L’accord de 2,2 milliards de dollars conclu entre Dakar et le Fonds monétaire international (FMI) offre un souffle financier crucial au Sénégal. Toutefois, pour l'économiste et financier, Dr Mohamed Ndiaye, cette étape ne constitue en rien une fin en soi. La clé de la reprise repose sur la capacité du gouvernement à transformer ces engagements en réformes structurelles et à regagner la confiance des investisseurs.
L'aboutissement des récentes négociations entre le Sénégal et le FMI marque une avancée stratégique majeure pour la trajectoire financière du pays. Menées sous la conduite du ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, ces discussions s'inscrivent dans un contexte d'exigence budgétaire particulièrement élevé.
Pour le Dr Mohamed Ndiaye, économiste, financier et expert en politiques publiques, le travail accompli par les autorités sénégalaises mérite d'être salué, car il a permis de réengager un dialogue constructif. Cependant, l'expert invite à porter un regard lucide sur la nature de ce programme de trois ans.
« Les 2,2 milliards de dollars ne constituent pas, à eux seuls, la solution au problème financier du Sénégal. La véritable valeur de cet accord réside dans la confiance qu’il peut contribuer à restaurer, dans la mobilisation de financements complémentaires et dans la possibilité de reconstruire progressivement les marges de manœuvre nécessaires au financement du développement », a-t-il déclaré.
L'enjeu immédiat pour l'État ne sera donc pas uniquement financier, mais institutionnel et politique.
« L’accord avec le FMI n’est pas l’aboutissement du redressement ; c’est le point de départ de la restauration de la crédibilité économique du Sénégal », précise l'expert.
Un signal fort, mais une confiance d'affaires à conquérir
Si l'intervention du FMI offre un cadre de référence rassurant pour les partenaires techniques et financiers, elle ne garantit pas à elle seule l'afflux d'investissements privés. Les acteurs économiques observeront de près la mise en œuvre effective des réformes, la lisibilité des décisions publiques, la sécurité juridique et la lutte contre les risques budgétaires.
Le Dr Ndiaye résume cet équilibre délicat par une image explicite. « Le FMI peut contribuer à ouvrir la porte du financement international ; c’est la qualité et la constance de nos réformes qui permettront aux investisseurs d’entrer et surtout de rester », a-t-il souligné.
L'économiste rappelle par ailleurs qu'un programme d'ajustement ne produit pas de croissance de manière automatique. Le rôle du FMI se limite à assainir l'environnement macroéconomique pour permettre au secteur productif de prendre le relais.
« La question centrale est donc moins de savoir comment financer davantage l’économie que de savoir comment produire plus, mieux et localement », estime-t-il.
L'économie sénégalaise doit ainsi opérer une transition structurelle : passer d'une posture de recherche constante de capitaux pour éponger les déficits à une logique de création de richesses via la transformation locale, l'agro-industrie, le numérique et la valorisation du capital humain.
En parallèle de ce programme international, le Sénégal déploie son Plan de traitement de la dette (PTDS). Un levier qualifié de complément indispensable par le chercheur.
Face au poids étouffant du service de la dette qui capte des ressources cruciales au détriment des infrastructures, de la santé ou de l'éducation, le PTDS vise à restructurer les échéances et à apurer les arriérés envers les fournisseurs locaux, réinjectant ainsi une liquidité directe dans le tissu économique national.
Néanmoins, la restructuration financière doit impérativement s'accompagner d'une rigueur accrue dans l'allocation des deniers publics. « Le traitement de la dette doit impérativement être accompagné d’une transformation profonde de la qualité de la dépense publique. Il ne servirait à rien de réaménager la dette aujourd’hui si les mêmes déséquilibres devaient réapparaître demain », a-t-il martelé.
La crédibilité comme seule boussole
En définitive, l'accord avec le FMI et le lancement du PTDS posent les bases d'un redressement nécessaire. Mais le succès ultime de cette nouvelle feuille de route ne se mesurera ni aux montants décaissés ni aux effets d'annonce. Il dépendra exclusivement de la capacité des autorités à exécuter des réformes en profondeur, à assainir la dépense publique et à bâtir un environnement économique prévisible et attractif.







