Depuis lundi, less réseaux sociaux s'enflamment autour d'extraits de la première prise de parole publique de la ministre des Pêches et de l’Économie maritime, Amy Mara Dièye, raillant son niveau d'élocution en français.
Pour le Dr Samba Deme, analyste en communication publique et institutionnelle, ce déferlement de moqueries traduit une grave confusion entre la forme oratoire et la compétence administrative. Il monte au créneau à travers une tribune sans concession pour démonter ce qu'il qualifie de démarche simpliste. « Il faut le dire avec sérénité : ce procès en éloquence est un faux procès. Il confond la maîtrise d’une langue de cérémonie avec la compétence réelle, et il ignore tout ce que l’histoire, ici comme ailleurs, nous enseigne sur l’exercice redoutable qu’est la parole publique », tranche d'emblée l'expert.
​S'exprimant sur le stress inhérent aux débuts médiatiques, l'analyste rappelle la difficulté fondamentale de l'exercice pour un nouveau membre du gouvernement. « Parler en public, devant des caméras, dans un lieu chargé de solennité, face à des autorités religieuses et à une opinion qui attend le moindre faux pas, est l’un des exercices les plus stressants qui soient », explique-t-il, soulignant la prévalence de la glossophobie. Il insiste également sur le statut linguistique du français au Sénégal, précisant qu'il « n’est la langue maternelle d’aucun Sénégalais ou presque. C’est une langue officielle, une langue d’administration et d’écrit, que nos hauts fonctionnaires manient d’abord dans les dossiers, les rapports et les procédures, bien plus que dans les meetings. Juger l’intelligence d’une femme d’État à quelques hésitations dans une langue seconde, sous le stress d’une première sortie, ce n’est pas de l’analyse, c’est de la paresse intellectuelle ».
​Des lapsus célèbres de la politique mondiale aux exemples historiques
​Pour étayer son argumentaire, le Dr Samba Deme passe en revue de grandes figures internationales qui ont pourtant trébuché sur la forme sans que leur leadership ne soit entaché. Il rappelle les maladresses de ministres français ou encore les « bushisms » de l'ancien président américain George W. Bush, avant de citer l'un des plus grands tribuns modernes. « Barack Obama lui-même, pourtant considéré comme l’un des plus grands orateurs de sa génération, a déclaré en pleine campagne de 2008 avoir visité "cinquante-sept États" américains, sous l’effet de la fatigue », rappelle-t-il.
​Remontant plus loin dans l'histoire et la tradition, l'analyste évoque le roi George VI d’Angleterre, Winston Churchill ou encore la figure spirituelle du prophète Moussa pour rappeler que la tribune s'apprivoise. « La parole se travaille ; la compétence, elle, ne s’improvise pas », résume-t-il fermement pour recadrer le débat.
​« Une technocrate des régies financières, formée à l’écrit et à la rigueur »
​Démontrant la solidité du profil de la ministre, le Dr Deme brosse le portrait d'une haute fonctionnaire rompue à la gestion financière plutôt qu'aux harangues politiques. Originaire de Kaolack et titulaire d'un baccalauréat technique, Amy Mara Dièye a empilé les diplômes de haut niveau à l'UCAD : maîtrise en sciences économiques, trois Master 2 (finances et marchés des capitaux, audit et contrôle de gestion, management et régulation des marchés publics) et un doctorat en cours sur les partenariats public-privé. « Quatre diplômes de troisième cycle dans les matières les plus arides de la gestion publique : voilà ce que les moqueries voudraient faire oublier », martèle l'analyste.
​Poursuivant l'énumération de ses responsabilités passées à la Direction de la Dette publique ou au ministère des Finances, l'auteur rappelle qu'il s'agit de « fonctions où l’on juge les gens sur la solidité de leurs dossiers, la régularité de leurs procédures et la tenue de leurs chiffres, pas sur leurs effets de manche. Ce sont précisément ces profils, discrets et rigoureux, dont les régies financières regorgent, et que l’on entend rarement au micro ».
​En conclusion, l'analyste appelle l'opinion et les acteurs du secteur maritime à juger la ministre sur sa feuille de route, ses réformes et la restructuration du secteur plutôt que sur des séquences virales. « Les réseaux sociaux ont ri d’une hésitation ; le secteur de la pêche, lui, attend des réformes, des infrastructures et une gouvernance financière assainie », soutient-il. Et de conclure avec optimisme : « L’éloquence viendra avec la pratique, comme elle est venue à tant d’autres avant elle. La compétence, elle, est déjà là ».








