Côte d’Ivoire : le retrait du PDCI de la coalition au pouvoir replonge le pays dans l’incertitude politique


Rédigé le Jeudi 9 Août 2018 à 23:10 | Lu 28 fois | 0 commentaire(s)


L’euphorie de l’amnistie accordée par le président ADO à 800 détenus politiques n’aura été que de courte durée. Le PDCI, principal allié du RDR au sein du RHDP, vient de claquer la porte de la coalition au pouvoir. A deux ans de la fin du mandat de l’actuel chef de l’Etat, ce scénario constitue un véritable saut dans l’inconnu pour la Côte d’ivoire. L’incertitude politique qui se profile risque en effet de saborder la bonne dynamique économique que connait le pays alors que les défis sociaux ne cessent de s’amplifier.


Côte d’Ivoire : le retrait du PDCI de la coalition au pouvoir replonge le pays dans l’incertitude politique

A malin, malin et demi ! C'est un peu le jeu de dupes qui se déroule actuellement à Abidjan où les principaux acteurs politiques se livrent à une sorte de partie de Poker où tous les coups sont désormais permis avec, depuis quelques jours, une course au titre pour celui qui saura asséner le coup fatal à l'adversaire.

Le dernier acte en date a été la décision, prise ce jeudi 9 Août, par le Parti démocratique de Côte d'ivoire (PDCI-RDA), de se retirer du processus de mise en place du parti unifié, le Rassemblement des Houphouestistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP). Il s'agit pourtant de la nouvelle formation que le président Alassane Dramane Ouattara (ADO) a initié, au forceps certes, sur la base de la coalition qui l'a porté au pouvoir et qui est principalement constitué de son parti le Rassemblement Des Républicains (RDR) et du PDCI.

Dans un communiqué publié par le bureau politique et portant la signature de son président, l'ancien chef de l'Etat, Henry Konan Bédié, le PDCI annonce se réserver « le droit de promouvoir une plate-forme de collaboration avec les ivoiriens qui partagent sa vision d'une Côte d'Ivoire réconciliée et soucieuse des droits, des libertés et du bien-être de ses populations ». L'ancien parti unique, a également annoncé « qu'il présentera des candidats pour les élections municipales et régionales sous la bannière du PDCI-RDA ».

Exit donc le RHDP voulu par ADO, même si le chef de l'Etat peut s'appuyer sur les autres formations de la coalition qui a initialement été portée sur les fonds baptismaux en 2005, au plus fort de la crise politique et sécuritaire que le pays a connu de 2000 à 2010. Sans le PDCI, le parti unifié ne se réduit presqu'au RDR, la seule formation de poids. Le chef de l'Etat comptait pourtant sur cette nouvelle formation, dont les partis alliés ont déjà participé ensemble aux derniers scrutins, pour aborder les prochaines échéances électorales notamment celle de 2020 qui coïncide avec la fin de son second mandat.

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Coups sur coups

Le divorce entre le RDR et le PDCI était dans l'air du temps, depuis quelques mois et le début du processus de création du parti unifié. La veille pourtant, le président ADO et son principal allié se sont rencontrés dans la soirée, à la résidence présidentielle. La rencontre a été brève puisqu'elle n'a duré qu'un quart d'heure tout au plus, et assez froide comme le montre les images que les services du chef de l'Etat ont pourtant vite fait de relayer sur les réseaux sociaux. « Le président Henri Konan Bédié a rendu une visite de courtoisie au Président de la République, Alassane OUATTARA, ce mercredi 08 août 2018, pour le féliciter, suite aux décisions qu'il a prises lors du message à la nation, le 06 août 2018 » a commenté la Présidence ivoirienne.

La rencontre était pourtant initialement prévue, le lundi 6 Août, veille de la fête de l'indépendance et surtout avant le message à la nation. Le chef de l'Etat avait auparavant notifié qu'il dévoilera ce jour-là, ses véritables intentions pour 2020 et il avait l'habitude, pour ce genre de grandes décisions comme pour les remaniements ministériels, de consulter son désormais ex-allié.

La rencontre qui intervenait déjà dans un contexte tendu entre les deux leaders a été renvoyée à ce mercredi et prenant tout le monde de court, ADO avait annoncé dans son adresse à la nation, qu'il a décidé d'accorder une amnistie générale à près de 800 prisonniers politiques.  Il s'agit pour la majorité, des acteurs de la crise post-électorale de 2010 dont la plus emblématique, Simone Ehivet Gbagbo, l'ancienne première dame, épouse de Laurent Gbagbo et vice-présidente du FPI. Un geste de réconciliation nationale selon ADO mais auquel il n'a pas associé son allié. Au sein du PDCI, cela a été l'affront de trop d'autant que quelques jours auparavant, le président ADO a présidé l'Assemblée générale constitutive de création du parti unifié RHDP. Cette Assemblée, qui a été également dénoncée par le PDCI, Bédié n'y avait pas pris part d'ailleurs même si certains de ses membres et des frondeurs acquis à la cause, et surtout soutenu par ADO, y ont marqué leur présence. Le parti a d'ailleurs dû exclure certains de ses membres notamment des ministres maintenus dans le gouvernement alors que les rumeurs spéculaient sur une nouvelle alliance en gestation entre le PDCI, le clan du président de l'Assemblée nationale, Guillaume Soro, un allié avec qui les rapports étaient aussi tendus ces derniers temps, ainsi que le Front populaire ivoirien (FPI), le principal parti de l'opposition.

Le processus de réconciliation annoncée par ADO a été donc une manière de couper l'herbe sous les pieds de Bédié et la présentation, hier mercredi, du président du PDCI venu « remercier le président pour son message à la nation », a été une manière de faire boire le calice jusqu'à la lie à Henri Konan Bédié. Autant dire que cette décision du parti de l'éléphant de se retirer du RHDP et d'envisager d'autres alliances sonne comme une réponse du berger à la bergère, en plus de saborder de la plus belle manière « le moment de gloire » que s'offre « ADO, le réconciliateur ».

Incertitudes politiques

Avec cette nouvelle donne, le spectre d'une incertitude politique qui guette la Côte d'ivoire à l'approche des élections de 2020 et que redoutait les principales institutions financières, partenaires financiers et agences de notation,  devient de plus en plus une probabilité. Quel que soit le scénario envisagé, les prochains mois ainsi que la période  qui courre jusqu'à la fin du mandat s'annonce pleine d'incertitude. En attendant la guerre de succession, qui comporte aussi des risques de dérapages même au sein du RDR où plusieurs dauphins se préparent, le retrait du PDCI de la coalition au pouvoir, va se traduire dans un premier temps par un saut dans l'inconnu.

A court terme, les principales institutions du pays risquent d'être prises en otage car comme c'est le cas pour les dernières législatives, c'est sous la bannière RHDP, que les députés de la coalition ont été élu. Au sein de l'exécutif, le vice-président, Daniel Kablan-Duncan, le président du Sénat, Jeannot Ahoussou-Kouadio ainsi que plusieurs ministres du gouvernement de Gon Coulibaly, sont membres du PDCI.

Si certains n'auront aucun mal à suivre le président, ce n'est pas le cas pour la grande majorité qui détiennent pourtant des postes importants dans les différentes institutions. Par la suite, ADO devra gérer une éventuelle mais plus que probable coalition avec une opposition renforcée par le PDCI et d'autres alliés qui auront à subir d'autres frustrations que les décisions du président et de son parti vont inéluctablement engendrer.

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L'effet immédiat de cette incertitude politique va s'aggraver sur la dynamique économique que connait le pays depuis quelques années avec une croissance moyenne annuelle de 8% et les ambitions d'émergence à l'horizon 2020 que fait miroiter le président pour « l'Éléphant d'Afrique », l'autre qualificatif du pays au temps de « son miracle ivoirien » des années 90 qui était pourtant de nouveau à portée de main, au regard des perspectives.

Parallèlement, la première puissance économique de l'UEOMA fait face à une amplification des attentes sociales que le chef de l'Etat a lui-même a reconnu dans son message à la nation du lundi 6 Août. Alors qu'il s'est engagé à mettre le cap sur le social pour le reste du mandat et qu'il a enfin décidé d'ouvrir le sensible et brûlant dossier de la réconciliation nationale,  les deux défis majeurs du pays, ADO va devoir désormais savoir manœuvrer avec finesse pour traverser cette nouvelle zone de turbulences politiques aux enjeux stratégiques pour le pays. C'est à la limite un défi personnel pour lui qui rêve de sortir par la grande porte, « de passer le témoin à la nouvelle génération », comme il s'est lui-même engagé. C'est de toute évidence, le principal sujet qui va le hanter d'ici la rentrée de septembre prochain, celui d'éviter à la Côte d'Ivoire un nouveau cycle de crise. Il aura, en tout cas, peu de temps pour y réfléchir durant l'instant de répit qu'il vient de s'offrir, avec le séjour privé que le chef d'Etat ivoirien vient d'entamer, ce mercredi même, en France. Avec l'espoir qu'à son retour, il pourra mettre à l'épreuve son slogan de campagne : « ADO solutions !»
 



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