Le trafic de faux médicaments est devenu un véritable « cancer » du système de santé sénégalais. C’est le constat alarmant dressé par le président de l’Ordre des pharmaciens du Sénégal, Dr Mbaye Aw, lors de la 5ᵉ édition des Journées du médicament. Face à l’ampleur du marché illicite, les professionnels de la pharmacie appellent les autorités à renforcer la lutte contre ce phénomène qui menace directement la santé des populations.
« Il n’y a pas un cancer plus important que ce cancer du marché illicite, du trafic de faux médicaments. C’est un cancer qui gangrène notre système de santé », a martelé Dr Mbaye Aw.
Pour le président de l’Ordre des pharmaciens, la persistance de la vente illicite de médicaments est d’autant plus préoccupante qu’elle intervient dans un contexte où le Sénégal ambitionne de renforcer sa souveraineté pharmaceutique. « C’est complètement contradictoire », estime-t-il, dénonçant la présence de vendeurs dépourvus de formation et de compétences dans le circuit du médicament.
Un danger pour les populations
Au-delà de la concurrence déloyale envers les officines légalement établies, le marché parallèle constitue surtout, selon les pharmaciens, une menace directe pour la santé publique. Les produits vendus hors du circuit réglementé peuvent échapper aux contrôles de qualité, de conservation et de traçabilité.
« La légalité est très claire », rappelle Dr Mbaye Aw, qui souligne que le Sénégal s’est doté, depuis 2023, d’un nouveau cadre légal prévoyant des sanctions pénales et pécuniaires renforcées pour lutter contre ces pratiques.
Pour les professionnels, l’enjeu est désormais de faire appliquer pleinement ces dispositions afin de démanteler durablement les réseaux qui alimentent le marché illicite.
Plaidoyer pour la Convention Medicrime
Le président de l’Ordre des pharmaciens a également profité de cette tribune pour lancer un appel aux autorités sénégalaises en faveur d’une ratification rapide de la Convention Medicrime, instrument international consacré à la lutte contre les médicaments falsifiés et les infractions similaires.
« Ce sont des actes criminels », a-t-il insisté, rappelant que la protection des populations relève de la responsabilité de l’État.
Dans cette perspective, la lutte contre les faux médicaments apparaît comme un préalable à toute ambition de souveraineté pharmaceutique. Pour les pharmaciens, il ne suffit pas de développer une production locale : encore faut-il garantir que les médicaments qui circulent sur le territoire répondent aux exigences de qualité, de sécurité et d’efficacité.
« Un cancer » à combattre
Alors que les Journées du médicament mettent également l’accent sur la souveraineté pharmaceutique et les mutations digitales, les professionnels veulent placer la lutte contre le marché illicite au rang des priorités nationales.
Pour Dr Mbaye Aw, le parallèle avec le cancer n’est pas fortuit. À l’image d’une maladie qui progresse et fragilise progressivement l’organisme, le trafic de faux médicaments « gangrène » le système de santé et fragilise la confiance des populations dans le circuit légal du médicament.
Lors de cette 5ᵉ édition des Journées du médicament, les pharmaciens sénégalais ont remis au cœur des débats la question de la souveraineté pharmaceutique. Réunis autour du thème de la production locale et des mutations digitales, les professionnels plaident pour un accompagnement accru de l’État afin de réduire la forte dépendance du Sénégal aux importations de médicaments.
Selon Dr Mbaye Aw, le Sénégal importe encore près de 97 % de ses besoins en médicaments et autres produits de santé. Une situation qui, à ses yeux, rend urgente la mise en place d’une véritable politique de souveraineté pharmaceutique.
« Nous avons des champions locaux et il appartient à l’État de les accompagner », a-t-il plaidé, appelant notamment à faciliter l’investissement, l’accès au foncier et à mettre en place une fiscalité adaptée. Pour lui, l’expérience de la Covid-19 a démontré la nécessité pour les États de disposer d’une capacité nationale de production de médicaments.
Abondant dans le même sens, Serigne Ahmadou Bamba Ndour, président du Syndicat des pharmaciens privés du Sénégal, estime que la souveraineté pharmaceutique « ne se décrète pas ». Elle constitue, selon lui, un processus déjà engagé, qui doit être soutenu et poursuivi.
« Nous avons le courage d’avoir des champions locaux qui ont investi. L’État doit les soutenir pour qu’ils puissent produire les médicaments dont nous avons besoin », a-t-il déclaré.
L’intelligence artificielle au service du pharmacien
Les mutations digitales constituent l’autre grande thématique de cette édition. Pour les professionnels, l’intelligence artificielle représente un outil d’accompagnement susceptible d’améliorer la pratique pharmaceutique, mais ne saurait se substituer au professionnel.
« Il n’y a aucun module algorithmique qui peut remplacer le pharmacien », a insisté Dr Mbaye Aw. Selon lui, les outils numériques doivent surtout permettre au pharmacien de gagner du temps et de renforcer la qualité de la prise en charge des patients.
Une position partagée par Serigne Ahmadou Bamba Ndour. « L’intelligence artificielle est un outil qui doit nous accompagner. Ce n’est pas un outil de décision. La décision revient aux pharmaciens, de manière humaine », a-t-il souligné.
Les échanges ont également permis d’aborder la gestion des tiers payants, notamment les mutuelles, les IPM et les assurances, dont les difficultés de fonctionnement affectent la viabilité économique des officines. La participation de délégations de la Côte d’Ivoire, de la Tunisie et du Mali doit, selon les organisateurs, favoriser un partage d’expériences et de bonnes pratiques.








