Avoir un parent condamné à perpétuité, c'est comme un décès. » Derrière les murs des pénitenciers, ce ne sont pas seulement les détenus qui purgent une peine. Leurs familles vivent également une forme d'enfermement, marquée par la douleur, l'absence, le regard pesant des autres et l'espoir souvent fragile d'un avenir meilleur.
À Thiès, Astou connaît ce calvaire depuis huit ans. Son fils Aliou, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour assassinat, est devenu le centre d'une souffrance qui frappe toute la famille. Chaque visite en prison est un mélange d'attente anxieuse et de profonde tristesse. Quelques minutes de conversation suffisent à raviver les blessures d'une mère qui compare cette condamnation à un deuil sans fin.
« Depuis sa condamnation, notre famille vit un véritable calvaire », confie-t-elle. Entre la disparition récente du père d'Aliou, l'angoisse permanente de ses proches et la détresse de ses propres enfants, la sanction semble avoir débordé largement le cadre purement judiciaire.
Un deuil qui ne dit pas son nom
La même souffrance habite Lamine, dont le frère Omar purge une peine à perpétuité pour association de malfaiteurs, tentative d'assassinat et vol avec violences. Malgré les apparences, il dit vivre avec une douleur constante. Les visites hebdomadaires à la maison d'arrêt sont devenues un devoir familial rigoureux, alors que leur mère, incapable de supporter la vue de son fils derrière les barreaux, a dû se résoudre à ne plus s'y rendre.
Pour Lamine, l'incarcération de son frère est aussi le résultat d'un désespoir social. Le chômage, la précarité et l'échec des projets d'émigration clandestine auraient largement contribué à le pousser vers l'irréparable. Un drame qui continue de peser sur toute la lignée.
Une souffrance psychologique souvent méconnue
Pour le sociologue et psychologue Dr Abdoukhadre Sanoko, l'incarcération d'un proche, surtout lorsqu'elle revêt un caractère définitif, provoque un profond traumatisme chez les parents. « Certains proches ne supportent pas le choc. Ils perdent l'appétit, refusent de s'hydrater correctement et sombrent dans une profonde détresse. C'est un véritable sentiment d'impuissance qu'ils ressentent », explique-t-il.
Selon le spécialiste, les visites au parloir jouent un rôle essentiel. « Elles ne suppriment pas la souffrance, mais elles permettent de maintenir les liens sociaux et affectifs. Ces quelques minutes d'échange empêchent le détenu et sa famille de mourir socialement. »
Le chercheur souligne également le poids écrasant du regard extérieur. « Au-delà de la condamnation, les proches doivent affronter au quotidien les jugements, les critiques et parfois le rejet de la société. Cette double peine est extrêmement difficile à supporter. »
Le poids de la honte et l'éclatement des foyers
Cette réalité, Fatou la vit dans le mutisme le plus total. Depuis l'incarcération de son fils, elle évite soigneusement d'aborder le sujet avec son entourage, de peur d'être stigmatisée. Comme beaucoup de mères de détenus, elle ressent une honte viscérale qui s'ajoute à son chagrin.
De son côté, Sophie raconte que sa vie a complètement basculé depuis l'emprisonnement de son fils, Birane Ndiaye. « Je vis au jour le jour. Je n'ai plus aucun projet. Chaque visite à la prison est une épreuve physique et, après, je passe des nuits atroces. Voir mon fils derrière les barreaux me paraît encore irréel », confie-t-elle.
La lourdeur de cette condamnation a même provoqué l'éclatement de la cellule familiale. L'épouse de Birane a fini par demander le divorce et quitter le domicile. « Je ne peux pas lui en vouloir. C'était devenu trop difficile pour elle », reconnaît tristement Sophie.
Si les détenus purgent leur peine derrière les barreaux, leurs proches, eux, vivent au quotidien une autre forme d'enfermement. Entre détresse morale, isolement social et l'espoir infime d'une grâce présidentielle future, ces familles portent, elles aussi, le fardeau d'une condamnation qui bouleverse toute une existence.








