Le Sénégal peine à convertir sa jeunesse en levier de croissance économique. Selon les derniers rapports de suivi du dividende démographique, l'indice national s'établit à 48,3 %, en dessous du seuil requis de 50 %. Ce résultat masque de profondes fractures territoriales : si Dakar, Thiès et Ziguinchor s'en sortent, la région de Matam s'effondre avec un score critique de 9,7 %. Entre une dépendance économique qui s'étire jusqu'à 29 ans et le plaidoyer pour un plan d'urgence dans le Nord, experts et autorités appellent à une réforme profonde de la formation professionnelle et de l'emploi.
Avec un indice national de 48,3 %, le Sénégal peine encore à transformer son potentiel démographique en véritable richesse économique. Alors que Dakar, Thiès et Ziguinchor dépassent la barre symbolique des 50 %, la région de Matam décroche dangereusement, relançant avec acuité le débat sur les inégalités territoriales et l'urgence de l'emploi des jeunes.
Le Sénégal est encore loin d'exploiter pleinement l'opportunité économique offerte par sa structure démographique. Avec un indice de suivi du dividende démographique (DDMI) établi à 48,3 %, le pays demeure sous le seuil critique des 50 %, considéré comme le minimum requis pour tirer profit du capital humain national. Derrière cette moyenne nationale se dissimulent de profondes disparités régionales. Matam, avec un score particulièrement famélique de 9,7 %, s'impose comme l'un des territoires les plus vulnérables du pays. Ce constat préoccupant a été mis en lumière lors de l'atelier de restitution des rapports de suivi du dividende démographique aux niveaux national et régional, couvrant Dakar, Kaolack, Diourbel et Thiès.
Intervenant lors des travaux, Abou Bâ, chef de la Division population à la Direction du développement du capital humain (DDCH), a détaillé les contraintes liées au fardeau de la dépendance économique. Selon les données présentées, un Sénégalais demeure économiquement dépendant jusqu'à l'âge de 29 ans en moyenne. La population active ne jouit d'une période d'autonomie financière qu'entre 30 et 61 ans, avant de retomber sous la coupe de la dépendance à partir de 62 ans. En clair, seule la tranche des 30-61 ans supporte l'ensemble de la charge économique des autres catégories de la population.
Cette configuration pose avec acuité la question de l'insertion précoce et qualifiante des jeunes dans le circuit productif. Pour Abou Bâ, la réponse réside impérativement dans une restructuration du système éducatif axée sur les compétences professionnelles. Le responsable préconise notamment d'accélérer la formation professionnelle dès l'obtention du Brevet d'fin d'études moyennes (BFEM), afin de réduire la période d'inactivité et de hâter l'autonomie financière des jeunes diplômés.
Matam : L'urgence d'un programme spécial de développement
C'est toutefois la trajectoire de Matam qui suscite les plus vives inquiétudes. Avec un DDMI cantonné à 9,7 %, le Nord enregistre un retard abyssal face aux pôles de Dakar, Thiès et Ziguinchor, qui franchissent tous la barre des 50 %. Cette contre-performance traduit l’incapacité chronique des revenus du travail locaux à couvrir les besoins de consommation courante des ménages. Pour le chef de la Division population, Matam requiert d'urgence un programme spécial de développement territorialisé pour combler son déficit d'infrastructures.
La situation apparaît d'autant plus paradoxale que la région de Matam regorge de ressources naturelles et agro-pastorales de premier ordre, notamment des gisements de phosphates, un potentiel laitier considérable et une importante production maraîchère. Abou Bâ plaide ainsi pour le déploiement d'une véritable politique d'industrialisation et de transformation locale des matières premières. Une telle orientation permettrait de générer des emplois durables, de booster les revenus des ménages et de renforcer l'autonomie économique des populations locales.
Un potentiel humain à transformer d'urgence en leviers de croissance
Présidant la cérémonie d'ouverture au nom du ministre de l'Économie, des Finances et du Plan, le préfet du département de Pikine, Hamdy Mbengue, a rappelé que le dividende démographique ne saurait constituer un dividende automatique. Sa captation dépend exclusivement de la capacité des pouvoirs publics à convertir la transition démographique en moteur de croissance, grâce à des investissements massifs dans l'éducation, la santé et l'emploi. L'autorité administrative a également insisté sur les défis vertigineux de la région de Dakar, confrontée à une urbanisation galopante, une forte concentration de jeunes en quête d'emplois décents et une pression constante sur les transports, le logement et les services sociaux.
De son côté, le représentant de l'UNFPA, Younoussa Camara, a réclamé une grille de lecture décentralisée des indicateurs. Selon lui, les agrégats nationaux ne doivent en aucun cas masquer les fractures territoriales. Les régions les plus en retard nécessitent des investissements ciblés dans l'éducation, la santé de la reproduction et l'autonomisation économique des jeunes. Élaborés avec l'appui technique du Centre de recherche en économie appliquée (CRES), ces rapports visent à fournir aux décideurs politiques des données probantes pour corriger les trajectoires. L'enjeu fondamental consiste désormais à traduire ces constats en politiques publiques concrètes : avec un indice national de 48,3 % et une région comme Matam au bord du décrochage, le Sénégal dispose encore d'un important chantier pour métamorphoser sa jeunesse en levier de prospérité.








