Le contraste est saisissant dans le paysage éducatif de la région. D'un côté, l'université Souleymane Niang est désormais une réalité visible avec ses 27 bâtiments érigés sur un domaine de 70 hectares. De l'autre, à seulement quelques kilomètres de là, l'Institut supérieur d'enseignement professionnel (ISEP) s'enlise dans un fâcheux piétinement. Si la région dispose enfin de son université, son institut professionnel moderne s'apparente toujours à une illusion d'optique chiffrée à 16 milliards de francs CFA.
Huit mois après une visite ministérielle très médiatisée, le constat reste désolant : aucun pieu n'est sorti de terre et le site offre le spectacle d'une étendue désertique. Ce chantier à l'arrêt s’éternise depuis 2021, alors même que le projet, initialement annoncé en 2012 lors du Conseil des ministres décentralisé, devait impérativement être livré au plus tard en octobre 2025.
Des promesses de résiliation restées sans suite
En janvier 2026, le ministre des Infrastructures, Déthié Fall, s'était rendu sur place pour constater l'ampleur des retards. L'entreprise adjudicataire n'avait alors même pas achevé les travaux de fondation, rejetant la responsabilité de ce naufrage logistique sur un sous-traitant jugé défaillant.
Face à cette situation, le ministre avait brandi une deuxième mise en demeure à caractère sommatoire : « Si l'entreprise ne peut pas exécuter le contrat, nous résilions et nous engageons un autre prestataire. L'État n'attend pas. » Pourtant, huit mois après cette mise en garde, le statu quo demeure inchangé et les chantiers restent déserts, suscitant une vive exaspération au sein de la population locale.
Des loyers étouffants pour un institut itinérant
Dans la région, le doute s'installe durablement. Une même interrogation revient sur toutes les lèvres : l'ISEP de Matam sortira-t-il un jour de terre ou demeurera-t-il un projet fantôme accumulant quatorze années de promesses non tenues ?
Pendant ce temps, l'établissement fonctionne dans une précarité institutionnelle. Bien que plusieurs promotions aient déjà été diplômées, les cours sont dispensés dans des locaux privés pris en location. Une situation d'emprunt dont le coût financier pèse excessivement sur le budget de fonctionnement de l'institut, au détriment des investissements pédagogiques.








