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CSS : 50 000 t de sucre invendues, les syndicats tirent la sonnette d’alarme


Rédigé le Mercredi 14 Octobre 2026 à 23:00 | Lu 52 fois | 0 commentaire(s)




Les organisations syndicales de la Compagnie sucrière sénégalaise (CSS) s’inquiètent de la situation financière de l’entreprise, confrontée à d’importants stocks de sucre invendus. Lors d’une conférence de presse organisée ce mercredi à Richard-Toll, elles ont dénoncé la régulation des importations et alerté sur les risques pour l’emploi. Elles réclament des mesures urgentes pour protéger la production locale et préserver les acquis sociaux.

 La situation devient préoccupante à la Compagnie sucrière sénégalaise (CSS). À l’approche de la campagne sucrière 2026-2027, l’entreprise fait face à des difficultés de trésorerie qui pèsent sur son fonctionnement et fragilisent les emplois. Au cœur des inquiétudes du collectif des organisations syndicales,  quelque 50 000 t de sucre restent invendues, réparties entre Dakar et Richard-Toll.

 Pour les représentants des travailleurs, ce stock constitue une menace sérieuse pour l’équilibre financier de l’entreprise, d’autant que la prochaine campagne de production se profile à l’horizon. Sans mesures permettant d’écouler les quantités disponibles, les stocks actuels risquent de s’ajouter à la nouvelle production, aggravant davantage les difficultés commerciales et financières de la CSS.

 « Nous ne pouvons pas rester à regarder notre entreprise mourir de sa belle mort », a alerté Amary Diouf, secrétaire général de la section CSS de la CNTS/FC. Selon lui, les difficultés s’accentuent d’année en année et leurs conséquences se font déjà sentir sur le climat social.

Les importations de sucre dans le viseur des syndicats

 Pour les organisations syndicales, la principale cause de cette situation réside dans une régulation insuffisante du marché du sucre, notamment à travers les autorisations d’importation DIPAS. Elles dénoncent des volumes d’importation excessifs ainsi que des autorisations accordées à des périodes inappropriées, notamment lorsque la CSS est en pleine production. 

Les syndicalistes estiment que cette concurrence pénalise directement l’écoulement du sucre produit localement et fragilise une industrie stratégique pour l’économie nationale. Ils s’interrogent notamment sur la différence de traitement entre la filière sucrière et d’autres secteurs agricoles, comme l’oignon et la pomme de terre pour lesquels les importations sont encadrées en fonction de la disponibilité de la production locale.  « Vous ne pouvez pas importer du sucre pendant que la seule usine sucrière du pays est en période de pleine production », a insisté Amary Diouf.

 Le collectif ne réclame pas l’arrêt systématique des importations, mais une meilleure planification des volumes et des périodes d’approvisionnement. Il demande que les quantités importées correspondent aux besoins réels du marché et que les acteurs de la filière soient associés aux décisions.

 Les emplois saisonniers menacés

 Au-delà des difficultés financières, les syndicats redoutent une nouvelle dégradation de la situation sociale au sein de l’entreprise. Ils rappellent que les problèmes d’écoulement rencontrés lors de la précédente campagne ont déjà affecté les travailleurs saisonniers.

 D’après Amary Diouf, certains n’ont pas été repris, tandis que d’autres n’ont retrouvé leur poste que quelques mois avant la fin de la campagne, alors que leur contrat devait normalement couvrir une période plus longue.

 Les syndicalistes craignent que ce scénario se reproduise lors de la campagne 2026-2027 si les stocks ne sont pas écoulés et si la trésorerie de l’entreprise ne s’améliore pas. Ils préviennent également que les difficultés pourraient finir par toucher les emplois permanents et limiter les possibilités de recrutement.

 « Toutes nos activités se résument désormais à la sauvegarde de l’emploi », déplore le responsable syndical. Une situation qui, selon lui, empêche les organisations de se concentrer pleinement sur l’amélioration des conditions de travail, les revendications salariales et la défense du pouvoir d’achat des employés.

 Un plan de développement de plus de 1 000 emplois gelé

 Les conséquences de cette situation dépasseraient ainsi la seule question des emplois existants. Selon les représentants syndicaux, un plan de développement de la CSS, qui aurait pu générer plus de 1 000 emplois, est actuellement gelé en raison des tensions de trésorerie.

 Pour le collectif, les difficultés de l’entreprise représentent donc un enjeu économique et industriel majeur. Les syndicats mettent en avant le rôle de la CSS dans la production nationale de sucre et dans la création d’emplois, estimant que sa préservation doit s’inscrire dans les objectifs de souveraineté économique et de développement industriel du Sénégal.

Ils appellent ainsi les autorités à prendre des mesures concrètes pour favoriser l’écoulement de la production nationale avant d’autoriser de nouvelles importations, dans des proportions adaptées aux besoins du marché.

 Face à ces préoccupations, le collectif des organisations syndicales a entrepris une série de démarches à Dakar. Ses représentants indiquent avoir rencontré les responsables de centrales syndicales, le ministre de l’Industrie et du Commerce, Serigne Guèye Diop, et le ministre de la Fonction publique, du Travail et de la Réforme du secteur public. Ils ont également échangé avec le président du Conseil du dialogue social.

À l’issue de leur rencontre avec le ministre de l’Industrie et du Commerce, les syndicalistes disent avoir relevé une convergence de vues sur plusieurs points : la nécessité de mieux réguler le marché du sucre, de limiter les importations aux quantités strictement nécessaires et de tenir compte des périodes de production de la CSS.

 Ils saluent également la disponibilité des autorités rencontrées et espèrent que les discussions déboucheront rapidement sur des décisions concrètes. Le collectif entend toutefois rester vigilant afin que les engagements évoqués se traduisent en mesures effectives.

 Tout en privilégiant la concertation, les syndicats préviennent que leur démarche ne s’arrêtera pas à cette conférence de presse. Ils annoncent la poursuite de leur plan d’action tant que la question des importations et les difficultés d’écoulement du sucre ne trouveront pas de réponse satisfaisante.

 Pour Amary Diouf et ses camarades, l’enjeu est de préserver à la fois la viabilité financière de l’entreprise et les intérêts des travailleurs. Ils appellent à un dialogue social permettant de concilier les impératifs économiques de la CSS, la sauvegarde des emplois et la nécessité d’améliorer les conditions de vie du personnel.

 À Richard-Toll, le message des syndicats est donc clair : ils attendent des autorités une régulation plus efficace des importations pour permettre à la production locale de trouver sa place sur le marché. À l’approche de la nouvelle campagne sucrière, ils estiment que des décisions rapides sont indispensables pour éviter que les difficultés actuelles ne compromettent davantage l’avenir de l’entreprise et de ses travailleurs.



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