Le Sénégal ne figure pas parmi les huit pays africains les mieux préparés à accueillir des services d’externalisation liés à l’intelligence artificielle (IA). Pourtant, deux pays de la CEDEAO apparaissent dans ce classement établi par Ataraxis, une société américaine spécialisée dans l’externalisation et le recrutement de talents à l’échelle mondiale.
Relayé par Agence Ecofin, le Global Outsourcing AI Readiness Index évalue le niveau de préparation des 25 principales destinations mondiales de l’externalisation identifiées dans l’édition 2026 du Global Outsourcing Talent Index d’Ataraxis.
Le classement place l’Afrique du Sud en tête en Afrique et à la 8e place mondiale. Derrière suivent l’Égypte, le Nigeria, le Kenya, le Maroc, le Ghana, l’Ouganda et l’Éthiopie. Selon Ecofin, le classement mesure quatre sous-indices, à savoir l’adoption de l’IA par la population, la maîtrise de l’IA par les employés, l’adoption de l’IA par les entreprises et les parcours de formation en IA.
Au vu de ces indicateurs, il n’est pas surprenant que le Sénégal soit absent de la liste des destinations les mieux préparées. Au pays de la Téranga, la maîtrise de l’IA par les employés n’est pas la chose la mieux partagée. Il y a très peu d’accompagnement des travailleurs de la part des entreprises. L’adoption de l’IA est encore très timide du côté des entreprises.
Quant aux parcours de formation à l’IA, ils doivent être à leurs débuts, si tant est qu’ils existent. D’ailleurs, dans les universités, on est davantage dans la théorie sur l’IA que dans la pratique. Faut-il l’adopter ? Avec quel code ? Jusqu’à quel niveau ? L’aspect pratique reste toutefois très peu enseigné. C’est plutôt une question de curiosité personnelle, même si quelques initiatives débutent timidement.
A l’étape de la réflexion
Ce n’est qu’en 2023 que le Sénégal s’est doté d’une stratégie nationale et d’une feuille de route articulées autour de six orientations. En bref, il s’agissait, entre autres, de « renforcer et démultiplier les compétences en sciences des données et en IA, notamment chez les jeunes et les femmes », de « développer la recherche, l’innovation, les transferts de technologies et l’entrepreneuriat en sciences des données et en IA… », et de créer une « équipe nationale IA » en mettant en synergie les acteurs publics, privés et la société civile.
Plus récemment, les 1er et 2 juillet 2026, le ministère des Télécommunications et du Numérique a convié l’administration publique, les universités, le secteur privé et d’autres partenaires afin de définir les priorités quant à l’utilisation de l’IA et des données.
Bref, le Sénégal est à la phase de réflexion, comme l’indique un rapport de l’Unesco publié en 2025 et portant sur l’évaluation de l’état de préparation du pays à l’utilisation de l’intelligence artificielle. Pour l’instant, Dakar se penche sur le cadre normatif, faisant de l’éthique « un point central », plutôt que sur la mise en place d’un écosystème favorable. Un comité d’éthique devrait d’ailleurs être mis en place.
Une approche normative
D’où l’inquiétude de l’Unesco quant à la nécessité de trouver un point d’équilibre. « Trop de réglementation pourrait étouffer l’innovation, tandis qu’un manque de réglementation pourrait entraîner des problèmes de sécurité et de responsabilité », souligne le rapport.
Pour l’instant, souligne l’Unesco, « les cas d’usage prioritaires identifiés sont : la traduction par commande vocale entre le français et le wolof ainsi qu’entre les langues locales (inclusivité) ; l’aide au diagnostic médical à distance ; la mobilité des personnes ; la prédiction et la prévention des risques naturels (inondations, submersion...) ; les smart grids(optimisation du réseau d’énergie) ».
Cependant, l’Unesco relève des « obstacles majeurs » à l’utilisation de l’IA. Le premier est lié aux doublons institutionnels. « Des initiatives répétées, portées par différentes structures gouvernementales ou entités, peuvent entraver la cohérence et la coordination dans la mise en place de réglementations et de politiques sur l’IA. » À cela s’ajoutent les considérations politiques et, surtout, la lenteur bureaucratique face à la vitesse d’évolution de l’IA.
Le deuxième obstacle est relatif à un déficit de compétences en IA. Le troisième concerne l’implication du secteur privé. « L’implication du secteur privé peut introduire des intérêts commerciaux concurrents dans le processus d’élaboration de réglementations, ce qui peut parfois rendre difficile la création de politiques équilibrées et objectives. »
Au vu de tout ce qui précède et du niveau d’adoption encore assez faible, le Sénégal est loin de figurer parmi les meilleurs élèves en Afrique en matière d’intelligence artificielle.






