Jour décisif pour le projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026. Rejeté à deux reprises en commission à la suite de l’opposition de la majorité parlementaire Pastef, le texte sera examiné ce mardi en séance plénière à l’Assemblée nationale. Une séance qui promet d’être tendue, tant l’Exécutif et la majorité sont divisés sur plusieurs points.
Le gouvernement a avancé trois évolutions qui, selon lui, ont remis en cause les hypothèses de la loi de finances initiale (LFI) et rendu nécessaire l’adoption d’un PLFR : la révision à la baisse de la croissance, de 5 % à 2,7 % pour 2026, la hausse des subventions énergétiques dans le contexte de la crise au Moyen-Orient, ainsi que les moins-values enregistrées dans le cadre du Plan de redressement économique et social (PRES).
Mais derrière ces explications se cachent plusieurs points de friction. Des coupes dans les investissements aux subventions énergétiques, en passant par les dépenses sociales, le PRES et la rationalisation du secteur parapublic, les deux camps avancent des chiffres et des lectures parfois opposés.
555 milliards de coupes dans les investissements
Les coupes opérées dans les dépenses d’investissement figurent en tête des points de discorde. Ousmane Sonko reproche au gouvernement de réduire les crédits d’investissement alors même qu’il présente la relance de l’économie comme une priorité.
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« Ils justifient les mesures qu'ils sont en train de prendre par la nécessité de dégager une marge budgétaire à réinjecter dans l'investissement pour faire redécoller l’économie. Comment nous dire cela et opérer dans le PLFR une baisse de 555 milliards sur l'investissement ? Ça veut dire que c’est faux », avait asséné le président de l’Assemblée nationale, le 19 octobre dernier.
Face à la presse, le 24 octobre, le Premier ministre Al Aminou Lô a défendu les arbitrages opérés par le gouvernement. Selon lui, face aux contraintes budgétaires, l’Exécutif a choisi de préserver les investissements susceptibles d’être exécutés avant la fin de l’année, tout en accordant la priorité aux dépenses sociales.
« Quand il y a un choc, vous faites cet arbitrage. Notre arbitrage, c'est les priorités sociales sous contrainte de l'investissement public (...) Nous avons dit préservons ce qui est investissement public qui peut être exécuté d'ici la fin de l'année. Mais les priorités sociales, on les met en extrême grande priorité », a expliqué le chef du gouvernement.
Les 70 milliards de bourses contestés
C’est dans cette logique que le gouvernement affirme avoir porté l’enveloppe de la Bourse de sécurité familiale de 35 à 70 milliards de FCFA en 2026, avec une projection de 140 milliards en 2027.
Mais Ousmane Sonko conteste cette présentation. Il affirme que le montant inscrit dans le PLFR est bien inférieur à l’enveloppe annoncée publiquement par le gouvernement. « Le gouvernement a annoncé publiquement que pour 2026 ils vont porter l’enveloppe de la Bourse de sécurité à 70 milliards. Mais sur le PLFR, ils sont à 22 milliards. Soit moins que les 35 milliards qui étaient inscrits sur la LFI. C’est presque de l’arnaque », a pesté le président de l’Assemblée nationale.
Autre sujet de désaccord : les crédits de plusieurs ministères à vocation sociale. Ousmane Sonko dénonce des baisses dans les budgets de l’Éducation, de la Famille et de la Solidarité, ainsi que de la Formation professionnelle.
Le gouvernement oppose toutefois une autre lecture des chiffres. Selon le rapport des travaux de la commission des Finances, le ministre des Finances a fait état d’une hausse de 28,8 milliards de FCFA des crédits alloués à la santé, qui atteindraient ainsi 246,1 milliards. Il a également évoqué une enveloppe de 1 437 milliards consacrée à l’enseignement et des crédits de 678 milliards pour la défense et la sécurité, en progression de 65 milliards. Au total, les dépenses sociales représenteraient 2 276 milliards de FCFA.
Le PRES et ses 311,5 milliards de moins-value
Les chiffres du Plan de redressement économique et social (PRES) ont également alimenté les débats entre les deux camps. Selon le gouvernement, les ressources attendues de ce plan lancé par Ousmane Sonko s’élevaient initialement à 762,9 milliards de FCFA. Mais ces prévisions ont été ramenées à 311,5 milliards pour l’ensemble de l’année 2026, soit un manque à gagner de 451,4 milliards de FCFA.
Mais Ousmane Sonko rejette cette explication et dénonce un sabotage du plan par certains responsables de l’Exécutif. « Ceux qui sont dans l'exécutif torpillent le PRES car dans leur entendement, pour eux si le PRES réussit, ce sera à l'actif de Sonko », a-t-il déclaré.
Pour le président de l’Assemblée nationale, les objectifs du plan restent réalisables si des mesures techniques de supervision sont mises en place, notamment sur les transferts d’argent et les jeux de hasard.
« S’ils mettent ces outils tout de suite sur les transferts d’argent, les Jeux de hasard, ils vont avoir plus de 700 milliards. Malgré leur sabotage le PRES est un excellent plan. Il a généré plus de 312 milliards cette année, presque autant que ce que le FMI va leur donner s’ils parviennent à un accord », a-t-il soutenu.
790 milliards de subventions en question
Les subventions à l’énergie constituent un autre sujet de friction. Le gouvernement explique avoir initialement retenu un prix du baril de pétrole de 64 dollars dans ses hypothèses budgétaires. Mais les fluctuations du marché, dans le contexte de la crise au Moyen-Orient, ont parfois porté le cours à plus de 120 dollars.
Alors que 250 milliards de FCFA étaient prévus dans le budget initial, les besoins en subventions ont finalement atteint 790,3 milliards, selon le Premier ministre. « On s'est retrouvés à 790,3 milliards. Qui finance ça ? Nous avons décidé de les financer en voyant les investissements prioritaires qu'il faut garder et ceux qui ne délivrent pas, et aller créer un amortisseur pour les Sénégalais », avait déclaré Al Aminou Lô.
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Mais Ousmane Sonko estime que le PLFR traduit une volonté de réduire progressivement les subventions, avec des conséquences possibles sur les prix à la pompe. Il affirme que le gouvernement prévoit de plafonner l’enveloppe à 552 milliards de FCFA, contre un besoin évalué à 790 milliards.
« Sur 2026, le PLF promet de faire une baisse de 30 %, de bloquer la subventions à 552 milliards alors qu’elle devait être de 790 milliards soit une coupe de 237 milliards. L’impact, c'est que le prix du diesel va passer de 755 FCFA à la pompe à quasiment 867 FCFA », a-t-il prévenu.
Les 120 milliards de la Banque mondiale
La majorité parlementaire a également demandé des comptes sur les 120 milliards de FCFA associés au Projet autonome de réponse d'urgence contingente (CERP). Sur ce point, le Premier ministre a défendu le recours à ce mécanisme de la Banque mondiale.
« Là également, c’est méconnaître ce mécanisme. La Banque mondiale a ouvert un guichet qui permet à des pays de faire recours à ce guichet, en cas de choc, pour éviter de faire vaciller le front social », a expliqué Al Aminou Lô.
Il a précisé que ce mécanisme avait permis de mobiliser 75 milliards de FCFA pour l’énergie et 50 milliards pour les bourses de sécurité familiale. (Ndlr : nous avons conservé les montants annoncés par le Premier ministre.)
Les 55 milliards d’économies attendues
La rationalisation du secteur parapublic constitue un autre point de divergence. La suppression de 19 entités devrait générer 55 milliards de FCFA d’économies sur trois ans. Là, le gouvernement ne souhaite pas précipiter le processus. Al Aminou Lô affirme vouloir prendre le temps de mener le travail à bien, tout en préservant le maximum d’emplois et en envisageant le redéploiement des agents concernés.
« Le groupe parlementaire Pastef nous demande que ces 19 entités, ces 19 entités, c'est des Sénégalais, qui sont dans ces agences, qu'on se précipite pour le faire (il ne termine pas), non. Nous allons continuer le travail et vers la fin de l'année, nous aurons fini de faire ce que nous devons faire », a-t-il déclaré.
Les fonds spéciaux, autre chiffre de la discorde
Enfin, les fonds spéciaux constituent une autre ligne de fracture. Ousmane Sonko a précisé que Pastef ne voterait ni le PLFR ni le projet de loi de finances initiale (PLFI) sans l’intégration de dispositions légales encadrant ces fonds.
En réponse, le Premier ministre a assuré que le président de la République n’avait jamais refusé leur encadrement : « Le président de la République n'a jamais refusé de les encadrer », a-t-il déclaré.
Il s'agit là de nombreux points sur lesquels le Gouvernement et la majorité parlementaire ne parlent pas le même langage. Des sujets qui devraient rythmer les travaux du jour.







