dans l’opposition radicale, par un travail d’implantation et de présence sur le terrain. Une telle organisation ne s’improvise pas », analyse-t-il.

Mais il se montre également critique à l’égard du parti au pouvoir. « Le Pastef a bercé les Sénégalais d’illusions bien éloignées de la réalité », affirme-t-il, estimant que le parti a « nourri l’imaginaire populaire de promesses et de récits coupés des faits ».

Le défi de Kiraay : devenir un parti durable

Revenant sur la nouvelle formation politique, Boubacar Mohamed Racine Sy pense que Kiraay devra relever un défi majeur : « transformer un parti présidentiel en un parti durable ».

Il appelle notamment à une ouverture politique maîtrisée. « Aucun parti ne peut prétendre gouverner durablement en restant enfermé sur lui-même », rappelle-t-il. Toutefois, il invite les responsables de Kiraay à faire preuve de discernement dans le choix des ralliements.

« Tous les ralliements ne procèdent pas des mêmes convictions. Certains traduisent une adhésion sincère à un projet. D’autres peuvent être inspirés par les circonstances ou par la proximité du pouvoir », analyse-t-il.

Selon lui, l’histoire politique sénégalaise enseigne qu’« additionner des responsables politiques ne signifie pas additionner des électeurs ».

« Un maire peut changer de parti sans que son électorat le suive. Un responsable peut rallier une nouvelle formation sans emporter avec lui la confiance populaire », souligne-t-il.

Pour l’auteur, le véritable chantier de Kiraay sera donc son implantation sur l’ensemble du territoire national, la formation de cadres, l’organisation d’une véritable vie militante et la construction d’une identité politique propre.

« Un parti ne se mesure pas seulement à la qualité de ses dirigeants. Il se mesure surtout à la profondeur de son enracinement », tranche-t-il.

« Conquérir le pouvoir est une chose. L’exercer en est une autre »

  

Dans sa contribution, Boubacar Mohamed Racine Sy revient également sur une déclaration du président de la République : « J’ai compris que quand on est opposant, on n’est responsable de rien en aucune façon. J’ai compris aussi que lorsqu’on exerce le pouvoir, on est responsable de tout et de toute façon. »

Une déclaration qui, selon lui, résume « l’une des plus grandes vérités de la vie publique ».

« L’opposition et le pouvoir obéissent à des logiques différentes. Lorsque l’on gouverne, les contraintes budgétaires, diplomatiques, sociales et institutionnelles imposent des arbitrages que l’opposition ne perçoit pas toujours », analyse-t-il.

Pour le juriste, cette réflexion dépasse le seul cas du président Bassirou Diomaye Faye et devrait servir de leçon à tous ceux qui ambitionnent d’accéder aux responsabilités.

« Conquérir le pouvoir est une chose. L’exercer en est une autre », écrit-il, dans une invitation adressée également aux opposants à mesurer leurs propos.

« La confiance populaire ne se décrète jamais »

En conclusion, Boubacar Mohamed Racine Sy estime que la naissance de Kiraay doit ouvrir une réflexion plus large sur l’avenir de la démocratie sénégalaise.

« Depuis une décennie, le débat politique sénégalais semble s’organiser autour des mêmes acteurs, des mêmes confrontations et, parfois, des mêmes méthodes », constate-t-il.

Pour lui, malgré les recompositions, les alliances et les changements de camp, les préoccupations des citoyens restent les mêmes : « l’emploi, l’école, la santé, la justice, le pouvoir d’achat et la qualité de la gouvernance ».

Le Sénégal, estime-t-il, n’a donc pas seulement besoin de nouveaux partis, mais « d’un renouvellement permanent des idées, des pratiques et de la culture politique ».

« Les citoyens attendent moins une alternance d’étiquettes qu’une amélioration tangible de leurs conditions de vie », soutient-il.

En définitive, conclut Boubacar Mohamed Racine Sy, « les partis se créent, les alliances se nouent et se dénouent, les rapports de force évoluent ». Mais une réalité demeure, selon lui : « la confiance populaire ne se décrète jamais. Elle se conquiert, se mérite et se préserve ».

C’est cette confiance, conclut-il, qui déterminera l’avenir de Kiraay, du Pastef et de l’ensemble des formations politiques sénégalaises.



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