À l’heure où les effets du dérèglement climatique frappent de plein fouet le Sahel, l’un des plus grands projets environnementaux du continent africain trébuche sur un obstacle aussi banal que fatal : le paiement des cotisations. Selon les derniers comptes de l’Agence panafricaine de la grande muraille verte (APGMV) rapportés par son directeur scientifique et technique Dr Sakhoudia Thiam, seuls la Mauritanie et le Mali se sont acquittés de leur contribution financière annuelle. Le Sénégal et huit autres États membres figurent sur la liste des mauvais payeurs.
« Il y a certains États qui ne sont pas à jour. Il y a de bons élèves quand-même. La Mauritanie est à jour, le Mali également. Le Sénégal n’est pas encore à jour mais nous avons une promesse ferme du ministre de l’environnement d’apurer un an et demi d’arriéré soit 150 millions de francs CFA (la cotisation annuelle est de 100 millions par État membre, NDLR) », déclare Dr Sakhoudia Thiam en marge d’un Forum des acteurs de la gestion durable des ressources naturelles au Sahel, organisé ce mardi par l’Agence Belge de coopération internationale (Enabel).
L’initiative grande muraille verte qui a vu le jour en 2005 (une idée des présidents Olusegun Obasanjo et Abdoulaye Wade) dont la vision originelle consistait à reboiser une bande verte de Dakar à Djibouti (8000 km de long et 15 km de large), avait d’ailleurs connu un échec. Le taux de mortalité très élevé des jeunes arbres plantés (entre 70% et 80%) ainsi que l’insuffisance des financements -notamment les cotisations des États- étaient les principales causes. Vingt ans après, rebelote. Les États peinent encore à honorer leur engagement impactant négativement le fonctionnement de l’agence.
« Il y a des financements qu’on attend également pour la construction du siège à Nouakchott où l’État mauritanien a offert un espace à l’agence. Le plan de construction est déjà acquis, il reste à mobiliser les ressources pour construire le siège », souligne-t-il, lançant un appel aux États de « s’acquitter de leurs cotisations statutaires ».
Ayant changé de paradigme après l’échec de la première vision, l’Agence a mis en place « un plan d’investissement prioritaire décennal qui vise à créer des pôles de développement pour la résilience des populations ». « Le plan décennal est à mi-parcours. Nous avons fini la phase quinquennale que nous avons évaluée et aujourd’hui, nous sommes à 30% de réalisation avec des contraintes comme la mobilisation des ressources », signale Dr Thiam qui salue tout même les résultats.
« Il y a eu beaucoup de réalisations notamment en matière de restauration des terres. L’objectif décennal c’était de restaurer 100 millions d’hectares de terres dégradées, de séquestrer 250 millions de tonnes de carbone, de créer 10 millions d’emplois verts durables », confie-t-il.
Pour la deuxième phase (2026-2030), l’Agence entend réadapter sa politique afin d’atteindre ses objectifs.







