Le professeur agrégé de science politique Maurice Soudieck Dione s’est livré à une analyse approfondie du projet de création d’une formation politique portée par le président de la République, Bassirou Diomaye Faye. Invité ce dimanche de l'émission Point de vue sur la RTS, le politologue a estimé que cette démarche s’inscrit moins dans une simple quête de sécurité politique que dans un impératif d'efficacité institutionnelle.
​Pour l'enseignant-chercheur, l'existence d'une fissure entre la majorité présidentielle et la majorité parlementaire constitue une situation inédite qui prive le chef de l'État d'un appareil politique pleinement aligné sur sa vision. Il rappelle qu'une majorité parlementaire a pour vocation naturelle d'accompagner le président dans la mise en œuvre du programme soumis aux citoyens. Dès lors que cette cohésion fait défaut, le chef de l'État se voit contraint de rechercher un nouvel ancrage stratégique pour gouverner sereinement et porter ses ambitions de pouvoir.
​Rivalité au sein de la majorité et stratégie d’ancrage local
​Analysant les dynamiques au sein du pouvoir, le Pr Maurice Soudieck Dione fait remarquer que, dans la configuration actuelle, Pastef dans sa version radicale reste ancré du côté du Premier ministre Ousmane Sonko, lequel a déjà affiché ses intentions pour l'élection présidentielle de 2029. Revenant sur les précédents historiques, du Parti Socialiste sous Abdou Diouf aux réformes constitutionnelles sous Abdoulaye Wade, le politologue souligne que tout président aspirant à un second mandat doit pouvoir s'adosser à un appareil fort, même si le bilan exécutif et le vote des électeurs non alignés restent déterminants.
​Dans cette perspective, la volonté du président de la République de structurer sa future formation autour de maires, de présidents de conseils départementaux et d'élus de diverses sensibilités lui paraît être une option pragmatique. Ces responsables politiques disposent déjà d'une base électorale solide, sont au fait des réalités du terrain et maîtrisent les attentes des populations. Reste à savoir comment cette alchimie se traduira dans les urnes lors des prochaines joutes électorales.
​Vers un arbitrage décisif par le corps électoral
​Abordant les perspectives politiques à court et moyen termes, le Pr Dione estime que le différend entre l'exécutif et la majorité parlementaire incarnée par Ousmane Sonko fragilise l'équilibre des institutions. Selon lui, lorsque le chef de l'État ne peut plus s'appuyer sur la majorité en place, la gouvernance devient bancale et ce conflit institutionnel doit inévitablement être tranché par les citoyens.
​Le politologue a toutefois émis des réserves quant à l'hypothèse d'un couplage des élections territoriales et de législatives anticipées. Une telle option risquerait, à ses yeux, de brouiller la portée respective de chaque scrutin, tout en soulevant d'importants défis d'ordre logistique et financier pour l'État.








