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Dans l'ombre de la BAD, le FAD à l'assaut de la dette africaine


Rédigé le Mardi 4 Août 2026 à 14:37 | Lu 48 fois | 0 commentaire(s)




La Banque africaine de développement (BAD) est régulièrement citée lorsqu’il est question du financement des infrastructures ou des grands projets de développement en Afrique. Une autre institution du même groupe joue pourtant un rôle tout aussi déterminant auprès des pays dont les capacités d’endettement restent limitées. Créé en 1972 et devenu opérationnel en 1974, le Fonds africain de développement (FAD) constitue le guichet concessionnel du Groupe de la Banque africaine de développement. Sa mission consiste à accorder des dons et des prêts à des conditions très favorables aux pays africains à faible revenu afin de soutenir leur développement sans alourdir excessivement leur dette.

Le fonctionnement du FAD repose sur un principe simple. Alors que la Banque africaine de développement mobilise une grande partie de ses ressources sur les marchés financiers grâce à sa notation de crédit de très haute qualité, le Fonds est principalement alimenté par les contributions de pays donateurs, auxquelles s’ajoutent les remboursements des anciens prêts. Ce mécanisme lui permet d’accorder des financements dont les conditions sont nettement plus avantageuses que celles proposées sur les marchés internationaux.

Les prêts concessionnels du FAD présentent généralement des taux d’intérêt très faibles, parfois nuls selon les instruments utilisés, des périodes de grâce pouvant atteindre plusieurs années ainsi que des maturités qui s’étendent souvent sur trente à quarante ans. Dans les pays les plus exposés aux risques de surendettement, le Fonds privilégie également les dons afin de préserver la soutenabilité des finances publiques.

Cette capacité de financement dépend directement des ressources réunies lors des reconstitutions organisées tous les trois ans. Ces négociations rassemblent les principaux pays contributeurs qui déterminent le volume de ressources dont disposera le Fonds pour financer ses opérations au cours du cycle suivant. Elles constituent donc un rendez-vous majeur pour de nombreux États africains.

La seizième reconstitution du FAD (FAD-16), conclue en décembre 2022, a permis de mobiliser 8,9 milliards d’unités de compte, soit environ 11 milliards de dollars au moment de son approbation. Il s’agit du montant le plus élevé jamais obtenu par le Fonds depuis sa création. Les ressources doivent financer les opérations menées entre 2023 et 2025 dans plusieurs dizaines de pays africains, avec une attention renforcée portée à la sécurité alimentaire, à la résilience climatique, à la gouvernance économique et au développement du secteur privé.

Les pays de l’UEMOA figurent parmi les principaux bénéficiaires de ces financements concessionnels. Le Sénégal, le Bénin, le Burkina Faso, le Mali, le Niger, la Guinée-Bissau et le Togo ont régulièrement recours aux ressources du FAD pour financer des projets dans les domaines des infrastructures routières, de l’accès à l’eau potable, de l’agriculture, de l’énergie ou encore de l’éducation.

Le Sénégal continue ainsi de bénéficier de plusieurs opérations financées par le Fonds. En décembre 2024, le conseil d’administration du Groupe de la Banque africaine de développement a approuvé un financement concessionnel de 106,7 millions d’euros destiné à soutenir les réformes économiques, l’amélioration de la gouvernance des finances publiques et le renforcement de la résilience budgétaire. D’autres interventions récentes concernent également l’agriculture, les infrastructures hydrauliques et le développement des chaînes de valeur agricoles.

L’agriculture demeure l’un des principaux secteurs d’intervention du Fonds. Selon la Banque africaine de développement, près de 65 % des terres arables non exploitées de la planète se trouvent en Afrique, alors que le continent continue d’importer une part importante de ses besoins alimentaires. Les financements concessionnels permettent d’accompagner des projets d’irrigation, de modernisation des exploitations agricoles, de stockage ou encore de transformation agroalimentaire dont les retombées économiques se déploient sur plusieurs années.

Les infrastructures représentent un autre axe majeur. La Banque africaine de développement estime que les besoins annuels de financement des infrastructures en Afrique se situent entre 130 et 170 milliards de dollars, alors que le déficit de financement reste compris entre 68 et 108 milliards de dollars chaque année. Les ressources du FAD contribuent à réduire une partie de cet écart en soutenant des projets qui auraient difficilement accès à des financements de marché.

Le changement climatique occupe également une place grandissante dans les interventions du Fonds. Les projets financés concernent notamment la gestion durable des ressources en eau, les systèmes d’alerte précoce, les infrastructures résilientes aux événements climatiques extrêmes ou encore le développement des énergies renouvelables. Selon la BAD, plus de 40 % des ressources du FAD-16 sont destinées à des opérations comportant un objectif lié à l’adaptation climatique ou à l’atténuation des émissions.

Il convient toutefois de distinguer clairement le FAD de la Banque africaine de développement. Les deux institutions appartiennent au même groupe, mais elles ne s’adressent pas aux mêmes bénéficiaires et n’utilisent pas les mêmes sources de financement. La BAD intervient principalement auprès des pays disposant d’une capacité d’emprunt plus élevée, tandis que le FAD concentre son action sur les économies les plus vulnérables grâce à des ressources concessionnelles.

À mesure que les contraintes budgétaires se renforcent dans de nombreux pays africains et que le coût des emprunts sur les marchés internationaux demeure élevé, le rôle du Fonds africain de développement prend une dimension croissante. Les ressources mobilisées lors de chaque reconstitution conditionnent une partie des investissements réalisés dans les infrastructures, l’agriculture, l’énergie, la santé ou encore la résilience climatique. Derrière ces négociations organisées tous les trois ans se joue donc une part importante de la capacité de plusieurs économies africaines à financer leur développement dans des conditions soutenables.



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