Être bienveillant ne signifie pas s'effacer ou tout accepter. À l'occasion de la Journée internationale de la gentillesse, ce 3 novembre, la coach professionnelle Awa Ly Ndiaye décrypte dans un entretien sans concession les pièges de la générosité mal placée. Management bienveillant sans faiblesse, gestion des relations toxiques en couple, peur de dire non et reconquête de l'estime de soi : elle livre les clés indispensables pour réconcilier bonté, discernement et fermeté au quotidien.
La gentillesse ne devrait jamais être synonyme d’effacement de soi. C’est le regard que porte Awa Ly Ndiaye, coach professionnelle certifiée en leadership personnel et en intelligence relationnelle, sur cette qualité qui façonne les rapports humains, mais dont les limites restent parfois difficiles à établir. À l’occasion de la Journée internationale de la gentillesse, elle aborde les exigences de la bienveillance dans le management, les relations de couple et la vie quotidienne, tout en soulignant l’importance de savoir dire non, de préserver son estime de soi et de ne pas confondre générosité et acceptation de l’irrespect.
Seneweb : Comment définiriez-vous la véritable gentillesse et quelle place occupe-t-elle aujourd'hui dans notre société ?
Awa Ly Ndiaye : La véritable gentillesse, c'est la considération que l'on accorde à l'autre, sans nécessairement attendre quelque chose en retour. Elle se manifeste dans notre manière d'écouter, de répondre et de traiter les personnes avec lesquelles nous ne sommes pas forcément d'accord. Aujourd'hui, on parle beaucoup de savoir s'imposer, mais pas suffisamment de la manière dont nous faisons sentir aux autres qu'ils comptent. Pourtant, cette considération change profondément la qualité de nos relations.
La gentillesse dans la vie professionnelle
Comment la bienveillance peut-elle aider à gérer des collaborateurs considérés comme difficiles ?
Avant de qualifier quelqu'un de difficile, il faut chercher à comprendre ce qui complique la collaboration. Est-ce une consigne mal comprise, une difficulté réelle ou un comportement récurrent ? Il faut ensuite écouter, clarifier les attentes et assurer le suivi des engagements. La bienveillance permet de recadrer sans humilier. Mais lorsqu'une personne ne respecte pas ses engagements, elle permet également de prendre une décision ferme, tout en préservant le respect.
Comment réagir lorsque sa gentillesse est perçue comme un manque de caractère ou que l'on se sent exploité ?
Il faut apprendre à exprimer ce qui ne convient plus, avant d'atteindre l'épuisement ou d'en arriver à une réaction excessive. On peut, par exemple, faire comprendre à son interlocuteur que l'on est disposé à l'aider sur un point précis, sans pour autant pouvoir tout prendre en charge. Mais il ne suffit pas d'exprimer cette limite : il faut aussi la maintenir. On n'a pas besoin de devenir agressif pour être pris au sérieux. Une parole calme, claire et suivie d'actes peut avoir beaucoup de poids.
Peut-on réussir professionnellement sans renoncer à sa bienveillance ?
Absolument. C'est même une manière de diriger à laquelle je tiens particulièrement. On peut être accessible, à l'écoute de ses collaborateurs et maintenir des exigences élevées. Il est possible de refuser une demande ou de prendre une décision impopulaire tout en respectant la personne concernée. À mes yeux, l'autorité se construit à travers la clarté des décisions, la cohérence et la justice. Les collaborateurs doivent pouvoir travailler avec leur responsable sans avoir peur de lui.
La gentillesse dans le couple
Jusqu'où les blessures personnelles d'un partenaire peuvent-elles justifier des comportements toxiques ou irrespectueux ?
Les blessures d'une personne méritent d'être entendues et prises en considération. Toutefois, elles ne lui donnent pas tous les droits sur son partenaire. Dans un couple, chacun reste responsable de ses paroles, de ses gestes et du travail qu'il accepte de faire sur lui-même. Aimer quelqu'un ne signifie pas avoir la capacité de le réparer à sa place. Lorsqu'il y a de la violence ou de la peur, la priorité doit être de se protéger et de chercher du soutien.
Pourquoi certaines personnes finissent-elles par pardonner constamment les mêmes erreurs dans leur couple ?
Il arrive que l'on reste attaché à ce que l'on espère encore construire avec l'autre. Il y a l'amour, l'histoire commune, les enfants, les promesses et parfois la peur de partir. Il faut donc beaucoup de délicatesse avant de porter un jugement sur une personne qui choisit de rester. Cependant, une question essentielle mérite d'être posée : après les excuses, qu'est-ce qui change réellement ? Le pardon, la confiance et la poursuite de la relation sont trois décisions différentes.
Comment réinstaurer des limites dans un couple où l'on finit par être considéré comme acquis ?
Il faut commencer par rendre visibles les choses qui, avec le temps, sont devenues automatiques : sa disponibilité, ses efforts et ses concessions. Il est important de pouvoir exprimer ce que l'on peut faire, ce qui nous pèse et ce dont on a besoin. Ensuite, les partenaires doivent s'accorder sur des changements concrets et observer s'ils sont effectivement respectés. Les années passées ensemble ne retirent à personne le droit d'exprimer ses besoins ou de fixer des limites.
La gentillesse dans la vie quotidienne
Que vous inspire l'expression « Trop bon, trop con » ?
J'y entends surtout la déception de personnes qui ont parfois été blessées par leur générosité. Il est vrai que certains profitent de la bonté des autres. Mais rendre la gentillesse responsable de leur comportement, c'est lui faire un mauvais procès. On peut apprendre à mieux choisir à qui donner, dans quelles conditions et jusqu'où aller. La gentillesse doit s'accompagner de discernement. Ce serait dommage que les déceptions nous conduisent à renoncer à une aussi belle qualité.
Pourquoi est-il parfois si difficile de dire non ?
Parce que refuser une demande peut donner l'impression de risquer l'affection, la reconnaissance ou même sa place dans une relation. Lorsqu'on a appris qu'être une bonne personne consiste à toujours arranger les autres, dire non peut presque sembler fautif. On finit alors par accepter, même lorsqu'on est fatigué ou contrarié. Le véritable travail commence lorsqu'on reconnaît que ses propres besoins sont tout aussi légitimes que ceux des autres.
Comment poser ses limites sans culpabiliser ni devenir méfiant envers les autres ?
On peut commencer par s'accorder un délai avant de répondre à une sollicitation. Dire, par exemple, que l'on va réfléchir à ce que l'on peut faire avant de donner sa réponse permet d'éviter les engagements pris trop rapidement. Il faut ensuite apprendre à refuser simplement, sans ressentir le besoin de se justifier interminablement. La culpabilité peut être présente au début, mais elle ne signifie pas nécessairement que l'on a mal agi. Quant à la confiance, elle peut se construire progressivement, en observant la manière dont les autres respectent nos limites.
Quel conseil donneriez-vous à une personne qui se sent régulièrement déçue à cause de sa gentillesse ?
Je lui dirais de ne pas se reprocher d'avoir eu de bonnes intentions. Il faut prendre le temps de réfléchir aux personnes auxquelles on donne, à ce que cela nous coûte et à la manière dont nous sommes traités en retour. On peut rester généreux tout en devenant plus attentif à soi-même. On a également le droit de se retirer d'une relation qui nous abîme. Notre gentillesse a de la valeur. Nous n'avons pas besoin de souffrir pour la prouver.







