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Diplômes softcare ou le triomphe des lobbies


Rédigé le Mercredi 7 Octobre 2026 à 14:07 | Lu 75 fois | 0 commentaire(s)




Au Sénégal, il n’y a pas que les serviettes hygiéniques qui peuvent être déclarées mauvaises le matin et de bonne qualité l’après-midi. Le pays a aussi ses diplômes softcare, non reconnus le vendredi et parfaitement valables le lundi suivant. Hier, le ministère de l’Enseignement supérieur a effectué un virage à 180° au sujet de la « liste noire » des établissements non habilités à délivrer certains diplômes.

Dans son communiqué du 5 octobre, la Direction générale de l’enseignement supérieur affirme que la diffusion du document relatif à la liste noire « l'a été en dehors des circuits de validation du ministère pour les communications officielles ». La DGES ajoute que c’est un document de travail interne non destiné à la publication, tout en promettant de situer les responsabilités. En procédant ainsi, le ministère s’est mis à nu devant l’opinion.

En effet, le document portant liste noire est non seulement signé par la même autorité, à savoir le Pr Mamadou Sidibé, Directeur général de l’enseignement supérieur, mais, en plus, il porte la mention « large diffusion », sans compter le fait que le document en question a été publié dans les canaux digitaux officiels du ministère. En d’autres termes, le département dirigé par Boubacar Camara avait décidé de faire un grand bruit autour de cette liste, pour que nul n’en ignore.

Que s’est-il passé alors pour que la tutelle se débine ? Ce n’est certainement pas les communiqués de l’ISEG, du CEDS et du CISPAIX. Il est vrai que chacun d’eux a exigé le retrait de son nom de la liste tout en menaçant de saisir la justice, mais cette sortie ne suffit pas à expliquer la débandade. En effet, les établissements privés comme publics traînent tellement de manquements à la réglementation qu’il est très facile de les prendre à défaut.

Ce n’est donc pas la communication officielle qui a retourné la veste du ministre. La pression se situe ailleurs. En vérité, Cheikh Omar Diagne et Aïda Mbodji, qui sont les plus cités, ont le malheur d’être des acteurs politiques dont les soutenances ont été largement relayées et commentées. Mais, au fil des années et à cause du laxisme du ministre et de la complicité de certains acteurs, de nombreuses personnalités d’ici et d’ailleurs ont eu leurs diplômes dans ces établissements. 

Remettre en question ces diplômes revient parfois même à remettre en cause certaines fonctions occupées par de hauts placés au sein de l’appareil d’État. Autrement dit, une mise à plat de certaines carrières. Il s’y ajoute que ces diplômés VIP sont parfois en compétition avec d’autres nationalités au plan international. Si jamais leur diplôme n’est pas reconnu dans leur propre pays, leur CV ne vaudra pas plus qu’un Kleenex.

Les enjeux sont donc hautement plus sensibles que ne le pensait certainement la DGES. Mais ce n’est pas une raison de se rendre coupable d’une fuite de responsabilité aussi flagrante. Certes, le ministre ne s’y est pas pris de la meilleure des manières. Sa liste noire ouvre une brèche à toutes ces écoles clandestines dans les quartiers. Il suffit simplement de clamer son absence de la liste pour usurper une légitimité. Il était donc plus indiqué de publier la liste des établissements reconnus et de préciser que toute école absente de cette liste est hors circuit, jusqu’à preuve du contraire. La mise à jour régulière permettrait ainsi d’en ajouter certains et d’en retirer d’autres en fonction des évolutions.

Malheureusement, cette affaire signe la défaite de l’académique et du scientifique au profit des intérêts particuliers. Elle vient anéantir le rêve de millions de Sénégalais d’assister à l’assainissement du sous-secteur chaotique de l’enseignement supérieur privé.

Elle nous rappelle tristement l’affaire Softcare dans laquelle l’emploi et les recettes fiscales ont été mis au-dessus de la santé publique, tout en portant un sacré coup à la crédibilité de l’ARP. L’enquête parlementaire n’a fait que jeter de l’ombre sur le flou. Et, au finish, le Sénégal devient ce pays où la licence, le master et le doctorat sont à l’image des serviettes hygiéniques, accessibles dans chaque coin de rue.



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